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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Malveillance : "j'espère que je vous reverrai sourire"

Publié le 23 Janvier 2013 par Asoliloque in critique, cinema, balaguero, thriller, horreur, huis-clos, espagnol, film

Titre : Malveillance
Réalisateur : Jaume Balaguero
Année : 2011
Casting principal : Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan...

Synopsis (Allociné) : César est un gardien d’immeuble toujours disponible, efficace et discret. Disponible pour s’immiscer dans la vie des habitants jusqu’à les connaître par cœur ; discret quand il emploie ses nuits à détruire leur bonheur ; efficace quand il s’acharne jusqu’à l’obsession sur Clara, une jeune femme insouciante et heureuse…

Critique : Persuadés que ce sera plus vendeur, les distributeurs/producteurs ont toujours la fâcheuse manie de traduire coûte que coûte les titres des films étrangers. Vous me direz, c'est toujours mieux que les américains qui ont la fâcheuse manie de carrément tourner un remake pour sortir dans leurs salles un film bien de chez eux (comme ce fut le cas pour Quarantaine, reprise à la lettre de [REC] pour le public étasunien). Le dernier film de Jaume Balaguero, connu pour le génial [REC] (en collaboration avec Paco Plaza), donc, a débarqué dans nos contrées avec le titre le plus plat possible : Malveillance. Or, à l'origine, il s'appelle Mientras Duermes, soit «Pendant que tu dors », bien plus fidèle à l'atmosphère et au discours généraux.

Car Malveillance reprend ce qui faisait le sel de [REC], la peur de ce que l'on connaît. Celle de ne pas être en sécurité là où on devrait le plus l'être, dans son lit. Dans [REC], le recours aux zombies n'était qu'une parabole pour désigner ce malaise contemporain qui nous pousse à fermer nos portes à double-tour. Avec la mondialisation, la menace est partout, surtout quand on ne s'y attend pas.

C'est finalement une assez bonne chose que j'aie vu ce film juste après Cosmopolis. Dans ce dernier, nous avions affaire à un sociopathe incapable d'être heureux par trop plein de possession. Dans Malveillance, l'inaccessibilité au bonheur vient d'un manque total, d'un vide absolu. César est un déclassé : par sa fonction, par son âge, par son physique, il est celui qu'on oublie vite, à qui on demande des services de par son rôle, mais qui reste un élément du paysage. Cela va de pair avec une mise en scène sobre, chirurgicale, presque austère, qui accentue le délitement de sa vie monotone.

Malveillance s'avère brillant car il ne met pas en scène un psychopathe face à une innocente. Un psychopathe, par définition, est un être dénué d'empathie et d'émotions, manipulant les autres pour arriver à ses fins. Mais à tout moment, l'autre n'est considéré que comme un objet, c'est à dire que le psychopathe ne retire absolument pas de plaisir de la souffrance d'autrui, il ne cherche qu'à réaliser son fantasme à ses dépens. Or, pour César, nous avons affaire à un personnage, qui, lui, trouve réellement un soulagement à la douleur des autres, ce qui fait plutôt de lui un sadique.

Et cette légère différence est tout à fait particulière car dans le cas du psychopathe, son absence d'empathie provoquerait la même réaction chez nous, vu qu'on ne verrait en lui qu'un tueur en puissance, un robot destructeur. César, quant à lui, effectue une véritable quête du bonheur, et si ses moyens sont évidemment largement condamnables, on ne peut s'empêcher (pour ma part, en tout cas), d'avoir une certaine compassion pour lui.

Car cette solitude extrême, cette patience qu'il met à échafauder son plan, cette tristesse infinie qui se dégage de tout le film, elles dépassent César et se projettent sur chacun d'entre nous, esclaves insatisfaits qui continuons de tourner à vide, faute de mieux. Le scénario implacable, mené d'une main de maître et progressant graduellement dans l'horreur se fait l'écho d'un discours impitoyable : non, le bonheur n'est pas simplement une question de philosophie de vie. Il existe une blessure bien plus profonde, une incompatibilité ontologique entre certains (tout le monde?) et cet idéal, et cette blessure ne fait que s'agrandir dans nos sociétés contemporaines, où l'exhortation de l'homme à repousser toute morale fait de chacun de nous des meurtriers en puissance.

 

Malveillance : "j'espère que je vous reverrai sourire"
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