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M. Night Shyamalan : escroc génial ?

14 Mai 2013 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #critique, #film, #cinéma, #shyamalan, #le village, #la jeune fille de l'eau, #bryce dallas howard, #sixieme sens, #incassable

Il y a peu de réalisateurs qui suscitent des réactions aussi antagonistes que M. Night Shyamalan. Si Sixième sens a à peu près été reçu de manière unanime, l'intégralité du reste de ses films a toujours provoqué chez les uns un plébiscite et chez les autres un rejet quasi total. Rarement ressort-on d'un film de Shyamalan avec un avis mitigé, parce que son cinéma repose sur une acceptation de ses codes. Soit on adhère soit on adhère pas.

C'est par exemple la raison pour laquelle je déteste Tim Burton (qu'on compare sur certaines productions à Shyamalan), que je trouve engoncé dans un maniérisme qui le mène à toujours faire les mêmes films, et bouffé par ses références tantôt burlesques tantôt expressionnistes (souvent les deux). Shyamalan, c'est un peu le même trip. Il a beaucoup de côtés énervants, il est frustrant, souvent un peu faiblard sur ses scénarios, et pourtant je crois que plus le temps passe, plus j'aime ce réalisateur.

J'aurais pu me concentrer sur Sixième sens et dans une moindre mesure Incassable, ses deux plus gros succès au box-office, mais je préfère parler du Village et La Jeune fille de l'eau, qui sont pour moi ses films les plus personnels, les plus touchants, même s'ils ne sont peut-être pas les plus objectivement réussis (notamment concernant la Jeune fille de l'eau). Ils représentent pour moi la quintessence du cinéma de Shyamalan, c'est à dire le rapport entre l'homme et la nature, la limite trouble entre le réaliste et le fantastique, le statut de la foi et la question des relations entre les êtres.

Le Village est probablement une des plus belles expériences cinématographiques que j'ai vécu ces derniers temps (oui, je sais, le film a presque 10 ans, je suis long à la détente). Alors que je craignais encore une banale histoire horrifico-fantastique croisée avec La Bête du Gévaudan, j'ai été surpris par l'intelligence du scénario, plus fin qu'habituellement dans les productions de Shyamalan, et surtout l'occasion de livrer un film d'une très grande beauté audiovisuelle. Moi qui ne suis pas forcément touché par l'image au cinéma, Le Village m'a mis une grande claque de ce côté-là. Mais tout en douceur, sans artifices, sans tape à l’œil.

Le coup de grâce est cependant venu de la musique, d'une stupéfiante réussite, signée par un James Newton Howard (présent sur toutes les productions de Shyamalan) plus inspiré que jamais. Les compositions piano/violon sont d'une telle pureté qu'elles servent le film plus que tout dialogue ou rebondissement. Howard livre également une belle prestation dans la Jeune fille de l'eau, mais ce qui unit les deux films est surtout l'éternelle grâce de Bryce Dallas Howard (oui, ça fait beaucoup de Howard), passée d'un rôle de sauveuse aveugle dans le Village à celui de nymphe dans La Jeune fille de l'eau.

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M. Night Shyamalan : escroc génial ?

Elle est à l'image du cinéma de Shyamalan. Discrète, observatrice, perçante sur les détails, parfois égarée. La candeur qu'on reproche souvent au réalisateur, la naïveté parfois, on la retrouve chez elle. C'est ici que se situe la rupture entre les fans de Shyamalan et ceux qui le détestent. Ce moment où l'on accepte de voir un film qui n'a peut-être pas les plus grandes prétentions, un film qui croit en des choses simples, qui flirtent peut-être parfois du côté du simplisme. Le rapport à la foi est par moments presque gênant, mais je ne pense pas qu'il faille y voir du prosélytisme religieux (même si dans Signes, c'est trop chargé et gonflant), il demande surtout de croire en des êtres qu'on ne soupçonnerait pas de prime abord comme pouvant être capables d'héroïsme.

Dans Le Village, le statut d'infirme de Ivy provoque chez les autres beaucoup de pitié mais c'est elle qui portée par son amour sauvera Lucius alors qu'ils rebrousseront tous chemin. Dans La Jeune fille, ce gardien de résidence n'était présagé à aucun rôle dans la société, mais l'arrivée de la nymphe lui confère, à lui et aux autres habitants, la possibilité de se dépasser. Il y a finalement chez Shyamalan un profond respect des codes du conte (un héros/un élu, un interdit à transgresser, une quête, etc...), qui en agacent certains, et qui les agacent même quand il les parodie comme dans La Jeune fille de l'eau, dans une autodérision salutaire face à ceux qui pourraient l'accuser d'arrogance (il fallait oser faire lire l'avenir à un enfant sur ses boîtes de céréales).

Bien sûr, on a parfois l'impression que c'est du cinéma de bric et de broc, que c'est au fond un escroc. Mais je crois que je préfère les escrocs géniaux aux génies escrocs. Shyamalan triche sur les formes, il fait croire que de petites histoires peuvent en être de grandes. Peut-être tout simplement parce qu'il croit en les gens qu'il met en scène, qu'il porte en eux un espoir qui n'a rien de faux. Bien sûr, il y a des grosses faiblesses (On pourrait me donner de nombreuses raisons afin de qualifier la Jeune fille de l'eau de navet... moins pour Le Village, cependant ; on oublie également pas que la fin de Phénomènes est ridicule), mais il vaut mieux faire des films mineurs pour de bonnes raisons que des gros films sans âme. Je crois qu'il y a beaucoup de sensibilité, ce qui peut amener au meilleur comme au pire.

A ce titre, je défendrai toujours des productions comme le Village ou la Jeune fille de l'eau, qui ont réussi à me montrer une certaine facette de la beauté, une certaine lumière que dégage les êtres, même si on sait qu'au fond, tout cela n'est que carton pâte. Ce n'est pas grave, le cinéma est là pour rendre réelles les espérances, qu'importe l'envers du décor, qu'importe si l'ensemble n'est soutenu que par des grosses ficelles. En attendant, je ne peux que vous inviter à vous porter sur ces films (notamment Le Village), ils sauront peut-être vous attraper au vol.

M. Night Shyamalan : escroc génial ?
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