Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
asoliloque.overblog.com

Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Journal de Sisyphe (22)

Publié le 5 Avril 2013 par Asoliloque in écriture, journal, sisyphe

Journal sans dimanche, jour auquel il sera consacré très prochainement un épisode complet.

 

Lundi

La météo n'est fiable que quand elle tombe juste. Comme les horoscopes et la psychanalyse.

 

Mardi

J'ai souvent l'impression que ma vie n'est qu'une perpétuelle fatigue, et que mon trépas sera le moment où j'arriverai enfin à dormir tranquille. En attendant, avec Anna, on s'entraîne, tachant de faire coïncider nos petites morts pour essayer ensuite de se reposer.

 

Mercredi

- J'aimerais être un cachet effervescent ou un jaune d’œuf.

Je tiens à préciser qu'Anna a prononcé cette phrase totalement sobre. Enfin, si l'on considère que l'alcool disparaît des veines après une bonne nuit d'insomnie.

Plus tard, Julia me passe un coup de fil pour me prévenir qu'elle viendra bien manger dimanche avec Pierre, afin de repartir sur de bonnes bases, depuis qu'il m'a refait le portrait. Ça promet un peu d'animation.

 

Jeudi

Les hommes aiment les lesbiennes parce qu'elles sont des femmes qui aiment les femmes, ce qui les rend doublement inaccessibles. Il n'y a que dans ces excès de masochisme qu'ils parviennent à s'attirer ma sympathie, ou au moins ma compassion. Quel intérêt de s'enticher d'une nymphe aux yeux de lampadaire prête à tomber amoureuse de vous ? Courtiser celles qui n'en ont rien à foutre est un challenge bien plus intéressant, à condition qu'elles ne finissent pas par craquer, sinon c'est retour à la case départ.
La vie amoureuse est une continuelle frustration qu'on comble en jouissant de l'absence. Car tant que l'on est triste tout seul, on peut espérer. Quand on est triste à deux, où est l'obstacle à la pendaison ?
Par quel miracle Anna arrive à me tirer de ce choix entre le vide et la douleur, alors qu'elle-même est persuadée que l'existence ne fait que tanguer entre ces deux bouées ?

 

Vendredi

J'aimerais parler moins souvent d'Anna, la rendre encore plus désirable en réduisant son nombre d'apparitions dans ce journal. Mais qu'ont peint les hommes des cavernes ? Des bisons et des tigres à dents de sabre. Soit leur principale source de nourriture et leur plus gros danger de mort. Quelque soit l'époque, on ne parle que de ce qui nous fait vivre et de ce qui nous tue (ce qui revient à peu près au même). C'est très réduit et très vaste, comme l'amour, l'univers, et les yeux ouverts. A défaut de me sauver du néant, je sauverai Anna de l'oubli. Si ce n'est pas le cas, j'espère que le monde aura disparu et qu'il n'y aura plus rien à regretter, nulle-part, pour personne.

 

Samedi

Pourquoi faut-il aimer la nuit ? Parce que c'est dans le noir qu'on voit le mieux, que c'est dans le silence qu'on entend le plus. Et que tout au long de sa vie, on n'aspire qu'à une chose : arriver, au moins une fois, à voir et à entendre. L'odeur de la nuit m'a souvent fait pleurer « derrière le masque du visage », comme l'a divinement écrit Valéry Larbaud. L'obscurité me donne envie de toucher et de goûter (c'est pareil) des femmes, des étendues satinées et liquides, des plumes et des macarons. La nuit est notre ultime recours pour tenter une inespérée réconciliation avec le corps, ce poids lourd et inutile quand il est éclairé par un soleil de chirurgien.

Puisque notre existence n'a aucun sens, tâchons de sauver nos sens.

 

Commenter cet article