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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Carrousel : "Quand la nuit tombe, je me relève"

Publié le 26 Mars 2013 par Asoliloque in critique, musique, carrousel, en équilibre, tandem, variété, rock, pop, album

Groupe : Carrousel
Albums : Tandem et En Equilibre
Années : 2010 et 2012
Genre : variété, rock, pop

 

Critique : Le plus compliqué, dans un article, est toujours l'accroche. Il faut en quelques lignes, alors que le lecteur n'a peut-être que cinq minutes devant lui entre deux jeux facebook, le convaincre d'aller jusqu'au bout, et dans le cas de musique, le convaincre à écouter. Comment arriver à faire comprendre à quelqu'un d'autre qu'un artiste vous a sauvé la vie à maintes reprises ? C'est dans ces situations qu'on en arrive à penser qu'au fond, on ne peut pas se comprendre si on ne ressent pas la même chose, et que si on ressent la même chose, il n'y a plus rien à comprendre. Entreprise qui apparaît donc en définitive impossible à réaliser mais frottons-nous y quand-même.

 

Si le soir est orageux,
Moi je le teinte de méthylène
Histoire de savoir qui de nous deux
Se fera le plus de peine

 

J'ai découvert Carrousel dans une période de gros non-sens existentiel (si l'on admet que la vie entière n'est pas par définition un gros non-sens existentiel). Si j'avais mes références musicales, j'avais le sentiment qu'il manquait dans ma discographie quelque chose apte à me sortir du trou bien confortable où je m'étais planqué. Il est vrai que beaucoup de groupes bien tristes se chargent souvent de relever la couverture sur la déprime : ce n'est pas un mal en soi, j'adore ça, mais quelques fois, quand on a des obligations dans la vie (quelle horreur), il faudrait un groupe capable de nous jeter du lit.

 

Carrousel a joué ce rôle. Car c'est un groupe tellement vivant qu'il emporte tout avec lui. Les duos homme/femme dans la chanson francophone (le groupe est suisse) sont finalement assez rares, d'autant plus quand ils s'avèrent aussi fusionnels. A aucun moment, on a le sentiment que l'un l'emporte sur l'autre, les oppositions étant toujours savamment orchestrées. Si je m'attarde sur ce point, c'est que la grande force de Carrousel réside en cette osmose entre ses deux membres.

 

Ça devrait nous suffire
Du bonheur en brouillard
Ça devrait nous suffire
De juste entrevoir

 

Même si le groupe fonctionne majoritairement sur l'association guitare sèche/percussions, il vient souvent se nourrir d'instruments supplémentaires (mélodica, flûte...), notamment un qui peut faire peur : l'accordéon. Généralement identifié aux bals musette et autres fêtes de vieux diffusées sur France Bleu Pays de Savoie, il trouve avec Carrousel une énergie et une vitesse qui lui rendent toutes ses lettres de noblesse . Difficile d'écouter les chansons (assez courtes, quasiment jamais plus de 4 min) en restant de marbre, on finit toujours par se laisser entraîner par le rythme.

 

Il ne faut pas craindre de Carrousel un côté trop joyeux qui virerait à la niaiserie. Quasiment toutes les chansons sont empreintes que ce soit musicalement ou textuellement d'une mélancolie marquée, souvent en lien avec la fuite du temps, la destruction des relations, l'oubli. Pas des thèmes fondamentalement originaux (en reste-t-il?), mais subtilement traités, parfois avec humour, souvent avec des jeux de mots bien sentis, et toujours avec une tendresse qui ne plonge jamais dans le ridicule. Au niveau des groupes similaires, on pourrait penser à Félipecha, au duo entre Mauss et Charlie, à un album d'Elista, parfois à Da Silva (surtout dans La Grande traversée), et sans doute à Louise Attaque (en remplaçant le violon par l'harmonica).

 

Ta robe prenait le vent
Et soulevait de si grands

Bouquets de fleurs d'oranger
Bouquets de cœurs dérangés

 

Le mot d'ordre de Carrousel est toujours le mouvement. Il faut avancer coûte que coûte. On en perdra en route, on va prendre des coups, mais ça vaut la peine de voir ce qu'il y a après. Et il vaut mieux le faire à deux, malgré les désillusions (beaucoup de chansons traitent de la lassitude dans le couple). Ainsi, les titres des deux albums (Tandem et En Equilibre) se trouvent justifiés : Si on arrête de pédaler, on se casse la gueule, et on pédale mieux en duo.

 

En ressort un sentiment très particulier. Une joie de vivre, ou disons une joie d'être en vie, même si l'on est passés par des mélodies qui au premier abord ne semblent pas forcément dégager ça. En fait, à bien y réfléchir, je ne vois qu'un seul artiste qui arrive aussi bien à manier la joie et le désespoir, au point que ceux-ci soient les deux versants d'une même pièce, et c'est monsieur Yann Tiersen lui-même. D'ailleurs, dans certains morceaux, on retrouve un xylophone qui ferait franchement penser à ce que peut faire le musicien, surtout sur certains morceaux live (Esther, par exemple, que je vous invite à écouter, ça ne pourra que vous rendre plus beaux et heureux).

 

Tours de passe-passe entre les lignes
Suivre les traces et les combines

On peut rêver d'adrénaline
Welcome comme on l'imagine

 

Quand j'avais utilisé On s'est manqué pour mon court-métrage de l'année dernière, c'était cette « morale » que je voulais donner, et que Noir Désir résume si bien dans l'Europe : « On se relève tout, même des chutes sans fond ». Carrousel ne descend jamais jusqu'au fond mais se bat toujours pour rester à la surface. Leur humanité et leur sincérité font un bien fou sans avoir l'impression d'avoir affaire à des vendeurs d'assurances (oui, les Enfoirés, je parle notamment de vous). La preuve que Carrousel est un putain de groupe, c'est qu'il arrive presque à me faire aimer les gens, c'est dire.


Si vous êtes arrivés jusque là (et je vous en remercie), je ne peux que vous convier à tenter le coup, ils méritent largement une ou deux oreilles attentives. Étant donné que j'aime quasiment tous leurs morceaux, j'aurais du mal à en recommander parmi d'autres, mais je peux quand-même donner certains qui sortent du lot, par lesquelles je vous invite à commencer, dans l'espoir que vous continuiez.

A écouter en priorité sur Tandem : On fait comme si, Les Vents contraires, Les Nuits blanches (ma préférée en ce moment), Ça devrait nous suffire

A écouter en priorité sur En Equilibre : Gris-bleu, On s'est manqué, Welcome, Tandem

 

Sans oublier deux vidéos pour les feignant(e)s, ce qui vous fait un total de 10 morceaux pour vous faire un idée.

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David 26/03/2013 19:22

Pas mal.