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BARRAGES - Chapitres 26 et 27

19 Février 2021 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #barrages

Sommaire de publication.

 

 

26.

 

J'étais face au miroir de ma minuscule salle de bain en essayant de sauver les meubles. Des années à snober les tutos maquillage pour me retrouver comme une conne, tentant de me grimer en fille de série télé.

 

D'habitude, Charlotte, plus à l'aise avec ce déguisement que moi, m'aidait pour les finitions, mais là, elle brillait à nouveau par son absence. J'avais cru qu'on irait chez Laurine ensemble, mais elle m'avait répondu avec un laconique : « Déjà chez elle, un truc à régler, on se voit là bas, bisous »

 

Comme l'aigreur ne donnait pas soudainement de compétences en mascara, je galérais comme pas permis.

 

Au fond, j'aurais très bien pu faire l'impasse là-dessus. Tout le monde se fichait des efforts que je pouvais bien fournir, et on savait à quoi rimait ce genre de soirées : boire vite, sauter sur place, mettre la musique trop fort pour ne pas avoir besoin de se parler, éviter de se filer les deux collants (voire aucun des deux) et de se faire vomir dessus. En somme, toute la partie décoration serait réduite à néant au bout d'une heure de sueur alcoolisée.

 

Mais c'était une façon de me protéger, de me tenir à distance. La Justine qui rentrait là-bas n'était pas la même que celle de tous les jours. J'enfilais mon costume de noctambule et n'avais plus à répondre de rien. Je jetais un voile d'ombre à paupières sur la réalité : nous étions tous seuls et tristes, et on tâchait de l'oublier dans le vacarme.

 

Cette fois, j'avais peur. Une angoisse souterraine, sourde, celle de me retrouver paumée au milieu des camarades sans avoir Charlotte à mes côtés. De picoler dans mon coin, imperméable à cette grande entreprise de déconnexion avec le réel. De me tirer sans un bruit juste après minuit, sans carrosse ni citrouille qui m'attendrait au dehors.

 

Bon. Je n'arriverais pas à mieux.

 

Je me suis enfoncée dans la nuit, une bouteille de gin dans un sac au bout de mon bras, et j'ai pris la direction de la maison de Laurine, en vérifiant régulièrement sur mon portable que je ne me trompais pas de route.

 

Je suis passée devant la place de la mairie, où le marché de Noël faisait des prolongations. Pas grand monde, logiquement, mais quelques couples égarés, effrayés par les festivités en huis-clos, ou prenant un dernier bol d'air avant de les rejoindre. La tentation était grande de s'arrêter là, de manger une crêpe en attendant la neige, en attendant que Charlotte s'inquiète et vienne me chercher.

 

Mais en tablant là-dessus, je risquais de finir comme la Petite fille aux allumettes. Alors je n'ai pas ralenti le pas, j'ai laissé les couples et les crêpes à leur propre destin.

 

J'ai entendu les exclamations avant même de tourner au coin de la rue de Laurine.

 

Il y avait des gens partout. Devant, sur les escaliers, près de la porte du garage, fumant aux fenêtres, on aurait dit qu'un lierre humain avait pris possession de la baraque. En temps normal, c'était sûrement une belle maison, qui rappelait un peu celles qu'on trouvait sur les collines de San Francisco, mais là, difficile d'en faire une description précise. Je m'étais naïvement imaginé que la sauterie se limiterait aux gens de notre classe, mais Laurine avait vu les choses en grand. La moitié des étudiants de l'école semblait s'être donné rendez-vous.

 

Trouver Charlotte dans ce merdier allait être une épreuve en soi.

 

Je suis passée devant la voiture garée en face du garage, une BMW qui ne devait pas être habituée à servir d'appui pour ivrognes ou de repose bouteille.

Je me suis glissée entre deux mecs avachis sur les marches, déjà bien avancés sur le chemin du coma éthylique, et j'ai passé la porte restée entrouverte.

