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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Journal de Sisyphe (8)

Publié le 12 Décembre 2012 par Asoliloque in écriture, journal, sisyphe

Lundi

"- Je ne serai pas trop dispo cette semaine, Marie m'a dégoté un mariage pour prendre des photos et je vois un ami ensuite.

- Un ami ?

- Oui. Non, je ne couche pas avec. Ni avec sa femme. Ni même avec son fils. Mais c'est surtout parce que son âge me vaudrait des poursuites."

Je suis tellement habitué à ce qu'Anna traîne avec moi que j'en arrive à oublier qu'il lui arrive de voir d'autres personnes. Sans être possessif, c'est à chaque fois un anéantissement.

 

Mardi

Une semaine sans Anna. A-t-on déjà essayé de retirer ses poumons à un asthmatique pour le faire se sentir mieux ?

 

Mercredi

Anna est chanteuse pour le plaisir et photographe pour remplir le frigo. Elle se charge d'immortaliser des mariages, des baptêmes, des enterrements de vie de garçon, toutes ces inventions à la con que l'homme se plaît à ériger en garants de la cohésion sociétale. Au début, je ne comprenais pas comment elle pouvait accepter de participer à ça.

"- Je me fais mille balles par mariage. Mille balles pour fusiller une connasse en robe blanche déjà prête à être cocufiée. Mille balles à voir un jeune marié bander pour une strip-teaseuse alors que dès le lendemain, il devra coucher avec sa femme. Ce serait jouissif pour la moitié du prix."

Moralité, puisqu'on ne peut pas se passer de l'argent, autant le prendre aux cons.

 

Jeudi

A quoi servent les amis ? A parler des amours. C'est ainsi qu'Euclide m'entend pleurer mon manque comme la dernière des lycéennes avec un stoïcisme de compétition.

"- T'es le premier à dire que ce que tu aimes chez cette fille, c'est qu'elle soit inaccessible. Tu peux pas ensuite lui reprocher de te glisser entre les doigts.

- Je veux bien qu'elle me glisse entre les doigts mais je veux pas qu'elle en rejoigne d'autres.

- Ce n'est pas ce qu'elle fait.

- Ça pourrait.

- Si ma tante en avait...

- Tu penses que je me prends trop la tête ?

- Vois un peu la situation inverse, tu préférerais qu'elle soit amoureuse de toi ?

- Vu comme ça...

- Donc voilà, tout va bien, vous pouvez continuer à vous tirer la bourre, psychoter sur vos existences misérables, et vous réconcilier sur l'oreiller en affirmant haut et fort votre indépendance. Tu as besoin d'avoir l'impression qu'elle te déteste pour continuer à l'aimer, et elle a besoin d'avoir l'impression qu'elle s'en fout de toi pour continuer à te supporter. Rien de nouveau sous le soleil."

Devant une remarque aussi péremptoire, je ne peux que renverser la vapeur.

"- Et de ton côté ?

- Les femmes ? La dernière en date a voulu rester deux nuits, j'ai cru qu'elle faisait des repérages pour me piquer des trucs.

- T'es pire que moi, je sais pas pourquoi je t'écoute. Et du coup ?

- Bah j'avais raison, je ne retrouve plus mon DVD d'Apocalypse now."

Par la vitre du café, des gens marchent, vont travailler, ont une vie, des vrais problèmes. Qu'il est bon de se vautrer dans un malheur purement spirituel.

 

 

Vendredi

J'écoute le dernier album de Cat Power, Sun. Rien à faire, je ne retrouve pas l'émoi que j'ai pu ressentir le passé, où la chanteuse faisait figure de fulgurant fantasme pour mon adolescence débridée. La jeune femme n'est désormais plus si jeune, elle a fini par s'assagir, mettre un peu de côté son érotisme opaque. J'ai lu dans une interview qu'elle avait écrit cet album alors qu'elle était en couple.

S'il m'arrivait d'en douter, c'est désormais une certitude : les filles amoureuses, quel gâchis.

Par conséquent, le morceau de la semaine est The Greatest, issu de l'album éponyme, le dernier avant qu'elle passe définitivement du côté obscur. Une chronique très juste à propos de Sun résume l'essentiel : « Comme si, après avoir joué des années le jeu de la séduction, on découvrait que celle qui agite notre cœur ne nous avait jamais, pas une seconde, considéré autrement que comme un bon pote. Comment, après ça, l’aimer à nouveau, l’aimer autant, aussi fort ? »

On ne se remet jamais vraiment de ce genre de frustrations.

 

Samedi

Dans un bar en face de la rédaction, j'entends le culte Where is my mind des Pixies, jusqu'au premier refrain où de monstrueux beats électro viennent violer le morceau dans une orgie de mauvais goût me contraignant à quitter le café.

Je crois qu'on n'avait pas fait si mal à l'art depuis les autodafés nazis. Mais au moins, eux, ils ne prétendaient pas rendre hommage aux œuvres qu'ils cramaient sans vergogne.

 

Dimanche

La déclaration de la semaine est à mettre au crédit du conducteur du train dans lequel j'ai le malheur de poser mon cul : « Nous sommes actuellement bloqués sur la voie, merci de ne pas vouloir ouvrir les portes. Le train est susceptible de repartir dans les prochaines minutes ».
Susceptible de repartir... on peut tout reprocher à la SNCF, mais on ne peut leur retirer un talent immodéré de la formule.

 

 

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