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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Journal de Sisyphe (11)

Publié le 4 Janvier 2013 par Asoliloque in écriture, journal, sisyphe

Lundi

Même si je me fous de mon devenir après ma mort, je dois avouer que j'ai toujours eu un faible pour les épitaphes. Petite liste d'idées qui passent en ce moment :

La culpabilisante : Alors, vous êtes vraiment mieux sans moi ?

La romantique : Mieux vaut mourir seul que vivre à deux.

La scientifique : Donc, je vous confirme, y'a rien après.

L'éternelle insatisfaite : On se fait autant chier ici que chez vous.

L'optimiste : Si tu reviens, j'annule tout.

La misanthrope : Enfin au calme.

L'obsédée de la propreté : Prière de ne pas cracher sur ma tombe.

L'obsédée tout court : Et les soixante-douze vierges, elles sont où ?

La fêtarde : A quelle heure ça ouvre ?

La modeste : Et dire que vous ne me connaîtrez jamais.

La malchanceuse : Vous êtes sérieux ? Écrasé par un piano ?

La bouddhiste : Je ne veux pas me réincarner en arbre, je ne veux pas me réincarner en arbre...

La nihiliste : Ça ou autre chose...

La sereine : Après tout, ce sont des choses qui arrivent.

On comptabilise les votes à la fin de la semaine.

 

Mardi

Euclide est le seul au courant pour le journal, ce qui réduit donc drastiquement les possibilités quand je veux en parler à quelqu'un.

- Pourquoi tu le fais pas lire à Anna ?

- Tu parles, je lui déverse ma dévotion une page sur deux, elle trouverait ça insupportable.

- Elle aussi a un petit cœur qui bat, tu sais. Les déclarations d'amour, il arrive que ça plaise.

- Bien sûr que non.

- Tu vas en faire quoi ? Essayer de le publier ?

- Tu rigoles ? Ce ne sont que deux trois conneries balancées à droite à gauche. Ça met de l'ordre dans ma tête, c'est déjà ça.

- Alors pourquoi ça t'affecte autant ?

- Tu connais très bien le rapport que j'ai à l'écriture. Mal à l'aise avant, exalté pendant, terrorisé après.

- Merde alors, j'ai le même rapport aux femmes.

- Sans doute qu'elles sont faites de la même matière.

- De la matière dont sont faits les rêves.

Rares sont ceux qui font référence à Shakespeare en l'ayant lu. Euclide en fait partie. Ou alors a-t-il trop vu Le Faucon maltais.

 

Mercredi

Je ne sais plus qui a dit : « Avant, on disait que les journalistes étaient des écrivains ratés. Maintenant, nous avons les blogueurs qui sont des journalistes ratés ». En attendant de retrouver, considérons que c'est de moi.

Mettre en abyme sa médiocrité, ce n'est pas donné à tout le monde, alors autant continuer dans cette voie.

 

Jeudi

J'adore les concerts. Mais je me passerais bien de tous ces gens qui ont eu la même idée que moi en venant dans cette salle ce soir.

 

Vendredi

Malgré la fraîcheur logique due à l'hiver, on s'organise avec Anna une petite virée au parc de la tête d'or pour reluquer les passantes. Étant donnée la température, les habits épais obligent à se consacrer sur les visages et garder un minimum d'objectivité.

- La rousse, là ?

- Non. C'est une couleur.

- Et ?

- Tu sortirais avec une nana qui se colore les cheveux ?

- Aucune idée, je me suis jamais posé la question.

- Si une fille a le temps de se colorer les cheveux, c'est vraiment qu'elle n'a rien à foutre de sa vie. Donc qu'elle est d'un ennui terrible.

- Je te parlais pas de passer ma vie avec. Tu sais très bien que je ne veux la passer qu'avec toi.

- Yann, voyons. Tu ne peux pas à la fois jouer les romantiques de bas étage et mater les gonzesses qui passent.

- Merde, moi qui pensais que le faire en compagnie d'une femme rendait l'acte moins beauf qu'entre gars.

- Pas assez pour que cette situation devienne un moment plein de classe et de poésie. Mais on s'égare. Celle-là, là-bas.

- Touché coulé.

- Et voilà, encore gagné.

 

Samedi

Un jour, j'écrirai une pièce de théâtre avec un romantique, un frustré et une rejetée, tous trois obnubilés par une muse insaisissable. Comme ça, sans en avoir l'air, je ne parlerai, du début à la fin, que de moi.

 

Dimanche

Je relis pour la quarante-cinquième fois Train perdu, wagon mort, de Jean-Bernard Pouy. C'est le livre dont je ne souhaiterais retrancher aucun mot ni en rajouter, celui que j'aurais aimé écrire. Ou comment claquer un chef d’œuvre en à peine cent cinquante pages. Proust et les auteurs russes peuvent en prendre de la graine.

 

 

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