Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
asoliloque.overblog.com

Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Milkymee, chanteuse sans frontières

Publié le 30 Décembre 2012 par Asoliloque in milkymee, folk, rock, musique, chanteuse, songs for herr nicke, borders, hey the stars, album

Comme promis, voici l'article que je destinais au journal de ma fac, mais ce dernier étant plongé dans une agonie dont il ne semble plus capable de se sortir, vous en serrez, cher(e)s internautes, sans doute les seuls bénéficiaires.

Au passage, bon réveillon à toutes et à tous.

 

C'est l'histoire d'une fille voyageuse. D'une amoureuse de Bergman. D'une chanteuse folk qui se réclame héritière des punks et des Riot grrrls. Emilie Hanak, alias Milkymee, aurait pu devenir une de ces « nanas à guitare » tant à la mode ces dernières années, tellement nombreuses que la plupart explosent en vol, préformatées pour une industrie et un public prêts à les remplacer à chaque nouvelle venue. Milkymee a choisi la discrétion, la maturation, abandonnant des études en cinéma à Paris pour émigrer en Suède, patrie d'adoption où la révélation a eu lieu. Retour sur un bout de femme qui cherche « la vérité au coin des lèvres et au Sud des mentons (sic) ».

 

Des étangs suédois au double fond du Transbordeur

Pour le romantisme de la chose, j'ai sans doute découvert Milkymee (comme les camarades présents dans la salle) au moment où elle-même découvrait ce qui serait désormais la grandeur de son métier. C'était au Transbordeur, en 2009, en première partie d'Alela Diane, déesse folk américaine dont je ne vous parlerai malheureusement pas aujourd'hui, eu égard à mon nombre de caractères limités. Toujours est-il que Milkymee était là, c'était sa première grosse salle. Deux ans plus tard, alors que j'avais la possibilité de lui en toucher deux mots après un petit concert en plein air, elle m'a dit à ce propos (je vous les retranscris de mémoire, pardonnez leur éventuelle approximation due au passage des ans) : « C'est bizarre, parce qu'au début, je ne voyais que les gens debout devant moi, dans la fosse. Ils n'étaient pas tellement plus que dans les autres salles. Et puis j'ai découvert les autres qui étaient assis dans le noir derrière. Vous étiez si nombreux, je crois que j'ai eu très peur. C'était vraiment un cap ».

Milkymee venait de plonger dans la grand bain. Et avec l'explosion de son premier album, Songs for herr nicke (sorti en 2006), écrit et composé en Suède, lieu déjà évoqué de son inspiration, elle passait soudainement des grandes étendues vierges théâtre de la trilogie Millénium à une salle surchauffée (tout est relatif, hein, ce n'était pas un concert de métal) acquise à sa cause et à une plus grande visibilité médiatique. Bien sûr, pas au point d'être placardée sur les devantures des magasins spécialisés, et la jeune femme ne risque pas de s'en plaindre. Liée au label indépendant Tsunami-addiction , la célébrité est bien la dernière de ses préoccupations, la musique étant sa priorité absolue, avec la possibilité de la faire partager. Songs for herr nicke nous permet de découvrir cette voix si particulière, passant de l'aigu aux graves, se brisant souvent, ce qui lui vaudra quelques remarques de la part des intégristes de la propreté musicale et de la justesse vocale. C'est un album de bric et de broc, folk à son écoute, mais profondément punk dans son esprit car marqué par une urgence, un souffle libérateur, une énergie qui ne demande qu'à exploser.

 

Honneur aux dames

Peu après, début 2010, elle décroche une place dans la prestigieuse villa Kujoyama, au Japon, permettant à des artistes français d'aller travailler leur œuvre au pays du soleil levant. C'est désormais là-bas, après la France et la Suède, qu'elle s'installera pendant plusieurs mois.

Le second album de Milkymee vient caresser nos oreilles avant même son retour, sobrement intitulé To All the ladies in the place, with style and grace. Derrière ce titre aussi long que classieux, se cache une référence au morceau éponyme du rappeur The Notorious B.I.G, pas franchement reconnu durant sa vie comme un féministe convaincu. Emilie Hanak renverse les codes, et fait de cet album un hommage aux femmes qui ont marqué sa vie, de sa mère à sa petite amie, en passant par l'activiste féministe Valérie Solanas. Plus encore que sur le premier album, on sent le feu qui vibre sous la guitare et la folk se trouve mise en balance avec une rage bien plus rock (notamment dans le morceau Screwdriver), le tout accompagné d'instruments aux influences orientales. Le public s'agrandit doucement, Milkymee multiplie les concerts, tout en potassant ses futurs projets.

Elle réalise ainsi la bande originale du film Domaine, de Patrick Chiha, avec Béatrice Dalle, qui la fait connaître auprès d'un certain nombre de cinéphiles, malgré le succès relativement modeste du long-métrage. Mais de ses propres mots, l'expérience s'avère véritablement enrichissante et différente de ce qu'elle fait au quotidien.

En 2011, ses fans de la première heure, tellement habitués à voir se succéder les créations de Milkymee, s'impatientent. C'est à cette occasion que je la rencontre, elle me dit que le troisième album avance bien, qu'il prend du temps. Elle a envie de se renouveler. Il est prévu pour début 2012, il sortira finalement en octobre, précédé d'un magnifique EP , Before The Truth. Qu'importe si l'attente fut longue (et finalement ridicule au regard de groupes qui sortent un album tous les cinq ans), elle en valait la peine.

 

Repousser les frontières

Nous voici donc avec Borders entre les mains, un album au nom lourd de sens. Venant d'une fille née d'une mère kabyle, d'un père tchèque, élevée à Paris, ayant vécu en Suède et au Japon, la notion de frontière est un concept étranger, ou qui ne demande qu'à être dépassé. C'est surtout musicalement que Milkymee a dépassé des frontières. Là où la folk prédominait par le passé, on dénote cette fois une forte incursion de sonorités électroniques. A une époque où semblent éternellement s'opposer l'acoustique « humaine » et l'électronique « assistée par ordinateur », Milkymee brise encore une fois la barrière, et n'hésite pas à (faire) « remixer » ses morceaux. Mais que les amoureux de la première heure ne prennent pas peur, on retrouve cette si jolie voix (désormais mieux maîtrisée), ces mélodies mélancoliques qui ne virent jamais à la complainte, cette énergie rock, cette joie de chanter et de jouer, cet humour omniprésent. Milkymee réussit le pari de garder sa sincérité et son envie naturelles, tout en faisant de son album un objet plus complexe aux multiples textures. Celles et ceux qui avaient découvert Before the truth, en version enregistrée « à l'arrache » dans une chambre d'hôtel japonaise, qui avaient entendu pour la première fois A Little bit too fast en guitare/voix sur le toit d'une maison, ils et elles découvrent enfin l'aboutissement du projet. Borders est la fin d'un long voyage. Et marque aussitôt le début d'un autre. En bref, un album indispensable pour les vieux briscards comme les nouveaux arrivants qui souhaitent un peu plus qu'une nana à guitare.

 

Pour aller plus loin

- milkymee.com
- Tsunami-addiction.com
- Songs for herr nicke en écoute
- To all the ladies in the place, with style and grace en écoute
- La BO de Domaine, en écoute
- L'EP Before the truth, en écoute
- Borders, en écoute

 

Commenter cet article