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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Bioshock Infinite : l'oiseau et la cage...

Publié le 29 Avril 2013 par Asoliloque in critique, jeu vidéo, bioshock infinite

J'ai longtemps réfléchi à la production dont je parlerais la première fois où je ferais un article à propos d'un jeu vidéo sur ce blog. Il est vrai que même si ce média se développe outre mesure ces dernières années, il continue de souffrir d'un certain déficit d'estime, étant très souvent ramené à des polémiques puériles se résumant à « les jeux vidéos rendent violent et/ou idiot ». Une mauvaise réputation que se tape également les films d'horreur au cinéma par exemple.

 

Mais il arrive que des perles débarquent et élèvent le jeu vidéo au rang d'art, et l'on se retrouve devant ces œuvres à dire « les cons, ils connaîtront pas ça ». Dans le milieu du jeu indépendant, c'est assez fréquent (on pensera à Minecraft, Braid, Machinarium ou World of goo, entre autres), mais il est rare qu'une production AAA (l'équivalent du blockbuster au cinéma) touche de si près au sublime et soit capable de filer des frissons tout au long de l'aventure.

 

Ce jeu, c'est Bioshock Infinite. Troisième volet d'une série émérite, Bioshock a su se faire une réputation au fil des ans dans le cœur des joueurs et de la critique. Auparavant, l'action se situait dans une citée sous-marine, vestige d'une utopie dans les années 50. Cette fois, on prend de la hauteur, au dessus des nuages, bienvenue à Columbia. Vous incarnez Booker DeWitt, un personnage au passé trouble qui cherche à payer ses dettes en ramenant une fille à on ne sait qui. Il sait que cette fille se trouve à Columbia, il ignore quels autres secrets renferment cette ville volante.

Bioshock Infinite : l'oiseau et la cage...

Nous sommes en 1912 et Columbia a l'air aux premiers abords d'être un véritable Eden qui aurait quitté la Terre. Du soleil et des colibris, des couples main dans la main, des spectacles et des pommes d'amour, bref, c'est bisounours et compagnie. Ils ont même accès à des sortes de drogues, nommées « Toniques » (vous avez dit Le Meilleur des mondes?) qui donnent de sacrés pouvoirs... Sauf que ce n'est qu'un leurre. Columbia est en vérité une dictature religieuse au main du Prophète, et la population se trouve être d'un racisme affolant. Et surtout opposée à un groupuscule de libération nommé Vox Populi, dont on ne sait quelles sont les véritables revendications. Vous trouvez déjà la situation compliquée ? Accrochez-vous, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg.

Car quand on rencontre Elizabeth (la fille qu'on venait chercher), on bascule dans le plus grand délire. La jeune demoiselle a vécu enfermée toute sa jeunesse dans une tour, protégée par un immense oiseau mécanique. Mais elle possède surtout un don particulier : celui d'ouvrir des failles entre les dimensions. Dans le cadre de l'aventure, elle vous sera d'une grande aide car elle pourra faire ainsi « apparaître » des munitions ou de la santé. Scénaristiquement, ces failles sont au centre du jeu, et attendez-vous à tâter de la physique quantique et autres voyages spatio-temporels qui sauront vous filer la migraine.

Pour autant, le scénario se révèle extrêmement précis et l'univers incroyablement cohérent. Comme nous sommes au début du XXème siècle, c'est l'occasion de retrouver les premières années du cinéma (et ses superbes messages de propagande) ou des « voxophones » (des sortes de magnétophones sur vinyles) pour en apprendre plus sur l'histoire de la ville ou de ses personnages. Même si techniquement, le jeu n'est graphiquement pas parfait, il est artistiquement prodigieux, et on se retrouve souvent à écarquiller les yeux devant les décors qu'on nous offre, tantôt magnifiques, tantôt totalement désolés.

 

Bioshock Infinite : l'oiseau et la cage...

Car dans Bioshock Infinite, on ne peut se fier ni à l'espace ni au temps. Comme le disent deux personnages bizarres qui apparaissent à intervalles réguliers (dont on apprend au fil de l'aventure leur identité), « la question n'est pas « quoi ? », mais « quand ? ». On passe l'aventure à se demander si l'on assiste à une version passée de l'histoire, future, alternative, si le début est vraiment le début et s'il y a vraiment une fin, à moins que tout cela ne soit que projection théorique ? Ça paraît austère comme ça, mais je peux vous assurer qu'on prend un pied incroyable à se triturer la cervelle (ou alors peut-être suis-je maso..).

Elizabeth, revenons-y, est assurément l'un des personnages les plus intéressants jamais créés dans l'histoire du jeu vidéo. Si l'on pense au départ qu'elle jouera le rôle de la princesse un peu potiche qu'on devra sortir de sa tour, c'est tout l'inverse qui se produit. Jamais se sera-t-on senti autant en emphase avec un perso, au point que Booker, celui que l'on incarne, apparaît un peu fade. Du coup, Bioshock fait oublier ses quelques faiblesses purement ludiques. En effet, on pourra lui reprocher des combats un peu bourrins, une structure assez linéaire, des Toniques (les fameuses « drogues » évoquées plus haut) pas forcément assez utilisées, etc..

Mais il est tellement rare qu'on nous propose une œuvre aussi dense, aussi émotionnellement chargée, et tellement bourrée de références (citez-moi un autre jeu où l'on peut entendre Mozart et Creedence Clearwater Revival) qu'on ne souhaite qu'une chose. Que tout le monde puisse, joueurs comme non joueurs, en profiter. Qu'ils tombent amoureux d'Elizabeth, qu'ils fassent des cauchemars de Columbia, qu'ils jalousent jusqu'à la fin des temps le talent des développeurs à l'origine de cette merveille.

Cependant, pas de fausse joie, ce n'est pas avec Bioshock Infinite que Familles de France reviendra sur ses propos à l'égard du jeu vidéo. Déjà parce qu'il y a des armes, des souffrances et de la mort. Et puis surtout, soyons honnêtes, car ils n'y comprendront rien. Ce qui, entre vous et moi, ne constituera pas fondamentalement une modification de leur réception habituelle du monde d'aujourd'hui.

Bioshock Infinite : l'oiseau et la cage...
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