 

Un apéro aux Enfers était sûrement moins bordélique que ça. Des bouteilles à chaque emplacement disponible, des chips dans (et en dehors) des panières à fruit, ces saloperies de gobelets en plastique rouge américains pour que les connards jouent au bière-pong dedans, les coussins du canapé balancés vaguement en demi-cercle devant la cheminée (éteinte), des gens qui se roulaient des pelles goulûment contre les murs, du papier bulle (?) et ce qui avait l'air d'être de la mousse isolante (??) un peu partout par terre, déjà des verres cassés dans un coin, et une odeur de pizza cramée, sûrement mise au four puis oubliée dans l'intervalle. La soirée avait commencé la veille, ou quoi ?

 

A la place de Laurine, j'aurais été prise d'une panique terrible. Déglinguer à ce point et en si peu de temps le foyer familial, comment espérer en ressortir vivante ?

Pourtant, elle ne semblait pas s'en émouvoir plus que ça. Assise sur le plan de travail de sa cuisine, elle rigolait un verre à la main, en pleine conversation énamourée avec Kylian.

 

La sono débitait une pop assez inaudible, je me suis promis d'aller m'asseoir à l'opposé, si je trouvais une place. Serpentant entre les corps étendus, j'ai rejoint la cuisine et j'ai déposé ma bouteille, avant de me servir une grande louche de punch. Autant convoquer tout de suite les brûlures d'estomac.

 

Quelqu'un m'a soudainement sauté sur le dos, comme un tigre privé de nourriture pendant trois semaines.

 

- Justine tu es là, c'est trop cool ! Je suis désolée, fallait vraiment qu'on boucle le projet avec Laurine, et vu que la soirée avait lieu ici, je l'ai un peu aidée à préparer.

 

Laurine a levé son gobelet en guise de confirmation, ou de remerciement, sans y mettre trop de motivation.

 

J'ai pu me tourner et elle m'a de nouveau serré contre elle, dans un mouvement presque enfantin. Notre premier vrai contact depuis notre nuit ensemble. Ma faim d'elle était si forte que je ne me suis pas arrêtée à ses justifications, ni n'ai cherché à comprendre les raisons de son éloignement ces dernières semaines. C'était des retrouvailles sans s'être vraiment quittées, sans en tout cas l'avoir formulé de la sorte.

 

On a trouvé une place dans un vieux fauteuil abandonné dans le couloir. Comme il n'était pas prévu pour deux personnes, ça nous donnait une excuse officielle pour se coller l'une à l'autre. On ne s'est pas embrassées, nous n'avons pas eu de geste équivoque, pourtant les gens passaient devant nous sans nous remarquer, difficile de dire si quelqu'un aurait fait attention en cas de franchissement des barrières.

 

Mais c'était un accord implicite, moins par peur de l'homophobie ambiante (Rayan et un mec d'une autre classe étaient enlacés de l'autre côté de la pièce sans que ça ne gène – au moins en apparence, personne) que par volonté de préserver notre intimité.

 

Avec quelques verres de plus...

 

Nous avons rapidement compris que personne n'avait prévu de ressortir dignement de cette nuit. Peut-être était-ce dû à un manque depuis la rentrée (Laurine avait sans cesse repoussé son projet jusqu'à le caler pour le nouvel an), et il s'agissait de se rattraper, mais j'avais le sentiment que chacun s'abandonnait à une ambiance de fin de monde,

 

J'en ai eu la certitude quand une fille a commencé à taper contre son ombre projetée sur le mur, et qu'un mec lui a pris la main pour l'emmener « chasser ceux qui nous surveillent ».

 

- C'est moi, ou ils sont chelous les gens ce soir ?

- Grave.

 

Mais l'alcool a rapidement repoussé les barrières de notre incrédulité, et au bout d'une heure ou deux, plus rien ne nous dérangeait du moment qu'on avait à boire à proximité.

 

Un peu avant minuit, Fred a passé la tête par la porte d'entrée et a fait un geste de la main vers Charlotte pour lui dire de venir.

 

- Qu'est-ce qu'il te veut, ce con ?

- J'en sais rien, je vais aller voir.

- Tu veux que je vienne avec toi pour le taper s'il est méchant ?

 

Elle s'est marrée, voyant que j'avais déjà du mal à tenir debout.

 

- T'inquiète pas je saurai me défendre. Va te resservir, je te rejoins.

