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Chroniques du Corona - Jour 10

26 Mars 2020 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #chronique

Chroniques du Corona - Jour 10

 

 

Cher Journal,

 

Les rues sont vides mais on continue de changer les pubs sur les abribus. La nuit, avec ou sans couvre-feu, personne ne s'aventure dehors (en plus, il caille), mais les villes sont encore illuminées par les devantures de commerces, les écrans géants, l'intérieur des open-spaces dégueulant par les fenêtres.

 

Ça me rappelle que bien avant tout ça, depuis la toute fin de l'année dernière, l'Intermarché à 300m de chez moi a fermé, car un incendie volontaire dans la fourrière installée dans le parking souterrain a fragilisé la dalle de béton sur laquelle il repose. Le magasin plus tous ceux de la petite galerie marchande (un traiteur asiatique, un opticien, deux magasins de fringues et un fleuriste) se sont retrouvés au chômage technique le temps des analyses et des travaux. Les travaux venaient à peine de commencer quand l'épidémie est arrivée. Toujours est-il qu'entre temps, alors que plein d'experts se sont succédé dans la galerie marchande, les lumières ainsi que les décorations de Noël (guirlandes et tout ce merdier) sont restées allumées H24. Pendant des mois, personne n'a eu la présence d'esprit d'appuyer sur l'interrupteur, alors que le passage était interdit au public. C'est probablement encore le cas.

 

Autant dire que je ne crois pas une seconde à ce que la 5e Avenue à New York s'éteigne, même libérée de ses traders et de ses touristes.

 

Les compagnies aériennes ont fait voler des avions vides pour ne pas perdre leurs emplacements sur les plannings, sans doute les publicitaires ont-ils peur qu'en dépolluant les vides de leurs néons, on découvre que nos nuits peuvent très bien se passer d'eux.

 

Peur que le monde change, comme si le capitalisme n'avait pas le cynisme nécessaire pour s'adapter aussi à cette crise, et en ressortir encore plus ignoble.

 

Hier, le petit Chef a fait son sketch en grand manteau devant une tente vert chiasse. C'était très sérieux, il ne fallait pas oublier que nous sommes en guerre. Il a accumulé les remerciements comme on distribue les points à la kermesse, a bien insisté sur les profs pour rattraper la boulette de Ndiaye. Le Thaumaturge (car c'est comme ça que son équipe rapprochée le définit, ce qui prouve que les dealers ont encore du travail au gouvernement) avait le teint crayeux de celui qui fait bien plus que 60h par semaine (alors de quoi se plaint-on ?) et des tremolos dans la voix qui donnent envie d'aller le voir en représentation au Théâtre du Rond-Point.

 

Il a annoncé des moyens pour l'hôpital public après la crise. Pourquoi après, alors qu'ils viennent de débloquer 4 milliards pour les start-ups ? On ne sait pas. Combien ? On ne sait pas non plus, pourquoi emmerder le monde avec des chiffres alors que nous sommes ne guerre. Les promesses n'engagent que ceux qui veulent bien y croire, mais même à condition qu'elles soient tenues, il aura fallu ça, une crise sanitaire sans précédent, pour faire bouger les lignes. Les mois de grèves et de manifs ont été balayés d'un revers de la main, rappelle-toi, il n'y avait « pas d'argent magique ».

 

Autant dire qu'avec la même logique, on n'investira dans l'écologie qu'une fois que les océans auront recouvert Paris.

 

Mais ne t'inquiète pas, on allumera la Tour Eiffel en hommage aux maîtres-nageurs.

 

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