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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Alexis HK, l'émoi des mots et l'éclat de la classe.

Publié le 24 Février 2013 par Asoliloque in Alexis HK, chansons française, musique, écriture, critique, poésie, album

Titre : Le Dernier présent
Artiste : Alexis HK
Sortie : 2012

 

Critique :Comme vous le savez sans doute si vous me connaissez et/ou me suivez depuis quelques temps, j'ai une très nette préférence pour les chanteuses de manière générale. Instinctivement, quand je ne connais rien de l'artiste, si celui-ci est une celle-ci, je serai plus enclin à écouter. Malgré tout, j'ai toujours gardé une grande tendresse pour la chanson française à textes masculine, que ce soit par le biais de Brassens, Renaud, Bashung, H-F Théfaine, Mano Solo, Benjamin Bioley, Dominique A, Soan et j'en passe, ces derniers ayant parvenu à mêler voix particulière et univers musical/textuel aux petits oignons. Je crois qu'Alexis HK fait partie de cette famille, même s'il ne fait jamais rien pour réclamer cet héritage.

J'ai découvert ce chanteur un peu au hasard, en tombant sur quelques morceaux, et sans doute parce que mon prof de son à la fac a fait une tournée avec lui récemment. Pour autant, j'ai attendu assez longtemps pour me pencher réellement sur son dernier album en date (je n'ai pas écouté ses précédents), peut-être par volonté de m'y consacrer sereinement, sans avoir trop d'autres albums sur le feu. Je pense que j'ai bien fait car Le Dernier présent vaut la peine qu'on s'attarde sur son cas.

Quand la lumière se fane
Et que l'histoire prend fin

Les pieux et les profanes
rêvent aux beaux lendemains

Le grand mérite d'Alexis HK est de ne pas succomber à la mode actuelle qui consiste à blinder la musique de sonorités diverses (souvent electro-pop) pour passer le texte au second plan. Non seulement le chanteur soigne ses mots, mais il les place au centre de ses compositions. Les talents d'écrivain semblant de jour en jour se raréfier, ça fait du bien d'avoir un artiste qui redonne ses lettres de noblesse à la poésie. Les musiques ne sont pas pour autant bâclées et les compositions se révèlent subtiles et sensibles. Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu affaire à un album aussi classieux dans la forme et intelligent dans le fond.

Alexis HK parle beaucoup de politique, mais elle est toujours abordée de biais, sans naïveté ou matraquage idéologique. Charité populaire est à ce titre sacrément réussie, où l'on apprend avec humour qu'il vaut mieux coucher avec les femmes de droite que discuter avec elles. On sent un certain désœuvrement vis à vis des régimes gouvernementaux, de la politique « officielle », de la chasse aux scoops par les corbeaux journalistes (dans Princesse de papier), qui le pousse à s'écarter momentanément de ces vacarmes inintelligibles, par exemple en tapant la discussion avec un arbre arraché à sa terre natale (César).

Fi des ardeurs mélancoliques
des ennemis du grand capital.

Allons nous distraire dans la ouate
éphémère des femmes de droite.
Laissons nous happer par leurs canapés
Soyons tolérants nom de non.

Il y a de l'ironie mais jamais de cynisme, encore moins de nihilisme. Alexis HK distille ses critiques avec humour et retenue, dans une sorte de relativisation générale. Comme s'il appliquait en surface la maxime de Noir Désir dans Tostaky : « Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien ». Le chanteur arrive à appliquer une distance face à tout ça, ce bordel du quotidien un peu laid, ce non sens banalisé, pour mieux en révéler les côtés les plus fallacieux.

Il se dégage de l'album une belle mélancolie, une maturité qui ne se pose jamais en donneuse de leçons. Puisqu'on ne peut pas sauver le monde de la destruction, essayons déjà de garder auprès de nous celles et ceux que nous aimons. Je reviendrai en est un bon exemple. La Fin de l'empire, un de mes morceaux préférés, en appelle également à profiter de ces quelques instants de beauté qu'on parvient à extirper à l'éternel délitement.

Que pourrais-je bien te raconter
Pour rassurer tes yeux ombrageux ?

Ça me fait du bien de te parler
Tant que nous sommes ici tous les deux

Alexis HK a ce charme quelque peu désuet de chanteurs romantiques qui ne veulent pas se faire emprisonner par leur époque. Il en joue même parfois, notamment au moyen de la chanson Ignoble noble, au vocabulaire moyenâgeux, mais qui pourrait tout à fait s'appliquer à un illustre ex-directeur du FMI adepte des sauteries improvisées (ou prévues à l'avance) en chambre d'hôtel (ou en bordel organisé). En bref, méfiez-vous de l'eau qui dort, l'album est moins léger qu'il n'y paraît.

Constamment entre humour et sérieux, délicatesse et attaques plus frontales, Alexis HK livre en somme un album humble et émouvant. Pas de grandes réponses, juste le voyage d'un homme dans le monde, avec ses doutes, ses joies et ses espérances. Une belle œuvre que je vous recommande chaudement.

La nuit fut pleine de grâce et je me souviens
De quelques caresses fugaces en ces lieux incertains

La nuit fut pleine de grâce et je me souviens
Des ombres qui font la grimace au petit matin

L'album en écoute

 

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