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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Hors-champ (2) : En porte-à-faux.

Publié le 10 Février 2013 par Asoliloque in écriture, hors-champ, figures imposées, survival

Atelier d'écriture n°2. Règles :
- Utiliser comme phrase de début "Elle entendit tinter la sonnette de la porte et monta vite à l'étage" et comme phrase de fin "Viens, dit-elle".
- Ecrire à la troisième personne.
- Utiliser des structures interrogatives.
- Faire référence à la neige.
- 20 minutes.
- Quelques retouches postérieures.

 

En porte-à-faux

 

Elle entendit tinter la sonnette de la porte et monta vite à l'étage.
Cela faisait des mois qu'elle vivait dans l'angoisse permanente, terrée à l'intérieur de ce petit appartement, frissonnant à chaque passage dans le couloir extérieur. Les voisins rentrant de voyage, les enfants sautant sans cesse sur le palier, il y avait même eu un chien – mais cela aurait tout aussi bien pu être une panthère ou un sanglier – qui avait gratté sous la porte pendant plusieurs minutes. Les animaux sentent ce genre de choses. La peur, la réclusion. N'allez jamais leur faire croire qu'un logis est abandonné si ce n'est pas le cas.
Elle en avait eu des frayeurs, mais aucune n'égalait celle qui investissait subitement ses membres, un fourmillement similaire à celui provoqué par la liqueur avalée trop vite en fin de repas quand on a hâte de foutre le camp. Quelqu'un avait sonné, quelqu'un savait qu'elle était ici. Ils savaient qu'elle était ici.
Depuis la chambre, qu'elle avait verrouillée le plus silencieusement possible, elle attendait désormais, debout à côté de la penderie. Était-ce possible qu'ils aient réellement retrouvé sa trace ? Elle avait été pourtant on ne peut plus discrète. Jamais de sortie en journée, pas de courrier livré à domicile – elle utilisait un point relais sous une fausse identité. Elle faisait ses courses sur internet et payait en liquide à la réception. Quant au proprio, il avait rapidement saisi que cent euros de plus pour le loyer valaient bien quelques questions gênantes en moins. Où avait été son erreur ?
La sonnette retentit à nouveau. Ce n'était pas logique. Un passant égaré n'aurait pas réitéré l'appel. Concernant ses agresseurs, auraient-ils la stupidité de la prévenir de leur venue ? Ils n'imaginaient quand-même pas qu'elle allait se jeter maintenant dans la gueule du loup ? « Bonjour, je vous en prie, entrez ! Vous venez me tuer ? Très bien. Un petit café, en guise de préambule ? ». Impensable.
« Allez, ma grande, réfléchis. Il y a toujours plusieurs solutions à un problème. Et au moins une qui permet de s'en tirer en un morceau. »
Et l'oreille tendue, elle jeta un regard rapide par la fenêtre. La météo semblait vouloir rajouter du dramatique à l'affaire et d'énormes flocons venaient s'écraser laborieusement sur le sol trempé. Ils formaient une boue blanchâtre dégueulasse, comme du vomi de bébé.
Calcul rapide. 4ème étage. Une douzaine de mètres de hauteur, sans balcons intermédiaires. Chances de survie en cas de saut ? Limitées, pour ne pas dire, franchement remises en cause. Quelle conne ! Quelle idée de venir s'installer dans un appartement qui ne permet pas une évacuation de secours ?
Pendant qu'elle s'insultait dans sa tête, elle entendit le craquement de sa porte fracturée. Ils étaient rentrés, et vu leur absence de subtilité, ils n'avaient pas l'intention de faire dans la dentelle.
Ah, ils voulaient jouer ? On allait jouer.
Elle se dépêcha d'ouvrir le dernier tiroir de la penderie, elle jeta les sous-vêtements, et sortit une petite boîte en acajou. A l'intérieur, un Sig-Sauer 9mm. Pas les petits pistolets que les femmes utilisent dans les films noirs, bien planqués au fond du sac à main. Non, une arme efficace, précise, la même que celle utilisée par les forces de police.
Elle soupesa le flingue, rassurée par ses huit cent grammes. C'était désormais son seul allier. Elle vérifia qu'il était bien chargé, abaissa le cran de sûreté. Elle ouvrit la porte.
Pour se donner du courage, elle s'adressa directement au pistolet, comme persuadée qu'il allait lui donner un ultime conseil salutaire.

- Tu me fais pas de crasse, hein, je vais avoir besoin de toi.

Désormais, autant aller à leur rencontre pour régler la question.

- Viens, dit-elle.

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