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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Melissmell, Droit dans la gueule du loup : "le personnel est politique"

Publié le 11 Avril 2013 par Asoliloque in critique, musique, rock, chanson française, melissmell, brel, noir désir, droit dans la gueule du loup, album

Titre : Droit dans la gueule du loup

Artiste : Melissmell

Année : 2013

Genre : Chanson française, rock

 

Critique :  Le hasard du calendrier fait bien les choses. Il me manquait un article entre deux épisodes du journal, que j'avais prévu de consacrer à Californication, mais étant donnée la sortie imminente du dernier album de Melissmell, un changement de programme s'apparente bienvenu (on verra si je publie celui sur Californication un peu plus tard).

 

Il serait présomptueux de résumer en quelques lignes le choc qu'a provoqué Melissmell sur moi la première fois où je l'ai entendue. Je venais à peine d'apprendre que Noir Désir ne se reformerait pas, ce qui me laissait avec un vide assez net, que j'avais besoin de voir comblé. Du moins, maintenant que ces textes et cette voix ne seraient plus que du passé (même si Cantat est entrain d'enregistrer un album solo), j'avais besoin d'une personne pour reprendre le flambeau, à sa manière, consciente de ses références tout en étant indépendante d'esprit et d'univers.

 

Et c'est Melissmell, débarquée de nulle-part, ou plutôt de ses café-concerts, qui a pris ce rôle. Avec sa voix incroyable et si particulière (beaucoup l'ont considérée comme une Cantat au féminin), son engagement et sa rage, on tenait une lueur d'espoir, une preuve nous montrant qu'il restait encore dans le rock des gens investis, militants, et doués.

 

Du coup, quelle joie de voir débarquer ce nouvel album, alors que j'ai bien fait tourner le précédent, beaucoup d'inquiétude aussi, car on attend toujours plus de ceux qu'on aime. Me voilà rassuré, cet album est une merveille. Le lien avec Noir Désir est présent (dans Rock'n Roll, surtout, le "tube" de l'album), notamment par rapport à leurs morceaux live acoustiques pour la radio italienne. Mais la référence principale est évidemment Brel (son maître absolu), qui irrigue l'album de son fantôme (dans La Larme, magnifique). De manière générale, une longue histoire de la chanson française est convoquée. Il serait criminel de ne pas évoquer le regretté Mano Solo, dont Melissmell a récupéré les musiciens pour l'album (et ça s'entend). On sent également que la demoiselle a beaucoup tourné avec Soan récemment.

 

On retrouve donc une atmosphère musicale plus maîtrisée, moins « bordélique » que sur le premier, où elle avait tendance à envoyer de la voix, et de l'accompagner d'une instrumentation chargée, parfois trop. Là, elle n'a rien à prouver concernant ses capacités vocales, alors elle calme le jeu, et une place prépondérante est accordée au piano ou la guitare sèche. Ainsi, d'un premier album assez rock, on se situe cette fois plutôt du côté de la chanson française « traditionnelle » (dans la veine de Viens et Des Nouvelles par les ondes, mes morceaux préférés du premier), aux textes ciselés et aux mélodies travaillées.

 

Il ne faut pas croire que Melissmell a mis de côté ses revendications et son engagement. Elle a simplement décidé de les traiter de manière moins frontale, moins « je casse tout sur mon passage ». La colère brute a laissé la place à l'inquiétude, la mélancolie, l'attente. Mais toujours avec l'amour au centre (pour la musique, par exemple, dans La Crapule), qui devrait pouvoir tout sauver. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à régler ses comptes, que ce soit avec le rock'n roll ou les esprits moutonniers (dans la chanson Les Brebis). Les grandes luttes idéologiques ayant déjà été traitées dans l'EP sorti après le premier album, contre le FN (Marine) et les manques de la démocratie (Demon art chie), elle se recentre sur des combats plus intimes, ce qui ne les rend pas moins intéressants.

 

Au final, il se dégage un parfum particulier de cet opus, presque une atmosphère surannée, nostalgique. Les Souvenirs en est le plus bel exemple, et m'a d'ailleurs étrangement fait penser à Will you remember des Cranberries, même si les chansons de se ressemblent pas...

 

En somme, le titre de l'album est parfaitement révélateur. Droit dans la gueule du loup fait office d'expression polysémique qu'on peut interpréter comme l'inquiétude de se faire bouffer ou la volonté de casser le museau du prédateur. Tout l'album est construit sur cette dichotomie, partagé entre révolte et mélancolie. Finalement, là où le premier album pouvait s'écouter sur une barricade, celui-ci se destine plutôt aux fonds de bar, à la nuit tombée, alors qu'on sent encore l'odeur des fumigènes, l'adrénaline redescendant doucement.

Mais ce n'est qu'un instant, pour reprendre des forces, car dès demain la lutte reprend.
 

L'album en écoute. A écouter en priorité : Rock'n roll (si dessous), La Colère, La Larme, Les Souvenirs

 

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