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Hors-champ (3) : Digressions enfantines

16 Février 2013 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #écriture, #contrainte, #digression, #hors-champ

Atelier d'écriture n°3
Règles :
- Raymond Queneau a écrit Exercices de style, soit 99 versions de la même histoire, elle-même sans aucun intérêt intrinsèque, en variant à chaque fois les contraintes d'écriture, qu'elles soient stylistiques, grammaticales, lexicales, thématiques, etc...
- L'histoire de base : « Un jour vers midi du côté du par Monceau sur la plate-forme arrière d'un autobus à peu près complet de la ligne S (aujourd'hui 84), j'aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré d'un galon tressé au lieu de ruban. Cet individu interpella tout à coup son voisin en prétendant que celui-ci faisait exprès de mui marcher sur les pieds chaque fois qu'il montait ou descendait des voyageurs. Il abandonna d'ailleurs rapidement la discussion pour se jeter sur une place devenue libre.
Deux heures plus tard, je le revis devant la gare Saint-Lazare en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent. »
- mon (double) choix : digression enfantine.
- Durée : environ 20 minutes.

 

Digressions enfantines

 

Aujourd'hui, avec maman, on prend le bus.
J'aime pas les bus, y'a toujours trop de gens pressés, et les gens pressées, c'est angoissant. D'ailleurs, papy, il était toujours pressé, alors une fois, il a sauté du bus, et depuis, il habite au cimetière. J'aime les cimetières, les gens sont moins pressés.

Le bus s'arrête et un homme bizarre avec un grand cou monte. On dirait une girafe, et comme dirait mon copain Joseph, les girafes, ce sont des animaux intéressants. Moi, je préfère les orques, déjà parce que ça mange les dauphins – et parfois Marion Cotillard, ensuite parce que c'est noir, alors que les girafes, non.
Il a un chapeau étrange sur la tête, avec une ficelle autour, on dirait un cadeau d'anniversaire mal emballé. Les cadeaux mal emballés sont toujours nuls, car on devine tout à l'avance. Alors que dans les cadeaux, le mieux, c'est la surprise, parce que sinon, c'est pas du jeu.
Quand l'homme entre dans le bus, un autre qui voulait descendre lui marche sur le pied, et du coup, ils s'engueulent. Comme quand papa donne des coups à maman pour jouer et qu'après il s'en va. Ensuite, il revient avec des cadeaux mal emballés et maman me dit que c'est pas grave. Si, les cadeaux mal emballés, c'est grave.
Finalement, l'homme au grand cou va s'asseoir sur une place libre. Mon copain Joseph, lui, il préfère s'asseoir sur les places où y'a déjà des gens, comme ça, il s'assoit sur leurs genoux. Il me dit que ça crée des liens. Moi, je préfère kidnapper Virginie et l'enfermer dans la cave, au bout de six heures, elle arrête de pleurer. Tant mieux, car j'aime pas trop les filles qui pleurent.
Le voyage se continue et deux heures après, je revois l'homme-girafe à la gare. J'aime les trains, parce que papa, une fois, il m'a fait conduire. C'est facile puisqu'il suffit de suivre les rails. Par contre, on doit s'arrêter aux gares, alors j'aime pas les gares. En plus, y'a plein de pigeons, et moi je préfère les orques.
Là, l'homme, il est avec un autre. Et l'autre, il lui dit qu'il est mal habillé. Virginie aussi est mal habillée. Elle a toujours des robes froissées et des pantalons troués. Ça lui donne l'air énervé, elle ressemble à une feuille de brouillon déchirée, moi, j'aime bien ça, encore plus que les orques.
Mais elle, elle m'aime pas beaucoup, elle trouve que je parle trop.

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