 

Par terre, quelqu'un avait remonté son t-shirt sur sa tête et rampait sur le sol comme une chenille, j'ai dû l'enjamber. Mon pied a atterri dans un bol de chips, mais c'était plus de sa faute que de la mienne, il n'avait rien à faire là.

 

- Hé, Justine, tu t'en sors ?

 

Laurine, qui n'avait pas bougé de la cuisine, observait ma progression comme si c'était une épreuve d'Intervilles. Kylian avait dû partir pisser, donc elle m'accordait quelques minutes.

A mon arrivée, elle m'a tendu un verre.

 

- Tiens, goutte-moi ça.

- Ça pue, c'est quoi ?

- Un cocktail maison.

- Non mais moi je sais pas si je bois pas. Non. L'inverse.

- Ça te fatigue pas d'être aussi chiante tout le temps ? Tu me fais pas confiance ?

- Absolument pas.

 

La sincérité éthylique. Elle a bu une gorgée de son breuvage mystère.

 

- Voilà, maintenant, c'est bon ?

- Ils sont pas là, tes parents ?

- T'es sérieuse ? Évidemment que non, t'as vu l'état de l'appart' ? Ils passent le réveillon chez le maire, j'ai jusqu'à midi demain pour jouer à Mary Poppins.

- C'est trop le bordel, t'auras jamais le temps.

- Les mecs m'aideront à ranger. Enzo a emprunté la voiture de son père, elle a une remorque, on va tout foutre dedans, comme ça on pourra aller à la déchetterie directement.

 

C'est le problème de l'alcool. On commence par poser des questions, mais si les réponses durent plus de quatre mots, on s'emmerde.

 

J'ai remarqué qu'elle avait toujours le deuxième verre à la main.

 

- Allez, donne-moi ce truc, on va pas y passer la nuit.

 

C'était affreusement sucré, avec un arrière goût saumâtre, comme de l'eau croupie. Mais la quantité d'alcool était suffisante pour faire oublier le reste. Pas de quoi le proposer au bar du Ritz.

 

- C'est pas bon, hein.

 

Mais je n'ai pas entendu la plainte de Laurine quant à mon honnêteté.

 

Car tout le monde s'est mis à crier bonne année comme des possédés, improvisant un pogo dans le salon (drôle de coutume, que j'ai dû éviter en me réfugiant dans un coin de la cuisine). Charlotte a réussi à émerger au milieu de la foule, apparemment agacée.

 

- C'est le nouvel an ou une troisième mi-temps de rugby ? Tu bois quoi ?

- Un cadeau de Laurine, mais c'est dégueulasse, je te conseille pas.

 

Elle a foudroyé Laurine du regard, qui a levé les mains pour se dédouaner.

 

- Je l'ai pas forcée !

 

Les minutes qui ont suivi m'ont fait basculer dans un nouvel état d'excitation. Je devais avoir atteint pile la bonne dose pour que tout me paraisse à sa place, comme deux cordes qui vibreraient à l'unisson. Les ombres des danseurs se livraient à leur propre chorégraphie sur les murs, les cheveux de Charlotte prenaient vie en s'enroulant autour de mes doigts. A moins que ce ne soit moi qui y plongeais les mains. Il faisait beaucoup trop chaud.

 

- On va dehors ?

- Il neige, dehors. Tout le monde est rentré, maintenant.

 

Ce qui expliquait la densité de population. Aminata a dû longer le mur pour se frayer un chemin jusqu'aux toilettes, Lana était, elle, assise en haut des escaliers de l'étage, pour surplomber la marée humaine. Plus je la regardais, plus elle s'éloignait, l'escalier semblant gagner des marches.

 

Camille, toujours aussi avare en paroles, profitait d'un coussin, le dos contre un des piliers de la cheminée, et regardait d'un air distrait les danseurs qui fusionnaient les uns avec les autres.

 

Tout n'était plus qu'un seul corps agité de tremblements, une masse de bras et de jambes entremêlés, un monstre affamé qui ne cessait de grossir à mesure qu'il incorporait une nouvelle personne.

