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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Hors-champ (5) : mémoire blanche.

Publié le 14 Mars 2013 par Asoliloque in hors-champ, atelier, écriture

Atelier d'écriture n°6

- Ecrire un récit dans lesquels figurent les mots suivants, et dans l'ordre : ignorance, cheval, boulanger, réception, évidence, arrosoir.

- Durée : 25 minutes.

Je précise que cet écrit est un petit hommage au roman L'Empire des Loups, de J-C Grangé, dans lequel Anna, un des personnages principaux, se rend chez un psy. Le déroulement est évidemment différent.

 

Mémoire blanche

 

Anna patientait dans la salle d'attente, les mains posées parallèlement sur ses cuisses. Autour d'elle, seulement quelques sièges vides, un présentoir sur lesquels reposaient des revues spécialisées. Pas dédiées à la psychiatrie, ni à quelconque stupide psycho-test, mais plutôt des magazines d'immobilier, ou pour des vacances. Sans-doute donnaient-ils la possibilité aux patients la possibilité de se vider la tête avant la séance avec du contenu parfaitement inintéressant.
L'ignorance d'Anna concernant les salles d'attente de psys était totale, c'était peut-être une pratique courante dans le milieu. D'ailleurs, la salle elle-même ne la stressait pas comme quand elle allait chez le médecin, où l'angoisse de l'attente se retrouvait mêlée aux effluves de médicaments.
Seul un tableau au mur rappelait où on était. On y distinguait un cheval sur une plage, aux jambes plongées dans l'eau. A côté de lui, jaillissant de la mer, une orque se dressait, prête à le dévorer.
Un tableau aussi absurde, c'était forcément un truc de psy. Peut-être une allégorie du mythe de Laocoon pendant la Guerre de Troie...
Elle aurait voulu éviter les consultations mais les absences étaient devenues trop nombreux pour les nier. La dernière fois, elle s'était retrouvée face au boulanger de son village, sans savoir pourquoi elle était venue, les poches vides et un sac à pain déjà rempli chez elle.
La porte du cabinet s'ouvrit et un homme passa la tête.

- Madame, nous avions rendez-vous ?

- Oui.

- Ah bon. Eh bien entrez.

Elle se leva, le suivit dans le bureau et l'assit face à lui, déposant son sac à main auprès d'une énorme plante en pot. Elle s'était imaginé une atmosphère plus accueillante, avec le fameux divan, rien de tout ça ici. Plutôt l'ambiance d'une salle de réception, genre entreprise import-export.
L'homme s'assit également, les mains croisées dans une attitude d'écoute.

Anna se lança :

- Si je viens vous voir, c'est parce que j'ai des sérieux troubles de la mémoire en ce moment, des creux dans ma vie, comme des blancs. Beaucoup d'oublis et d'erreurs d'inattention, aussi.

Le psy avait plissé les yeux à l'écoute de la confession, comme s'il essayait de voir à travers elle.

- Madame, je pense effectivement que vous avez un problème.

- Ah oui ?

- Oui. Car voyez-vous, je ne suis pas du tout médecin, je suis conseiller immobilier. J'aide les clients à faire leur choix, vous comprenez ?

Il s'adressait désormais à elle comme à une enfant, avec ce ton qu'on accorde aussi aux handicapés mentaux, en détachant bien les syllabes.
Anna se sentit tomber lentement, envahie par les picotements. C'était bien plus grave que prévu, et même analyse, elle devait se rendre à l'évidence : elle était folle, complètement tarée.

- Je... je suis désolée.

Elle se leva, attrapa vite son sac et fit demi-tour. Dans sa main, la lanière du sac lui paraissait totalement rigide, comme si même ses sens les plus basiques avaient foutu le camp eux-aussi et que l'univers se fossilisait autour d'elle.
Alors qu'elle tâchait de s'enfuir, elle entend le conseiller la héler derrière elle :

- Madame ! Attendez !

Elle se retourna et le vit agiter son sac à main.
Anna baissa alors les yeux vers le bout de son bras. Elle tenait comme si de rien n'était l'arrosoir servant à irriguer la grosse plante de l'entrée.

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