Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
asoliloque.overblog.com

Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Journal de Sisyphe (43)

Publié le 30 Août 2013 par Asoliloque in écriture, journal, sisyphe

  

Lundi

 

Les mots reviennent comme l'eau d'un évier qu'on débouche, pleins de saloperies, impropres à la consommation, mais ils sont là, ils se marchent dessus pour retrouver une place sur la page. Il faut en sauver le maximum, je trierai plus tard. J'ai toujours peur de ne pas en sauver assez, sachant que ce n'est qu'un sursis. Ils disparaîtront bien vite, avec le reste, les éoliennes, les tournevis et les machines à expresso. Même la musique, même les tendresses, même les chanteuses nocturnes.

On ne devrait pas tolérer que les livres et les diablesses soient autant à la merci d'un Soleil un peu trop chaud que les tongs ou les conseillers en marketing.

 

 

Mardi

 

Euclide déteste inviter des gens chez lui, premièrement parce qu'il préfère picoler à l’œil, ensuite parce qu'il est toujours plus difficile de se barrer en plein repas si l'on est déjà à la maison. C'est un problème qui ne m'intéresserait que peu s'il n'était à l'origine de cette phrase pleine de sens :

« L'enfer, c'est les hôtes. »

Ce con a, il faut le reconnaître, plus de talent que moi. Heureusement qu'il n'écrit pas, ça me donne le droit de le plagier effrontément.

 

 

Mercredi

 

Je crois que Julia est rentrée avec le mec qu'elle a rencontré dans le bar le week-end dernier. Entre elle, Euclide et moi, si tout le monde se met à se vautrer dans le plus banal des conforts du couple, je ne vais pas tarder à ne plus rien avoir à raconter. Le bonheur, même précaire, même absurde, est un sacré obstacle à la création. Il faudrait qu'Anna me fasse une crise d'angoisse ou que je lui fasse une crise de jalousie dans les jours à venir, sinon je vais devoir inventer des choses. INVENTER des choses. C'est bien trop d'efforts pour mon humble personne.

 

On peut faire un tas de reproches aux mythomanes, pas la paresse. Sagan avait raison, il faut les apprécier au regard de leur volonté à nous intéresser malgré le manque total d'importance de l'existence, a fortiori la leur. Ils vivent simplement l'art au quotidien, sans nous prévenir, et au lieu d'écrire des bouquins, ils modifient directement leur vie.

Au fond, ils sont moins hypocrites que moi.

 

 

Jeudi

 

Le soleil, les cuites, l'anxiété, la bouffe épicée, la colère et surtout l'ennui me donnent des aigreurs d'estomac. Finalement, le problème, ce n'est peut-être pas le monde, mais mon système digestif.

 

 

Vendredi

 

A la télé et dans les journaux, tout le monde se renvoie dans les pattes la question des nouveaux rythmes scolaires, de la difficulté de concilier horaires de la vie professionnelle et ceux de la vie de parents. Faut-il privilégier l'un ou l'autre ou choisir les deux au risque d'être pris par le temps ?

 

La meilleure solution, à mon sens, reste quand-même de n'avoir ni gosses ni travail.

 

 

Samedi

 

Depuis la rentrée, il redevient difficile d'éviter les cons. Mon corps se tend de plus en plus au fil des jours, la colère grimpe, vient se stocker dans mes muscles comme des crampes. Il faut arriver à respirer correctement – il paraît qu'on peut tout maîtriser rien qu'avec des exercices de respiration, garder un rythme qui permet d'oublier la foule, les paroles inutiles, les débats stériles, les affrontements stupides. Les crises vont reprendre, je le sais, c'est même trop prévisible pour en faire un ressort dramatique. La culpabilité de ne pas savoir réagir correctement, de se dire que ne pas supporter ça est un manque de courage, de volonté, elle va revenir aussi.

Anna en est au même point, même si chanter lui a remis du baume au cœur.

 

J'ai un moyen infaillible pour le deviner : quand on se touche, on se prend des décharges d'électricité statique. Il n'y a pas que psychologiquement qu'on est bancals, notre chimie déconne à pleins tubes elle aussi.

Mais comme nous sommes tous les deux de grands masochistes, on fait en sorte de se toucher encore plus. Tout est bon pour ne pas voir le dehors.

 

 

Dimanche

 

Conneries d'exercices de respiration. Je vais retrouver tous les opportunistes qui se catapultent auteurs d'ouvrages de relaxation et leur faire avaler leurs bouquins par le fondement. Ça leur donnera une véritable raison de se détendre.

Commenter cet article