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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Lhasa de Sela : Comme les statues, les fées meurent aussi.

Publié le 8 Janvier 2013 par Asoliloque in Lhasa de sela, chanteuse, album, musique, chronique, necro

On oublie souvent que les gens qu'on ne fréquente pas ont aussi une vie. Que la terre tourne, qu'on est pas le centre du monde (et c'est un drame, croyez-moi). C'est également le cas avec les artistes. Aveuglés par notre ignorance, on se bâtit un noyau dur de créateurs/trices qu'on suit à la trace et on est persuadé que si on rate les autres, c'est qu'ils n'avaient pas la qualité suffisante pour parvenir à nos oreilles. En bref, il faut bien faire des choix, on ne peut pas tout écouter.

Mais il arrive aussi qu'une personne ne nous ayant jamais frappé de sa superbe se révèle à l'occasion de l'expérience la plus péremptoire de son existence : son décès. Dans ma pièce de théâtre (comment ça, il n'y a rien de plus narcissique que l'auto-citation?), le personnage de B dit à un moment « Je ne suis amoureuse que de gens qui sont morts ou qui n'ont jamais existé ». Assez étrangement, j'ai souvent vécu ce sentiment à l'égard de chanteurs ou chanteuses. Les exemples les plus flagrants ont été Alain Bashung et Mano Solo. Si je les connaissais tous les deux, c'est à leur mort que j'ai réellement franchi le cap et que j'ai dévoré leurs albums.

Alors que je réécoutais le podcast d'une émission de radio l'autre jour, je suis tombé sur une chronique de Philippe Alfonsi, qui dédiait sa nécro du jour à la chanteuse Lhasa de Sela, alors récemment décédée (début 2010). Je ne sais pas si c'est ce qu'il a raconté à son propos (l'histoire d'une nana américano-mexicaine née de parents hippies n'ayant connu que la route) ou sa toute simple mais belle phrase d'introduction, «Les fées meurent aussi », qui m'a poussé à écouter cette femme. Peut-être était-ce la sincère émotion d'un homme habitué aux nécrologies objectives dédiées à des gens dont tout le monde se fout, qui rendait son humble hommage à une chanteuse qu'il avait bien connue.

Décrire la musique de Lhasa n'est pas chose aisée, tant elle semble vibrer d'une infinité de références, que ce soit la musique latine, gitane, le rock, la soul, la folk ou encore le klezmer (musique traditionnelle des juifs d'europe centrale). Mais décrire la voix est une entreprise carrément impossible. On pourrait parler de ce timbre grave, tantôt rocailleux, tantôt mielleux, mais on raterait l'essentiel. Lhasa fait partie des chanteuses qui font pleurer de joie et rire du désespoir.

C'était aussi l'occasion pour moi de revenir à mes premières amours de linguistique étrangère : l'espagnol. Car si Lhesa chante parfaitement en anglais et en français, je pense que toute sa puissance évocatrice se libère dans la langue hispanique, c'est pourquoi son premier album, La Llorona (soit La Pleurnicharde, merci l’auto-dérision) m’apparaît le plus marquant.

Quoiqu'il en soit, il faut croire que le cancer du sein ne fait pas exception et s'attaque sans vergogne à n'importe qui, ce qui en fait une maladie de très mauvais goût. Je ne peux dès lors que vous inviter à vous pencher sur ce que faisait Lhasa, histoire que la fée continue de vivre un peu.

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