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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Lilly Wood and the prick, ou le dancefloor désenchanté.

Publié le 7 Novembre 2012 in lilly wood and the prick, musique, folk, electro-pop, critique, The Fight, album

Titre : The Fight
Groupe : Lilly Wood and the Prick
Année : 2012
Genre : Electro-pop, folk


Critique : Il y a peu d'albums qui m'ont autant plu à leur sortie que le premier opus de Lilly Wood and the Prick, Invicible Friends. Il y avait dans ce duo sorti de nulle-part l'énergie pour foutre un coup de pied au pied la folk engoncée dans ses balades mélancoliques (que j'adore par ailleurs) sans pour autant basculer dans une blague pop typique des années 80, qui confondaient souvent sonorités dansantes et kitscheries absolument. Non, résolument, avec Lilly Wood, nous avions enfin deux frenchies (chantant certes en anglais, mais ne pinaillons pas, leur musique s'y prête très bien) suffisamment frais et libres pour faire ce qu'ils voulaient, et le faire bien.

Inutile de préciser que deux ans plus tard, l'album tourne toujours régulièrement sur ma platine, donc l'arrivée d'un deuxième opus était attendue de pied ferme. L'autre soir, au JT, j'ai d'ailleurs cru qu'ils étaient invités, avant de me rendre compte que la demoiselle assise n'était point Nili Hadida (la chanteuse) mais Géraldine Nakache (si si, elles se ressemblent, allez vérifier). Pourtant, étant donné que Lilly Wood avait reçu une victoire de la musique en 2011 (face à Zaz, Ben l'oncle soul et Camélia Jordana, qui, entre vous et moi, ne pouvaient pas vraiment constituer une opposition apte à créer un suspense...), la sortie de The Fight aurait très bien plus leur offrir un plateau. Mais bon, pas franchement le genre de la maison, et tant mieux.

Venons-en à l'album. Il représente une continuité parfaite avec le premier, accentuant un peu plus le côté electro-pop aux dépends de la folk pure. A bien des égards, The Fight constitue un véritable disque de soirée dansante, pour les gens de bon goût refusant de se remuer sur les soupes immondes assénées dans les boîtes de nuit. Impossible de ne pas au moins battre du pied sur les entraînants morceaux menées d'une voix de maître par Nili. Le duo se lâche, s'amuse, parfois même, on semble toucher à la parodie, comme dans Le Mas (une des rares chansons avec des pointes de français).

Mais il ne faut pas se méprendre, Lilly Wood and the prick n'est pas devenu un groupe joyeux. La majorité des chansons est aussi pessimiste qu'avant, entre séparations et désillusions. Beaucoup étaient déjà tombés dans le piège à l'époque du premier album. Le single programmé sur les radios, gentiment mélancolique mais surtout sacrément efficace (Down the drain), portait pourtant en son sein les paroles suivantes :

« Why don't you rape me now, when you hit me now

Make me feel like I'm nothing at all »

dont je ne vous fais pas l'injure de la traduction, mais bref, c'était loin d'être la fête au village.

En réalité, le dernier album de Lilly Wood and the prick fait vraiment l'effet de ces longues soirées un peu embuées qui commencent sur les chapeaux de roue, où chacun oublie sa timidité pour se trémousser sur le dancefloor en disant merde au ridicule, faisant un peu l'impasse sur la laideur banale de l'existence (ça, c'est la première partie de l'album). Puis, le temps passe, les filles s'en vont ou vomissent où elles peuvent, on se retrouve à danser tout seul en couple avec une vodka orange, le sol est collant et des chips font buvard au fond des derniers verres (ça, c'est la seconde). Le double clip présenté avant l'album (et écoutable ci-dessous) montre ainsi bien ces deux atmosphères (de manière inversée).

En somme, un super deuxième opus à la tristesse hyperactive, qui fera naviguer les plus instables entre deux caractères radicalement opposés. Plus qu'une opposition, un combat (analyse sommaire et facile du titre de l'album, je vous l'accorde). Sans doute que le pouvoir des grands albums est de savoir s'adapter en faisant l'équilibre sur un fil de pêche. Pour l'instant, Lilly Wood and the prick réussit à merveille son numéro d'acrobate.

 

 

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