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Emily Jane White, Dark Undercoat : une chambre en soie et une grande église.

12 Janvier 2014 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #écriture, #critique, #musique, #album, #emily jane white, #folk, #alela diane, #cat power

Titre : Dark Undercoat

Artiste : Emily Jane White

Année : 2007

Genre : Folk

 

Critique : Je connais cet album depuis très longtemps. Enfin, disons, environ 5 ans, alors que j'étais encore au lycée, et que je venais de basculer définitivement dans le monde de la folk. A cette époque, Alela Diane ayant évidemment ouvert la route, j'ai découvert bon nombre de diablesses à guitare, que ce soit Cat Power, Mariee Sioux, Marrissa Nadler, Julia Kotowski, Julie Zelmani ou donc Emilie Jane White. C'est aussi à cette période que j'ai sérieusement commencé l'écriture, que j'ai commencé à la considérer comme essentielle, et ces demoiselles ont été d'une aide précieuse.

 

C'est étrange les albums, souvent on les écoute, deux ou trois chansons nous tapent dans l'oreille, on s'empresse de les faire rejoindre un lecteur mp3 quelconque et elles nous accompagnent pour quelques temps, parfois plusieurs années. Et le reste de l'album moisit au fond de l'ordi parce que sur le moment, les autres chansons n'ont pas su saisir leur chance. C'est aussi cela, le téléchargement, internet, l'immédiateté, quand les albums nous parviennent, c'est comme s'ils passaient un entretien d'embauche. Dark undercoat n'a jamais été recalé, il a toujours conservé une place, mais il y avait toujours quelqu'un qui à ce moment-là, était sous les feux de la rampe.

 

En somme je savais que si à un moment, je n'avais plus personne, Emily Jane White serait là, imperturbable pour assurer l'intérim. C'est sans doute ce qui est arrivé la nuit derrière. Mais je ne me doutais pas que l'album me marquerait autant. En fait, je ne m'en souvenais plus vraiment. J'avais écouté des dizaines de fois Hole in the middle au point d'en avoir bien marre, mais c'est tout le reste qui cette fois m'a sauté au visage, au point de me dire « cette fois-ci, tu ne me remets pas dans un carton, parle de moi ». Ce que je vais m'empresser de faire.

 

Dark undercoat est un disque opaque. Pas dans le sens où il est difficile d'accès, réservé aux puristes qui le comprendraient et à éviter pour les néophytes qui s'emmerderaient, il faut plutôt le voir comme une vieille chambre aux vitres sales, ou recouvertes de soie. On sent que par le passé, il faisait bon y vivre, mais désormais, on n'y voit plus grand-chose et on a un peu peur de traîner dans les parages. L'album me fait cet effet-là, il n'est pas rassurant comme peuvent l'être beaucoup d'albums de folk. Les sons sont graves, bruts, pour autant aucune chaleur ne se dégage, et c'est sans doute dû au chant d'Emily Jane White, lui aussi voilé (comme elle sur la pochette) et monocorde.

 

La chanteuse laisse une impression intransigeante, comme une sorte de variation de Cat Power qui aurait troqué la tristesse contre la mélancolie. La différence entre les deux se situe dans l'ennui. Emily Jane White semble toujours inatteignable, et Hole in the middle par exemple, avec son rythme très saccadé, scandé, paraît se dérouler sans nous, quelque part trop haut ou trop loin. Dark Undercoat doit être apprivoisé. Il faut accepter que la chanteuse ne se préoccupe pas de nous et l'accompagner en marchant derrière. La magie opère à ce moment-là, quand on lâche prise, quand on abandonne la volonté de plier les chansons à notre volonté. Il y a un charme gothique, comme une église qui résonne, trop grande pour nous, les morceaux Dark Undercoat et Dagger s'y logeraient très bien.

 

C'est un album évidemment nocturne (l'écouter sur votre terrasse en plein soleil casserait sérieusement l'ambiance, à condition qu'une terrasse en plein soleil ne casse de toute façon pas systématiquement l'ambiance), à écouter dans la durée (quelle fut mon erreur à l'époque de ne sélectionner que quelques morceaux), qui, à force, cessera de paraître froid et morbide pour révéler sa véritable beauté, faite de mélodies subtilement arrangées, entre pianos hantés (notamment sur The Demon) et guitares libérées (vous admirerez mes rimes imagées). Dark Undercoat a le don de calmer les ardeurs à défaut des angoisses, ou peut-être l'inverse suivant les périodes, il se prête tout à fait aux longues séances d'écriture, de méditation trans-dimensionnelle (on fait tous ça) ou aux fins de soirée trop alcoolisées où l'on a juste envie d'arrêter de danser pour se lover dans un vieux fauteuil défoncé en attendant l'aurore. Mais vous faites bien ce que vous voulez.

 

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