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Sera Cahoone, le réconfort par l'envol

1 Février 2014 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #écriture, #critique, #album, #sera cahoone, #folk, #only as the day is long, #deer creek canyon, #emily jane white, #alela diane

Artiste : Sera Cahoone

Albums : Only as the day is long et Deer creek canyon

Année : 2008 et 2012

Genre : folk

 

Critique : Il est temps de réparer une injustice. Celle consistant à n'avoir, en plusieurs années, quasiment jamais parlé de Sera Cahoone. En fait, je crois que je ne l'ai citée qu'à une occasion, dans le Journal de Sisyphe, et je me demande d'ailleurs si la pauvre n'a pas été coupée au montage pour la version finale qui sera proposée un jour en librairie (mais si, j'y crois). Toujours est-il que c'est bien peu d'hommages pour une chanteuse qui m'aura sorti du bourbier un tas de fois, ou du moins aura molletonné la chute à diverses occasions, quand elle n'était pas un renfort de poids pour l'écriture.

 

C'est finalement une coïncidence amusante, j'ai découvert Sera Cahoone à peu près à la même époque qu'Emily Jane White (voire même un peu avant), dont je vous parlais très récemment, à la différence que depuis, je n'ai jamais cessé de l'écouter, au point que certains de ses morceaux trônent dans mon top 10 des plus lus sur mon lecteur mp3 (c'est un organe de mesure comme un autre). Une de mes amies (Manon, si tu passes par ici, tu pourras témoigner) l'avait même vu figurer sur une compilation folk que je lui avait faite il y a de cela quatre ans.

 

Sera Cahoone a sorti trois albums, mais je dois avouer que je connais très mal son premier (je l'écoute pour la seconde fois seulement en écrivant cet article, si on omet Last Time que j'avais téléchargé à l'époque), sorti à l'origine en auto-production. C'est par le biais de Only as the day is long que j'ai posé mes oreilles sur cette folkeuse sérieuse et enivrante, qui faisait déjà son petit bonhomme de chemin dans son coin. Sera Cahonne ne fait pas forcément partie de ces chanteuses qui convertiront à la folk celles et ceux y étant totalement réfractaires. C'est de la guitare , des percussions occasionnelles, de la voix, et cette envie de partir sur les routes dans un remake d'Into the wild.

 

La voix de Sera Cahoone a ce grain légèrement voilé qu'on retrouve également chez Emily Jane White, mais si cette dernière l'utilise à des fins mystérieuses et inquiétantes, la chanteuse qui nous intéresse aujourd'hui donne plutôt aux morceaux une tonalité profondément douce et lisse, qui se pose juste au dessus des instruments pour contenir des assauts trop violents, d'autant qu'elle double souvent son timbre en post-pro à une octave au dessus ou en dessous pour ajouter du coprs. Emily Jane White est une chanteuse d'extérieur, Sera Cahoone a besoin d'espace, de beaucoup d'espace. Pour autant, ses morceaux ne tombent pas dans le cliché de la folk chiante où tous les morceaux se ressemblent, sont interminables et permettent simplement de faire une bonne sieste dans une cabane en forêt.

 

La majorité des chansons, si elles sont des balades, ont une rythmique assez élevée, un véritable sens de la mélodie, et un soutien d'instruments alternatifs bienvenus (banjo, harmonica, violons, et surtout la pedal steel guitar, marque de fabrique de Sera Cahoone) qui donnent une atmosphère country à l'ensemble. Contrairement à une Alela Diane qu'on écoute en fermant les yeux et en retenant les larmes, Sera Cahoone appelle souvent à ce qu'on batte la mesure du pied, même si l'ambiance y est également souvent morose. Beaucoup de chansons commencent lentement, et s'envolent au premier refrain, à l'instar de Shitty Hotel, par exemple, qui semble nous balancer en plein western. Happy when I'm gone, autre morceau excellent, repose sur les relations entre cordes arbitrées par une batterie imperturbable. The Colder the air est le morceau le plus rock, ou plutôt le plus lourd, avec des percussions marquées et une guitare électrique plus présente. Quant à Baker lake, Only as the day is long ou You're not broken, elles semblent n'être que de simples balades, mais proposent passages terriblement émouvants (notamment pour le dernier nommé à partir de 3m30) pour les plus patients.

 

Le dernier album en date, Deer Creek Canyon, sorti en 2012, fait partie des albums que j'ai trouvé chiants à la première écoute. Je suis tombé instantanément amoureux de One to blame, peut-être le morceau le plus mélancolique de Sera Cahoone, et j'ai tout de suite été pris par le rythme marqué de Naked. Mais les autres ne m'emballaient pas, jusqu'à tout récemment (ce qui m'a convaincu d'écrire un article). Je ne sais pas trop ce qui s'est passé dans ma vie ou mes oreilles pour que ça évolue, peut-être est-ce comme les gens, on découvre leurs richesses à force de beaucoup les côtoyer, mais j'ai réalisé que j'étais passé à côté de superbes chansons. En premier lieu, Any way you like, qui est venue se rajouter à la sélection il y a quelques mois, grâce à son violon créant des passages hors du temps dans la chanson. Puis, il y a une semaine ou deux, les balades Worry All your life et Deer creek canyon, dont je ne saurais faire une description sinon qu'ils me motivent à dire et écrire plein de choses. Pour celles et ceux qui préfèrent les morceaux plus énergiques, Nervous Wreck et Every Little word se révèlent très efficaces, avec guitare et banjo qui font la course avec la batterie.

 

Cet album est donc réjouissant à plus d'un titre. Alors que je le prenais au départ pour une resucée d'Only as the day is long, il s'avère qu'aucun des morceaux ne ressemblent aux précédents, ni se ressemblent entre eux (malgré ce que je disais à l'époque dans le Journal). Sera Cahoone trace une route qu'il fait vraiment du bien de suivre, que ce soit pour retrouver un peu de peps ou, plus souvent il est vrai dans mon cas, pour se vautrer dans le calme rassurant de la tristesse mélodique. Je pense que sur le terrain de la folk, depuis le temps, elle mérite sa place sur mon podium aux côtés d'Alela Diane et First aid kit.

 

Je me suis trouvé très mauvais pour décrire ces albums (et très long), peut-être est-ce dû au fait que j'écris cet article à deux heures du matin, je ne peux donc que vous inviter à les écouter, au moins aurai-je fait ma part de boulot en transmettant le relais à qui veut bien le prendre.

Je vous recommande surtout les lives ci-dessous, chapeautés par KEXP, avec d'abord un morceau du premier album, puis quatre superbement enregistrés du dernier album (avec un ptit bout d'interview au milieu). Au passage, KEXP est vraiment une radio qui ridiculise toutes celles qu'on peut avoir en France, tous leurs lives sont magnifiques.

 

Les albums en écoute
 

 

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