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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Grande diablesse et petites morts.

Publié le 23 Novembre 2012 par Asoliloque in écriture, musique, soap&skin, diablesse, déesse, album, Lovetune for vacuum

Article non prévu, mais devant l'immense désoeuvrement qui a suivi l'annulation du concert de Soap&Skin, j'ai commandé le vinyle de son premier album (comme ça, j'aurai les deux), et je vous propose donc ma vision personnelle de celui-ci. Pour celles et ceux qui me suivent depuis longtemps, vous trouvez sans doute que je radote, mais que voulez-vous, on est jamais aussi prévisible que quand on est amoureux.

 

Titre : Lovetune for vacuum
Artiste : Soap&Skin (Anja Plaschg)
Année : 2009
Genre : Dark folk
 

 

C'est un plongeon dans le vide. Le manque, la douleur, les blessures intimes, les amours tordues. Si Anja Plaschg est une réincarnation, elle était sans doute veuve-noire dans une vie antérieure. Elle vous tient à la gorge, se love quelques temps auprès de vous, et attend votre petite mort pour vous régler votre compte. Il n'y a aucun sadisme, juste une impossibilité, la puissance du traumatisme qui empêche d'en sortir indemne. C'est une jouissance à vide (« vacuum » signifie aussi bien « vide » que « pompe à érection »), de la solitude à deux.

 

« I fell in love with you
but I know that's just a sky
I don't know where I go »

 

Soap&Skin, ou la peau, le savon (clinique, récurrent, comme pour arracher le mal à l'intérieur), et surtout le froid. De la morgue, des grandes étendues perdues. Des lits abandonnés. Des regards qui glissent sur des lacs gelés. Et le sentiment que le monde file, absent, abstrait, dont il ne reste que le goût de la terre.

 

« When I was a child
I toyed with dirt
and I fought
As a child
I killed the slugs I bored with a bough
in their spiracle »

 

La tristesse ne devient pathos que quand elle est feinte. Quand elle est sincère, elle mène à l'anéantissement ou à la beauté suprême. Que choisir sur le fil du rasoir, sur le bord de la fenêtre, si même ici l'incompréhension est totale ? Nous ne savons jamais rien, nous ne sommes jamais aux prises avec l'univers, nous périclitons juste, irrémédiablement.

 

« She drives me into the black hole
The door opens there
The skin opens there »

 

Et puis la voix. Sortie du cratère. La terrifiante beauté, le don revenu des Champs Elysées après avoir visité le Tartare. Anja Plaschg est une diablesse aussi grecque qu'autrichienne. Une messagère des enfers bravant le Styx à la nage. Trop passionnée pour mourir, même seule, même aux abois, elle reste la guerrière démiurge, à suivre la trace en se cassant les ongles.

 

« I search in snow, in vain
For your footsteps trail
I have to kiss them
With my scalding tears
Until I see the ground »

 

J'ai tellement besoin de cette grâce, tellement besoin que l'homme absurde que je suis (comme disait Camus) se trouve une raison de se révolter face au désenchantement. Il faudra passer sous la glace, suspendre la respiration, s'accrocher à des lèvres qui ne s'ouvrent que pour chanter. Rêver jour et nuit, croire à ces miracles qui ont rangé Dieu au placard. Anja est née bien avant lui, elle lui a tout appris. Le monde insensé a troqué son silence assourdissant pour une voix qui réapprend à dormir la nuit, fût-elle ponctuée de cauchemars. Viendra le temps des soleils pâles sur les sourires de givre. Et nous serons là, partageant nos mains pour allumer le feu. Il séchera les larmes, cautérisera les plaies, ravivera la lumière au fond de ses yeux.

Alors elle sera si belle que tout disparaîtra.

 

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