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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Fifty shades of Grey, juste assez de corde pour se pendre ?

Publié le 5 Décembre 2012 par Asoliloque in critique, livre, sexualité, fifty shades of grey

Si vous ne vivez pas dans une grotte et que vous êtes rentré(e) dans un endroit qui vend des livres ces derniers mois, vous êtes forcément au courant du dernier phénomène « littéraire » à la mode : Fifty Shades of Grey. Ecrit par E.L James, une anglaise de 49 ans qui publiait auparavant sur des blogs, cette « romance érotique » (pour l'instant, plions-nous aux descriptions wikipédia) était au départ une fan-fiction ayant pour origine l'autre série à succès du moment : Twilight (les vampires qui brillent, Bella, Edward, vous situez).

Celles et ceux qui connaissent un petit peu le monde de la fan-fiction savent à quel point ce terme un peu vaseux désigne souvent les plus sombres étrons littéraires, qui fort heureusement, ne quittent généralement pas le blog ou le forum où ils ont échoué. Les auteurs ne se font d'ailleurs guère d'illusions, ils veulent juste se replonger dans une histoire qu'ils aiment et apporter leur vision de la chose. Soit. C'est au départ ce qu'a fait E.L James, qui jugeait que la saga Twilight manquait singulièrement de fion (on ne peut pas franchement lui donner tort sur ce point). Elle a donc imaginé une relation SM entre une jeune (évidemment) belle (évidemment) et vierge (évidemment) étudiante de 21 ans, Anastasia, et un beau (évidemment) riche (évidemment) et mystérieux (évidemment) homme de 27, Christian Grey.

Mais il se trouve que le destin a décidé que cette fan-fiction évoluerait en livre entier, puis serait éditée, puis lue par des centaines de milliers de personnes, puis adulée par une frange non négligeable de la gent féminine, même si je n'ai encore à ce jour rencontré aucune femme qui déclare avoir lu Fifty shades. Soit elles n'assument pas, soit je ne fréquente pas la bonne cible marketting (plus probable).

Toujours est-il que je me suis procuré de manière plus ou moins officieuse cet ouvrage (merci T411...) et que j'ai décidé de le lire, afin d'avoir le droit d'en faire une critique objective, ou du moins en connaissance de cause. Tout a déjà été dit dessus, surtout le pire, je tâcherai néanmoins de vous faire partager quelques petits extraits que j'ai jugé fameux, accompagnés de commentaires de ma part. Comme ça, vous en profiterez un peu sans avoir à le lire vous.

« Mes joues s'empourprent tellement que je dois être de la couleur du Petit Livre rouge de Mao. » Au cas où on ne saurait pas ce qui signifie le verbe « s'empourprer ».

« Ses cheveux rebelles sont encore humides. Rien qu'à le voir, j'en ai la bouche sèche tant il est sexy. » Moi qui pensais que l'expression « cheveux rebelles » était interdite par la loi du bon goût depuis 1978, visiblement, non.

« il passe ses longs doigts gracieux dans ses cheveux, secs maintenant mais toujours rebelles. Hum... J'aimerais bien lui faire ça. » Mesdames, si vous aussi avez un fantasme similaire, je vous conseille l’acquisition d'un berger des Shetland.

« Il est grand, mince, avec des épaules larges, et la façon dont son pantalon lui descend sur les hanches... Oh mon Dieu. » Je vous rassure, elle dira exactement la même chose quand son pantalon lui descendra sur les chevilles.

« Je sens son odeur de linge frais et de gel douche. C'est enivrant. Je la hume goulûment. » …Je... non, il ne vaut mieux pas que je commente ça..

« À force de fréquenter des héros de roman, je me suis peut-être forgé des attentes et des idéaux trop élevés. Reste que je n'ai jamais été remuée par un homme. » Mais dès que l'un d'eux, avec des cheveux rebelles, une chemise propre et un pantalon trop grand, débarque (ce qui est tout de même peu fréquent, c'est vrai, il y a si peu d'hommes dans le monde correspondant à cette description), c'est la nouba à tous les étages.

« Sous la supervision de Kate, mes jambes et mes aisselles ont été rasées, mes sourcils épilés, et je me suis fait un gommage de la tête aux pieds, expérience des plus déplaisantes. Mais Kate m'assure que c'est à cela que les hommes s'attendent de nos jours. » Ramenez-moi un homme qui en a réellement quelque chose à foutre, que sa nana se fasse un gommage. Non, ramenez-moi un homme qui n'y a ne serait-ce que pensé une fois dans sa vie. Ramenez moi quelqu'un, quelque soit son sexe ou son genre, qui attend véritablement que son/sa partenaire fasse un truc pareil.
Hypothèse de lecture à propos du gommage : le cerveau est parti avec.

