Chroniques du Corona - Jour 6
Chroniques du Corona - Jour 6
Cher Journal,
La tour Eiffel a clignoté pour encourager les soignants, avec ça, espérons qu'ils arrêtent de se plaindre de ne pas avoir assez de masques. Ces masques qui n'en finissent plus d'arriver, ces masques soi-disant commandés depuis fin janvier.
Amazon est capable de te livrer dans ta chambre avant même que tu n'aies validé ton panier, mais ces masques doivent être acheminés par charrettes, pour qu'il en manque encore.
On est en train de nous faire le même coup avec les tests. Au départ, il était important de tester, pour circonscrire au maximum l'épidémie. Puis est arrivé un moment où on nous a dit « en fait, ça ne sert plus à rien de tester, le virus circule », allant à l'encontre des recommandations de la plupart des médecins. Et voilà que soudainement, « la stratégie a évolué », il va falloir recommencer à tester massivement pour préparer l'après confinement (car oui, ce serait con que les chiffres repartent à la hausse brutalement dix jours après que nous serons retournés boire des coups en terrasse).
L'évolution de la stratégie sonne comme une course effrénée derrière le bus de la réalité.
Nouveauté, les flics se permettent désormais de juger le contenu des caddies pour estimer si la sortie était nécessaire ou non. Le gouvernement, incapable de statuer précisément sur la légitimité d'une expédition, laisse la police se défouler et foutre des amendes à tout va. S'il est si grave de s'aventurer dehors, au point qu'il faille checker chaque liste de courses, pourquoi Pénicaud a forcé pour que les entreprises de BTP rouvrent ?
C'est une question rhétorique, on sait très bien pourquoi : NOUS sommes responsables de l'avancée du virus en n'ayant aucune discipline, ILS veillent à la continuité économique du pays.
A la catastrophe sanitaire à peine débutée s'ajoutent déjà des fantasmes bien rances d'état policier, mais comme nous sommes en guerre, aucune critique, aucun cri de rage ne sont permis. On connaît la technique : il n'y a de place que pour les applaudissements. Applaudissez et fermez-la.
Pendant ce temps, les chiffres de l'Italie continuent d'exploser, deux semaines après le début de leur confinement. Sensation irréelle de voir l'avenir pour notre propre pays, avec huit jours d'avance. On y va tout droit. On y va tout droit, et jamais l'hôpital ne sera capable d'encaisser. On n'efface pas des décennies de saccage par magie. Même si on leur balançait des fonds illimités, on ne pourrait pas faire apparaître des lits, des médecins, des respirateurs du jour au lendemain.
Mais on ne leur balance pas de fonds illimités. Deux milliards et faites avec. Le reste va à la relance économique. Encore faudra-t-il qu'il y ait quelque chose à relancer.
Les italiens ont tout arrêté, et nous allons finir par les suivre, avec huit jours de retard, parce que nous ne savons faire que ça depuis le début, réagir en décalage, comme si on espérait que les règles statistiques de propagation ne s'appliquent pas à la Patrie du droit du travail des droits de l'homme (et des femmes sauf si elles veulent avorter), comme si, quand même, peut-être que.
Peut-être que rien du tout.