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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Journal de Sisyphe (5)

Publié le 28 Novembre 2012 par Asoliloque in écriture, journal, sisyphe

Lundi

Je ne comprendrai jamais tous ces cons qui lisent des magazines people. Fut un temps où l'on faisait des artistes des figures à aduler, une sorte de mystère exaltant la puissance mystique de l'homme. Puis on a déclaré qu'il était préférable de connaître la marque de leur shampoing. Les gens se sont sentis ainsi rassurés de savoir que même les génies ou les beautés avaient une vie de merde. Le nihilisme de ce siècle est effarant.

Si je vais au cinéma, c'est précisément pour échapper à ça, oublier que Mélanie Laurent met du Febreze dans ses chiottes, que Marie Gillain se rase les jambes ou qu'Audrey Dana a des aigreurs d'estomac.

 

Mardi

Avec Anna, nous tâchons de faire la somme de tous les moments où nous avons été heureux dans notre vie. Elle trouve une durée de trois mois et une semaine. J'arrive à un résultat approximatif de quatre mois et deux semaines. Je pense savoir d'où vient la différence. Je compte la majorité du temps passé avec elle.
Je ne suis pas sûr que ce soit réciproque.

 

Mercredi

Quatre mois de bonheur en trente ans de vie. Soit presque 99% de mon existence à me faire chier comme un rat en attendant que le temps passe. Heureusement qu'Anna est là pour mettre sur pause, sinon je serais déjà mort d'avoir si peu vécu.

 

Jeudi

Une semaine avant l'apocalypse, vulgairement appelée Noël. Il est désormais impossible de mettre un pied dehors sans se faire violer la rétine par un éclairage de mauvais goût ou le sourire niais d'un enfant à bonnet.

 

Vendredi

Une mauvaise nouvelle n'arrivant jamais seule, le froid vient s'enchaîner à nos chevilles en même temps que les premières neiges. Le paysage bascule en noir et blanc, le temps se ralentit, les sons s'étouffent. Mais j'ai froid aux pieds, alors ces incursions potentiellement poétiques tournent à vide.

 

Samedi

- Attends, viens, j'ai toujours eu envie de faire ça.

Anna ouvre la porte vitrée qui mène à la terrasse immaculée, entièrement recouverte de neige. Puis elle commence à enlever toutes ses fringues.

- On va quand-même pas baiser dans la neige?

- Mets-la toi en bandoulière, un petit peu, je tente une expérience. Vérifie juste que je tombe pas dans les pommes.

Désormais nue, tellement belle que j'en ai le vertige, elle s'allonge sur la couche blanche et se met à regarder le ciel. Quelques secondes plus tard, elle commence déjà à claquer des dents, ses lèvres se givrent, elle me fait penser à la Femme piège, de Enki Bilal. Il lui ne lui manquerait que la chevelure bleue.

- Ce que tu peux être conne, quand tu t'y mets. Allez, relève-toi.

- Encore un peu.

Je devrais la sortir de la neige, mais quelqu'un a-t-il aidé Aphrodite à quitter son coquillage? Non, ils ont dû rester la langue pendante, en espérant que la scène dure l'éternité. Orphée ne devait pas se retourner vers Eurydice pour la sortir des enfers. Moi, j'ai l'impression que c'est si je quitte Anna du regard qu'elle disparaîtra.
Alors je reste debout comme un con pendant que ma muse prend froid.

 

Dimanche

Le point commun entre l'amour et un combat? La distance. Tout est question de distance. Lors d'un affrontement, avant même les compétences purement physiques, une maîtrise de l'intervalle est indispensable pour pouvoir toucher sans être touché. Dans les relations amoureuses, c'est le même but: trouver la distance idéale.
En ce moment, je suis constamment tiraillé entre l'envie de me coller contre Anna et celle de foutre le camp au bout du monde.

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