« — Non, Anastasia. Premièrement, je ne fais pas l'amour. Je baise... brutalement. […] Baiser brutalement ? Merde alors, qu'est-ce que c'est... cochon. ». Deux hypothèses : Soit la traductrice est restée bloquée dans une autre époque, soit elle a dû se pendre en comprenant qu'il n'y avait aucune manière de transposer autrement la version originale.
Accessoirement, Ana a 21 ans, et s'il est tout à fait possible d'être encore vierge à cet âge, on est quand-même pas censée tomber des nues à la moindre évocation du mot « baiser ». Sans compter que Grey tâche de lui faire piger pendant 70 pages par sous-entendus moisis qu'il pratique le SM, mais qu'elle a besoin de se retrouver au milieu des fouets et des cordes pour se dire « Oh mon dieu, c'est un sado-masochiste ! » Merde alors, qu'est-ce que c'est... navrant.

« — Tu es très belle, Anastasia. J'ai hâte d'être en toi. Ben merde alors. Quels mots. Quel séducteur. J'en ai le souffle coupé. » Je précise à toutes fins utiles que les trois dernières phrases ne sont absolument pas ironiques. Exemple de transposition : «Hey, mademoiselle, t'es charmante, j'te baiserais bien » Citez-moi un cas où l'intéressée ne traitera pas le prétendant de gros lourd, avec coup de genou dans les parties en option.Je précise que d'après E.L James, ce livre n'est pas pornographique, c'est une histoire d'amour, et que les insultes, les femmes n'aiment pas ça (c'est bien connu qu'en en étant une, E.L James sait tout des 4 milliards de femmes restantes), du coup, pas d'insultes dans son livre (a-t-elle lu son livre ?), mais la possibilité de troncher l'héroïne après un éloge super inspiré. Très féministe, tout ça...

« Personne ne me dictera ce que je mange. Comment je baise, passe encore, mais manger... absolument hors de question. » A ce stade du récit, Ana et Grey parlementent pour déterminer la teneur du contrat qui les liera en tant que soumise et maître. Et en gros, Ana accepte plus ou moins d'être baisée n'importe quand et n'importe comment, mais refuse qu'on lui impose trois repas par jour. Si c'est pas beau, le sens des priorités.

« Me suis-je aventurée trop loin hors des limites de mon identité ? Dans quoi me suis-je engagée ? Le pire, c'est que je ne peux même pas m'assoir pour pleurer tout mon saoul. Il faut que je reste debout. » Ah oui, car je précise qu'à cet instant, Ana vient de se prendre plusieurs fessées parce qu'elle avait été vilaine. Passage à peu près le plus violent du livre, c'est dire à quel point l'appellation roman SM a été galvaudée, sachant que rien que l'extrait de la partouze lesbienne dans Apocalypse Bébé de Virginie Despentes est plus hard que le livre complet...

Bref, je pourrais continuer sur des pages et des pages. Sachez simplement qu'au delà de l'humour involontaire, ce livre est d'un ennui profond, où il n'y a strictement RIEN hors du sexe (et pas grand-chose pendant non plus...). Personnages vides, scénario inexistant, héroïne niaise au possible, maître pas crédible une seconde, clichés très douteux, vision du SM foireuse  (en gros, un dominant dans le cadre d'une relation est forcément un ex enfant maltraité, parce que bon, il est un peu déviant, quoi...), Cinquante nuances de Grey (là aussi, super, la traduction) n'a rien de plus à offrir que ce que les critiques en ont dit. En somme, si le sujet du SM nécessiterait à lui seul plusieurs milliers de pages, on a l'impression d'avoir à l'inverse une nouvelle qui aurait pu tenir en quinze feuillets étirée sur quatre cents.

A partir de là, trois hypothèses :

1) Soit les femmes s'étant précipitées sur le livre ont une vie sexuelle tellement triste qu'elles pensaient sincèrement que Fifty shades leur apporterait la lumière.

2) Soit Fifty shades leur a réellement apporté la lumière, et je me fais vraiment du souci pour elles.

3) Soit le panurgisme en règle a encore marché, et le fulgurant besoin de rentrer dans le moule a poussé un tas de ménagères à braver l'interdit (rien de plus cocasse que le conformisme monétisé sous l'argument anti-conformiste), et nous vivons une époque formidable. E.L James a en tout cas vite pigé le truc, vu que dès qu'elle a compris que le livre faisait un carton, elle s'est lancée dans le breuvetage de sextoys "officiels 50 nuances"...

Et vous voulez la meilleure nouvelle ? Ce n'est que le premier volet d'une trilogie. Je sens qu'on va encore passer de grands moments...

Je précise à toutes fins utiles que si je cite les femmes dans ces trois points, c'est uniquement parce qu'elles sont la cible du livre et donc l'achètent plus que les hommes, mais je ne doute pas que ces derniers ont probablement dû tomber dans le panneau d'une manière ou d'une autre. N'y voyez donc aucun argument essentialiste visant à dire que les femmes sont naturellement conditionnées à aimer ce genre de daubes (mes amies s'étant penché dessus ayant vite décidé de se pencher sur les chiottes pour dégobiller), sûr que le mauvais goût transcende les sexes et les genres et que si 50 nuances de grey fait un tel carton, les hommes ont très largement  leur part de responsabilité....

 

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Pas 17/12/2012 19:12

Pov pitit SM T.T