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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Journal de Sisyphe (4)

Publié le 25 Novembre 2012 par Asoliloque in écriture, journal, sisyphe

Lundi

3h du matin. Crise d'angoisse. Anna m'accuse de la rendre malheureuse. Je suis un égout. Le monde n'existe pas.


Mardi

Je tremble encore de partout mais j'arrive à avaler un bol de riz sans le foutre par terre. Je n'ai pas appelé Anna, je n'ai pas envie qu'elle me voit comme ça. Pourtant, quand elle est là, l'amour passe presque avant la peur, et je recommence à vivre sur courant continu.


Mercredi

Je tombe sur une phrase de Valéry Larbaud : « Mais j'aimais le goût des larmes retenues, de celles qui semblent tomber des yeux dans le cœur, derrière le masque du visage ». J'en ai assez des larmes retenues, elles n'ont plus la place de s'entreposer là-derrière.


Jeudi

Anna m'a dit un jour : « Si j'aime être avec toi, c'est que parce que je déteste être avec tous les autres ». A côté de ça, le « Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas, je ne vous aime pas » de Max Ophüls fait office de SMS mal inspiré. Quand je pense que je vais crever seul et brutalement, je repense à sa phrase. On ne peut pas foutre le camp après avoir dit une telle phrase. Elle ne foutra pas le camp. Elle ne foutra pas le camp.
Mais comme la paranoïa est une spécialité dont je connais les moindres arcanes, je suis persuadé qu'elle foutra la camp.


Vendredi

Il faut que j'emmène Anna à Barcelone (nous ferons l'impasse sur les kiwis et les langoustines), à Prague, à Venise, à San Francisco, à Kiev, à Moscou, surtout à Moscou. Comme ça, une fois qu'elle m'aura quitté, je pourrai retourner hanter ces villes, la solitude vissée à mes chevilles.
La nostalgie est un art qui se travaille en amont. Il faut se préparer au malheur en toutes circonstances, même si l'on sait qu'il finira toujours par nous surprendre par la froideur de son objectivité.

 

Samedi

Nous cuisinons avec Neil Young, nous mangeons en compagnie du Velvet Underground, nous faisons l'amour sur Elysian Fields. Anna n'adhère pas tellement à cette dernière pratique. Elle pense que Jennifer Charles (la chanteuse de ce divin groupe new-yorkais) m'excite autant, sinon plus qu'elle. Ce n'est pas vrai. Mais je ne peux pas assurer que ce soit totalement faux non plus.

 

Dimanche

On peut mourir pour des idées. Je préfère vivre pour voir Anna se réveiller. Ce qui est laid chez n'importe qui devient miraculeux chez elle. L'amour a cette horrible faculté d'occulter la banalité du quotidien. On en oublie du coup les grandes utopies, les ambitions libertaires, on veut juste pouvoir tranquillement partager un café sans se faire emmerder. Il est impossible d'aimer à la fois quelqu'un et le monde, à un moment, il faut faire un choix. La plupart des misanthropes sont forcément des amoureux fous en privé.
J'aspire en tout cas à m'en convaincre, me concernant.

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