Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
asoliloque.overblog.com

Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui : Si la chair est faible, elle est surtout triste.

Publié le 3 Novembre 2012 in cinéma, critique, film

Je ne comptais pas débuter les articles sur ce nouveau blog par ce film car j'aurais aimé commencer par un coup de coeur, mais hasard du calendrier, c'est aujourd'hui que je l'ai vu, et il faut attendre le 5 novembre pour le prochain album de Lilly Wood and the Prick. Donc aujourd'hui, c'est cinéma, et malheureusement pas du très bon.

Titre : Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui
Réalisateurs : Jean-Marc Barr, Pascal Arnold
Année : 2012
Casting principal :
Mathias Melloul, Valérie Maës, Nathan Duval...

Synopsis (Allociné) : Des petits déjeuners où les silences sont parfois pesants, des dîners où on parle de tous les sujets sauf de sexe ; le quotidien d’une famille d’aujourd’hui est ébranlé quand le fils cadet, Romain, est pris en flagrant délit lors d’un cours de biologie à l’école en train de se masturber et de se filmer avec son téléphone portable. Il risque l’exclusion !
Dès lors, le sexe qui était un sujet tabou au sein de la famille, devient un sujet d’intérêt, et nous basculons dans les vies intimes de chacun. Nous découvrons les vies sexuelles des parents, des trois enfants de 18 à 22 ans et du grand-père.

 

Critique : C'est toujours un peu la même histoire, quelques soient les époques. Il y a comme ça des sujets de société qui invariablement vont susciter les débats générationnels, et pousser une partie de la population à dire « avant, c'était pas comme ça, et c'était mieux ». Nous avons ce débat à propos de la violence des jeunes (« désormais, avec les jeux vidéos, vous vous rendez-compte »), avec l'inculture des jeunes (« avec internet, ils apprennent plus rien »), et puis dans le cas qui nous concerne aujourd'hui, avec le sexe chez les jeunes (« ah non mais le porno, ça fait d'eux des pervers en puissance »).

 

Voici donc débarquer Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui, nouveau défenseur d'une sexualité épanouie, censée motiver les discussions et s'opposer face à l'horreur de la pornographie. Le but sera donc de faire un film qui n'élude pas les questions de fond, et qui ne cache pas les questions de forme. Vaste programme. Et surtout vaste fumisterie.

 

Il a été prouvé maintes et maintes fois que le porno ne changeait pas la sexualité des adolescents, ni en terme d'âge ni en termes de pratiques, et que les seuls qui y trouvaient un modèle étaient ceux qui avaient déjà des problèmes auparavant. Un peu comme si on cherchait encore à vouloir démontrer que les jeux vidéos rendent épileptiques alors qu'en réalité ils ont surtout le mérite de révéler des crises.

 

Mais non, Chroniques pense révolutionner le genre en parlant aux jeunes, à leurs parents, leurs grands-parents, réunir tout le monde autour de la table, et dire à quel point, l'amour c'est bien, le sexe aussi mais quand on s'aime, et que ce qu'on voit dans les pornos, hein, c'est pas la réalité, faut pas traiter les femmes comme ça, et la performance, c'est pas important, bref, tous les clichés qu'un ado pas trop beauf a tôt fait d'oublier une fois qu'il s'engage dans une relation.

 

Le problème du film n'est pas tant son discours que sa remarquable médiocrité. De souvenir de spectateur, rarement ai-je vu un long-métrage aussi laid. C'est bien simple, on dirait une cassette de vacances d'1h20 tournée sur un caméscope des années 90. Pour un film censé promouvoir la beauté des corps qui s'aiment, ça la fout mal. Mais Chroniques est également horriblement écrit, bourrées de scories de langage qu'on apprend à éliminer en première année d'écriture de scénario. En fait, on dirait parfois que les acteurs (pas bons, au passage) improvisent leur texte pour combler l'horrible vide inhérent à l'absence totale d'histoire globale. Et quand ça n'est pas improvisé, on nous offre des scènes surréalistes, comme celle où la mère de famille va voir son beau-père, donc le grand-père (oui, c'est très corporate, tout se passe en famille), et lui demande de but en blanc : « Au fait, depuis la mort de votre femme, ça se passe comment niveau sexuel, pour vous ? » . Et au lieu de lui donner un coup de pelle pour lui signaler l'absurdité et l'indiscrétion de sa question, le grand-père répond : « Je vais vous faire une confidence, je fais appel à une prostituée. Comme ça, je ne trompe pas vraiment ma femme décédée. C'est mon côté idéaliste, romantique. » Bref, un dialogue qui pourrait faire hurler de rire s'il n'était pas prononcé de manière aussi sérieuse.

 

Alors évidemment, Chroniques est bourré de pseudo phrases didactiques ou de remises en question qui tombent toutes à plat et sonnent faux, et je me demande bien quel adolescent, qui aurait eu l'idée saugrenue d'aller voir ça au ciné avec ses parents, aurait ensuite envie de tailler le bout de gras avec eux à propos de sa sexualité, actuelle ou future. Le tout est bien sûr entrecoupé de scènes de sexe aussi tristes qu'ennuyeuses. Finalement, il n'y a bien que la relation entre le père et la mère qui, par moments, pose des questions intéressantes, notamment quand à la fin, l'homme voyant sa femme lui proposer quelques petits rajeunissements chirurgicaux, demande « Est-ce que ça te fait peur qu'on vieillisse ensemble? » Peut-être la seule réplique à peu près juste, malheureusement ternie par une réponse de la mère hors de propos.

 

En somme, si vous cherchez un film faisant de la sexualité son discours principal, voyez en un de Catherine Breillat (au hasard, Romance, plutôt marquant), qui, s'il s'avérera probablement aussi prétentieux que celui-ci, aura au moins le mérite d'être filmé correctement et d'avoir des véritables acteurs. Ou alors carrément l'Empire des sens, qui s'il n'est absolument pas mû par les mêmes volontés, s'avère bien plus esthétique. Et par pitié, que les réalisateurs cessent d'infantiliser les ados en les pensant trop stupides pour ne pas gérer eux-mêmes ce type de questionnement, surtout quand ils ne sont eux-mêmes pas capables de dépasser les stéréotypes qu'ils souhaitent dénoncer.

 

Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui est donc un flagrant échec, et le foin qu'il avait fait à sa sortie (surtout sur France Inter, où dans le cadre d'une chronique, il avait limite été présenté comme le film du siècle... je ne sais pas ce qu'ils fument à France Inter, mais ils étaient visiblement en manque) s'avère selon moi largement immérité. Pire qu'un mauvais film, un film insignifiant.

 

Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui : Si la chair est faible, elle est surtout triste.
Commenter cet article