 

C'est à ce moment-là que les flammes ont commencé à apparaître. Partout sur les murs, emprisonnant le dance-floor.

 

- Charlotte, faut qu'on sorte, la maison prend feu.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

 

Comment pouvait-elle ne pas le voir ? Je lui ai attrapé la main puis l'ai tirée derrière moi pour atteindre la cloison. Aucune chaleur ne s'en dégageait. C'était quoi ce bordel ? Une image projetée ?

 

J'ai compris en même temps que Charlotte. Pendant que je réalisais que Laurine avait mis une merde dans mon verre, elle lui tombait dessus pour l'engueuler. Je n'ai pas entendu le contenu de leur échange, mais quand elle est revenue, elle m'a agrippé le bras.

 

- Viens, on s'en va.

- Déjà ?

- Oui.

- Oh, dommage.

 

Je ne trouvais pas si grave que Laurine m'ait droguée, les sensations étaient agréables et je serais bien restée à regarder les flammes sur le mur. Mais Charlotte avait raison, dehors il neigeait donc c'était plus beau.

 

- Je vais te ramener chez toi, c'est le plus près.

 

Je devais fournir des trésors de concentration pour m'en tenir à la discussion, parce que la tentation était forte de me rouler dans la neige.

 

- J'ai pris quoi ?

- Du LSD.

- C'est pour ça que c'était pas bon ?

- Non, le LSD n'a pas de goût, c'était pas bon parce qu'en plus de te droguer sans le dire, elle sait pas préparer de cocktails.

- C'est normal que la neige brille, comme ça ?

- Non.

- Tu vas pas me laisser, hein ?

- Je suis avec toi.

 

Du fond de la brume, je trouvais Charlotte étonnamment calme, beaucoup plus adulte que d'habitude. L'alcool qu'elle avait ingéré avec moi semblait s'être évaporé de son organisme.

Moi qui n'avais jamais pris d'hallucinogènes, je voyais bien ce que ça avait d'attirant : TOUT était mieux que dans la réalité. Chaque vision, chaque odeur, chaque bruit, s'affichait en haute définition. J'avais l'impression d'être dans cette vieille série où un ancien soldat revenait de la jungle avec des sens sur-développés qui l'aidaient à mener des enquêtes avec un anthropologue.

 

- C'est The Sentinel, la série.

- Quoi, je l'ai vraiment dit ? Combien de temps ça dure, ce truc ?

- Ça dépend de la dose, pas plus de quelques heures.

 

Des heures dans cet état, ça me paraissait beaucoup, mais peut-être ma notion du temps était elle aussi altérée.

 

- Mais je vais rester avec toi jusqu'à que ce soit passé.

 

Elle était en colère, je le sentais, mais pas contre moi. Je tentais de la suivre alors qu'elle coupait la nuit en deux.

 

- Tu le sais que je t'aime, ou pas ?

 

Cette phrase faisait aussi partie de celles qui étaient censées rester dans ma tête et qui avaient franchi mes lèvres avant que je ne puisse les arrêter.

 

- Oui, je le sais.

 

Je ne reconnaissais plus rien aux décors qui nous traversions.

 

- Je t'aime aussi.

 

A peine susurré mais mes sens de compétition l'avaient attrapé.

Qu'importait, désormais, d'arriver un jour chez moi.

 

 

 

27.

 

Internet n'a rien donné. Aucun article trouvé en ligne sur l'année passée à propos d'un autre braquage dans la région. Mais quand on voit que celui du Californian a seulement été couvert par un minuscule entrefilet dans une gazette locale, on peut facilement en avoir raté.

 

Julien commence de plus en plus à douter de ma théorie.

 

- Ça ne mène à rien. Et même si on trouvait la preuve d'autres braquages, on ne serait pas plus avancés concernant les coupables potentiels.

 

Je suis obligée de reconnaître qu'il a raison. Et comme je suis de nouveau désœuvrée, les pensées poisseuses reviennent imbiber mon cerveau. Suis-je condamnée à mener une enquête infinie, juste pour tenir le chagrin à distance ? C'est comme une course d'endurance face à un robot qui ne se fatiguerait jamais.

 

A un moment, je vais perdre, vidée de tout.

