Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
asoliloque.overblog.com

Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Open Water : quand le Projet Blair Witch prend l'eau...

Publié le 2 Avril 2013 par Asoliloque in critique, film, cinéma, survival, requins, open water, projet blair witch, odieux connard

Titre : Open Water en eaux profondes
Réalisateur : Chris Kentis
Année : 2004
Casting principal : Blanchard Ryan, Daniel Travis, Saul Stein...

 

Synopsis (allocine) : Susan et Daniel sont venus aux Bahamas pour se détendre, et ils en ont bien besoin. Adeptes de la plongée, ils s'inscrivent pour une sortie sur la barrière de corail. Parce que le bateau est trop plein, parce que l'équipage ne fait pas vraiment attention, ils se retrouvent seuls, perdus au large, dans des eaux infestées de requins...

 

Critique : Quand on va voir un film au cinéma, en plus de dépenser une somme astronomique, on signe officieusement un contrat avec le réalisateur. On s'engage à oublier pendant 2h notre monde pour rentrer dans celui de la fiction (dans le cas du documentaire, la donne n'est pas tellement différente), avec ses propres règles, ses ellipses, ses personnages, etc. Par exemple, quand un perso est identifié comme étant le héros, nous ne sommes pas étonnés si celui-ci est capable d'éviter toutes les balles des ennemis et de s'en débarrasser ensuite les mains dans le dos en faisant un sudoku. De même, on ne voit jamais (sauf chez quelques tordus...) les gens aller aux toilettes et ça ne nous choque pas (sauf ceux qui ont quelques fantasmes tordus). Dans le jargon de spécialiste qui veut se la péter, on nomme cette opération mentale « la suspension consentie de l'incrédulité ».

Bien sûr, certains réalisateurs en usent et abusent et n'hésitent pas du coup à nous livrer des scénarios absurdes, des réactions débiles, des interventions deus ex machina improbables, etc. Et les spectateurs, souvent trop absorbés par le rythme, les explosions ou les belles couleurs, ne se rendent compte de rien. Un blogueur émérite analyse très bien ce phénomène dans ses « spoilers » où il décortique les films qui font un carton au box-office en montrant toutes leurs incohérences, avec il est vrai, beaucoup de mauvaise fois mais surtout un humour ravageur. Je vous renvoie donc au blog de L'Odieux connard (si vous ne connaissez pas déjà, comblez vite cette lacune).

Toujours est-il que cette suspension de l'incrédulité est essentielle dans un domaine particulier du cinéma, qui est celui de l'épouvante/horreur. En effet, pour avoir peur au cinéma, il faut accepter d'être pris par le film, d'oublier un peu que les zombies et les araignées géantes n'existent pas, et « s'offrir à l'angoisse ». Idéalement, c'est le talent du réalisateur qui vous forcera à atteindre cet état, mais si vous ne voulez pas, on ne pourra rien faire avec vous. C'est comme si quelqu'un rentrait dans une maison hantée et n'arrêtait pas de répéter tout le long du chemin « mais c'est trop nul, c'est du faux sang, et les monstres sont des étudiants en job d'été mal payé ».

C'est d'autant plus vrai avec les films d'horreur « à concept ». Ceux qui ne reposent que sur du vent, qui sont capables de créer de la terreur avec une porte qui grince et une branche d'arbre qui craque. Le Projet Blair witch, sorti en 1999, a cristallisé cette ambition de faire peur en faisant soupçonner plutôt qu'en montrant, procédé accentué par le côté réaliste vu que censé être un reportage d'étudiants. Aujourd'hui encore, le film divise. Certains y voient du génie, d'autres une arnaque totale. Toujours cette question de suspension de l'incrédulité : certains (dont moi) ont « marché », d'autres sont restés sur le bord de la route. Son héritier spirituel, Paranormal Activity, a subi les mêmes foudres et bénéficié des mêmes éloges. Pour ma part, j'ai vraiment été pris par le truc, (même si les suites ont très largement dilué l'angoisse) alors que des amis habituellement froussards ont baillé d'ennui.

Open Water fonctionne sur le même régime. Hyperréalisme, pas d'effets spéciaux ou très peu, pas vraiment de musique pour amplifier les sensations, en bref, c'est, comme beaucoup l'ont catégorisé, l'anti-Dents de la mer. N'attendez pas un film hollywoodien dans la pure tradition, vous aurez seulement droit à ce couple lâché en pleine mer, à la merci des requins. Et c'est tout. Les critiques presse ont adoré le film, jugeant qu'il nous faisait avoir peur de l'eau elle-même, de chaque ombre, de chaque mouvement. Pour ma part, ça n'a jamais été le cas. A aucun moment je n'ai réussi à oublier que les acteurs pataugeaient dans un bassin avec une armée de cameramen autour d'eux.

La réalisation « reportage », avec des plans semi-imergés et des gros plans mal cadrés, censés donner une impression de réalisme nous rappellent au contraire à quel point nous sommes dans un film. Dès lors, le calvaire n'est pas lié au contenu du film, mais au profond ennui qu'il procure. Nous sommes obligés de supporter ce couple imbuvable, mal joué et aux dialogues d'une qualité aussi abyssale que les eaux dans lesquelles ils sont plongés, le tout souffrant d'une VF (j'allais pas non plus m'emmerder à lire des sous-titres) absolument monstrueuse.

Alors, on attend, on attend, on voit passer une méduse, des petits poissons, des requins qui ont air aussi gentils que des chatons, et on attend encore. Le seul suspense est de savoir si oui ou non ils vont se faire bouffer, mais l'absence d'empathie avec eux fait de ce suspense une simple curiosité, pas une implication de tous les instants. Du coup, pendant qu'ils font la planche en crevant de soif, on va lire ses mails, et on ne revient que quand l'un d'eux crie face à une vaguelette qui fait peur.

Peut-être que les phobiques de la mer (c'est à dire assez masos pour regarder ce genre de film) y trouveront une perle de cinéma d'épouvante, pour ma part, j'ai eu le sentiment tout le long de tirer une ancre pour rejoindre difficilement le générique de fin. (Re)voyez plutôt Le Projet Blair Witch, la forêt vous fera plus de bien que l'air marin.

 

Open Water : quand le Projet Blair Witch prend l'eau...
Commenter cet article