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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

FAUVE : traversons le blizzard

Publié le 11 Septembre 2013 par Asoliloque in critique, musique, FAUVE, blizzard, album

Quand le « phénomène » FAUVE a débarqué, j'avoue être passé totalement au travers. Peut-être parce que je ne fréquentais pas les mêmes endroits sur les réseaux sociaux, que j'étais trop provincial, bref, que je n'étais pas suffisamment « hype » pour me sentir concerné. Et puis, avec les multiples articles sortis à droite à gauche, je me suis dit « bon, c'est qui ces mecs, va bien falloir que je me penche dessus ». C'est donc ce que j'ai fait.

 

Après plusieurs écoutes, je ne vais pas faire durer le suspense, je dois reconnaître que j'aime beaucoup certains morceaux, et que les autres me laissent indifférents sans me gêner. Cependant, si j'écris cet article, ce n'est pas pour le faire à la gloire de FAUVE, c'est pour « répondre » aux multiples critiques négatives que j'ai vu fleurir à leur propos (même s'ils n'ont pas besoin de moi pour les défendre). En fait, le groupe divise carrément entre les fans absolus et les gens outrés. Revenons un peu sur les reproches formulés.

 

« FAUVE, ils ont tout compris au marketing, ils vous prennent pour des pigeons ». Une chose est certaine, le « collectif » (parce que c'est plus cool et mystérieux que « groupe ») connaît bien les arcanes du web. Ils savent que les gens regardent les clips sur youtube, donc ils en tournent pour chaque morceau. Ils savent que les marques font parler, donc ils nous sortent ce signe « ≠ » qui sonne bien rebelle. Leur nom en majuscules claque à la gueule (perso, j'aime pas du tout, mais ça peut se comprendre). Bref, ils savent entretenir le buzz.
Mais cela montre simplement qu'ils font partie d'une jeune génération biberonnée à internet. Alors oui, ce côté « maîtrisé » est un peu saoulant, mais jusqu'à preuve du contraire, une bonne entreprise de communication ne rend pas l’œuvre dédiée bonne ou mauvaise.

 

« FAUVE, ils ont pas inventé la poudre, ce qu'ils disent, tout le monde l'a déjà dit ». Soit. Dans ce cas, que plus personne n'écrive de chansons d'amour, car tout a été dit dessus. Ou alors on considère que tout le monde a un avis recevable sur la question, aussi rabattue soit-elle. Ce qu'on reproche à FAUVE n'est pas tellement de parler d'amour, mais de dire que c'est un sacré merdier, que c'est la chose la plus importante de l'univers, que le sexe est souvent triste, que le monde d'aujourd'hui conchie l'amour sauf s'il est rentable, et qu'il est bien difficile de se sortir de la solitude. On les qualifie ainsi de « hipsters de merde », ou de « pseudo-émo parisiens ». Dans ce cas, je suis un hipster de merde ou un pseudo-émo parisien. Il faudrait savoir s'ils enfoncent les portes ouvertes ou s'ils racontent des conneries caricaturales.

 

« FAUVE, c'est de la provoc' à peu de frais. C'est un peu le Saez 2.0 ». C'est assez marrant, mais beaucoup de gens attaquent FAUVE en le reliant à Saez, comme si Saez était la lie de la chanson française, l'archétype du rebelle bas de gamme. Ok. Qui sont les rebelles haut de gamme de la chanson française aujourd'hui ? Si Saez allait sur les plateaux télé, on le dirait vendu au système qu'il dénonce. Vu qu'il ne va pas sur les plateaux télé, on le traite de rebelle de pacotille. On en sort pas.
Revenons aux textes. Oui, il y a de la provoc', quoique le terme ne convient pas. Il y a de la violence , des insultes, une rage certaine, de l'incompréhension, et du désir mal maîtrisé, en somme : de la jeunesse. Ce que devrait être la jeunesse. Mais non, si l'on commence à dire que notre société est merdique, que le travail est une entreprise de démolition, que les relations sont pourries par des impératifs de rentabilité, et que les idéaux sont importants, on se fait rire à la tronche. Comme si cette posture était devenue le nouveau conformisme. C'est toujours une bonne stratégie de faire passer ceux qui crachent un minimum sur les errements du système (politico-sentimentalo-économique) pour les véritables conformistes, uniquement aptes à faire fantasmer les ados dans leurs chambres remplies de posters.

 

« FAUVE, c'est que des gosses de riches, ils n'ont aucun problème, alors leurs cris de révolte, ça fait doucement rigoler ». Encore un truc que je ne comprends pas. Depuis quand l'origine sociale oblige à une posture ou une autre ? Faut-il forcément être fils de prolétaire pour écrire des (ces) chansons ? L'aisance matérielle et intellectuelle implique forcément de fermer sa gueule ? Ou de parler uniquement de la guerre en Syrie et des enfants qui crèvent de faim ? C'est aussi ridicule que de dire à Mélenchon « vous êtes riche, vous pouvez pas faire partie du Front de gauche ». Tant mieux pour eux si les membres de FAUVE sont aisés socialement, ils sont loin d'être les seuls dans le milieu de la musique, au passage. Quant à leurs sujets, je ne vois pas en quoi ils ne seraient pas concernés. Ne pas être à la rue n'empêche ni la trouille ni la tristesse ni le désœuvrement ni la capacité de remarquer que la société est injuste, etc... Avoir le temps (et l'argent) seraient donc des antidotes suffisants au malheur ou au mal-être, ce qui rendrait des chansons à ce propos forcément hypocrites et toc. Première nouvelle.

 

FAUVE a fait des choix tranchés, entre autres celui de privilégier la déclamation au chant, reprenant certains codes du hip hop et du slam. Et je trouve qu'ils y parviennent bien mieux qu'une très large frange de ces genres musicaux, ou du moins la frange médiatisée. Quand je pense à l'accueil bienveillant qu'a reçu Grand corps malade à l'époque. Comparons deux secondes les textes, FAUVE est à des années lumières au dessus (ce qui n'est pas bien difficile, c'est vrai).
Alors bien sûr, dans leur dynamique jusqu'au-boutiste, il y a à prendre et à jeter. Certains textes ou passages sont en deçà et on fait une petite moue, mais il y a des fulgurances très belles à entendre. Quant à la musique, sans être d'une originalité folle, elle est réussie et se marie bien au propos.
C'est surtout au niveau du rythme et de l'énergie que FAUVE s'en sort bien, je trouve, et arrive à passer en force pour faire oublier ses faiblesses. J'ai pour habitude de bien aimer les albums qui me permettent d'écrire en même temps que je les écoute. C'est impossible avec FAUVE, ça m'agrippe et m'empêche de me concentrer sur autre chose.

 

FAUVE a probablement bien réussi son coup médiatique. Et a donc divisé les foules, s'attirant les foudres des critiques qui en ont vu d'autres. Cependant, s'il est parfaitement possible et justifié de critiquer leur musique et leurs paroles, certains procès d'intention me paraissent un peu hors-sujet. Le groupe ne révolutionne rien (il n'en a pas la prétention), mais il donne une image du monde d'aujourd'hui qui, à défaut d'être joyeuse, est parfaitement recevable. D'autant que loin de se limiter à dire « fuck le système », les membres de FAUVE font surtout écho de leur volonté de trouver une issue de secours, au moins personnelle.
(Re)donner un sens à sa vie, essayer à tout prix d'éviter les asservissements qu'on nous impose, de nos jours, ce n'est pas une fuite ou de la lâcheté, mais un acte de survie. FAUVE n'a pas moins de légitimité que les autres pour en parler. Et le fait mieux que beaucoup d'autres.

 

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