 

Nous déambulons dans B., à la recherche d'une idée, et nous passons devant chez Laurine. Deux voitures sont garées, celle que j'avais vue au nouvel an, sans doute celle des parents, et la nouvelle, la sienne.

 

Les souvenirs du nouvel an sont encore flous. Je sais que j'ai trop picolé et qu'ensuite Laurine s'est bien foutue de moi en mettant un buvard dans mon verre. Que Charlotte m'a raccompagnée. Mais entre les lampadaires qui clignotent et le réveil le lendemain matin dans la même lit, c'est le black out.

 

- Plus j'y pense, moins ça colle. Laurine a dû claquer un budget pas possible pour le nouvel an, et ses parents lui avaient laissé la baraque sans sourciller.

- C'était bien comme soirée ?

- Tu n'es pas venu ? Je pensais que je t'avais juste raté.

- J'étais chez des amis à Annecy.

- Particulier. Assez foutraque.

 

Je lui passe l'épisode LSD.

 

- En tout cas, ça ne semble pas coïncider avec un conflit familial qui aurait poussé Laurine à s'engager dans un casse.

- A moins qu'elle ait laissé la maison dans un état si déplorable qu'ils lui ont coupé tous les fonds du jour au lendemain.

- Vu l'état quand je suis arrivée, et c'était pire quand je suis repartie, ça ne m'étonnerait même pas. Il me semble qu'elle avait une combine pour gérer le nettoyage, mais j'ai zappé. En tout cas, ça ne justifierait pas le premier braquage qui a eu lieu avant la soirée.

 

Je ne peux pas envisager de fouiller chez elle alors que tout le monde est à la maison. D'autant que si elle a de l'argent de côté, rien ne dit qu'elle le garde ici.

 

- Justine ?

- Quoi ?

- Tu ne penses pas qu'il faudrait laisser tomber ? On sait très bien ce qu'on cherche, au fond. Et on sait très bien qu'on le trouvera pas.

- Je te l'ai dit au début, je te force pas à m'accompagner.

- C'est pas pour moi, c'est pour toi. Tu vas te faire plus de mal qu'autre chose à pourchasser des fantômes. Les flics sont pas plus bêtes que nous, s'ils n'ont rien trouvé...

- Pas plus bêtes ? Soyons pas si catégoriques.

- Peut-être bien que Charlotte a décidé d'en finir. Et qu'on va devoir vivre avec ça.

- Arrête, ce n'est pas parce qu'on ne trouve pas qui l'a tuée que personne n'est responsable.

 

Julien est à la rupture. Il semble disposé à accepter la longue phase de non-sens qui caractérise le deuil. Embrasser la défaite, lui faire une place dans le lit, et la regarder chaque nuit creuser le matelas.

 

Je ne suis pas prête pour ça. Je ne peux pas encore me passer d'un but.

 

- Je t'aiderai aussi longtemps qu'il le faudra. Mais n'oublie pas que...

 

Je l'interromps car mon portable sonne. C'est à nouveau Maria. Décidément.

 

- Justine, est-ce que tu peux venir tout de suite ?

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Quelqu'un nous a cambriolées.

 

Elle continue de dire nous, évidemment.

 

- Quoi ? On vous a volé des trucs ?

- J'en sais rien, ils ont juste retourné la chambre de Charlotte. Je ne suis pas rentrée.

- Vous avez appelé la police ?

- Non, pas encore. Je me suis dit que tu serais mieux placée pour savoir s'il manque quelque chose.

- Ne les appelez pas, j'arrive tout de suite.

 

Je raccroche sans lui laisser le temps d'hésiter.

 

- Quelqu'un a bordélisé la chambre de Charlotte.

- Sérieux ?

- Mais c'est un suicide, n'est-ce pas ?

 

Il ne répond pas, lève les bras en signe d'impuissance.

 

- J'y vais.

- Je t'accompagne ?

- Non. Déjà que Maria me tient les flics à distance, si on débarque à deux, ça va faire désordre.

 

Je pars en courant, reboostée par une énergie saisissante : celle de l'action, pure, qui peut remettre les choses à leur place.

 

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