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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Alex Beaupain, Après moi le déluge : "Que reste-t-il de nos grands soirs quand s'en vient le petit matin ?"

Publié le 30 Juillet 2013 par Asoliloque in écriture, critique, album, musique, chanson française, alex beaupain, après moi le délgue

Artiste : Alex Beaupain

Album : Après moi le déluge

Année : 2013

Genre : Chanson française

 

Critique : Il y a pas mal d'albums dont je pense vous faire une critique quand je les découvre, mais rattrapé par ma flemme monumentale, le projet se retrouve souvent expédié. D'autant que généralement, c'est un album que je vais écouter comme un dingue pendant quelques jours avant de passer à autre chose. Je pensais que ce serait le cas pour Alex Beaupain, mais force est de constater qu'il a résisté au temps et plusieurs mois après, Après moi le déluge tourne encore régulièrement dans mes oreilles. Il fallait donc bien que je fasse quelque chose.

 

Alex Beaupain est quelqu'un de sérieux. Un représentant de cette toujours nouvelle vague française pour qui la chanson est un art majeur, qui convoque la poésie, la littérature, la musique évidemment, et surtout une bonne dose d'exigence. On sent, on sait qu'il a écouté les plus grands (Brel, Bashung, Murat) et que non content de les adorer, il entend jouer dans leur cour. En écoutant Alex Beaupain, on retrouve l'humeur subtile de Alexis HK (dont je vous faisais une critique dernièrement), la fausse légèreté d'un Souchon, la gravité d'un Biolay, le raffinement d'un Dominique A, l'intransigeance d'Arnaud Fleurent-Didier...

 

Traite-moi plus bas que terre que m'importent les cieux
Fais-moi vivre en enfer j'en ai soupé du bleu
Et si tu ne parviens qu'à m'aimer mal ou pas
Va ça ne me fait rien je peux aimer pour deux

 

Après moi le déluge parle d'amour, comme tout album qui se respecte, il parle de trouille, de vieillissement, de séparation(s), de crises d'égo, de souvenirs, de fuite du temps. Alex Beaupain assume sa mélancolie, à une époque où il est facile d'être vite catégorisé(e) chanteur/se pleureur/se. Il n'y a jamais d'auto-apitoiement, il fait simplement les constats suivants : on se lasse de tout, on n'accepte pas que les autres se lassent de nous, on croit toujours qu'on souffre plus que les autres même quand c'est vrai, on préfère aimer qu'être aimé car c'est plus gérable et agréable, la nuit terrorise parce que le matin vient derrière, la crise de la quarantaine est comme la crise des autres décennies, insupportable.

 

Si Après moi le déluge est souvent amusant, notamment dans sa chanson éponyme où il reproche à la femme qu'il a quitté de s'être retrouvé quelqu'un, inutile de préciser que l'album n'est pas destiné à sauter en l'air. Mais ce sont de belles ombres, des textes qui emportent loin et longtemps (Grands soirs et Je suis un souvenir font respectivement plus de 5 et 6 minutes), une atmosphère ciselée qui font de l'ensemble un très objet musical rare et précieux. On retrouve du Daho sans le côté chiant, du Miossec sans le côté alcoolique (quoique), du Delerm sans le côté neurasthénique.

 

Je sais c'est moi qui t'ai
Quitté, mais toi qui t'es
Pour penser qu'après moi
L'herbe repoussera ?
Après moi je veux
Qu'on soit malheureux

 

L'air de rien, Après le déluge est le quatrième album d'Alex Beaupain, pas étonnant qu'on retrouve cette maturité et ce calme appréciés chez les implantés depuis longtemps. Malgré tout, l'envie et l'énergie semblent intactes, à un aucun moment on semble entendre « un album de plus dans sa carrière », il pourrait ainsi tout à fait s'agir de son premier. A noter qu'Alex Beaupain est surtout rôdé aux musiques de films, il fait ainsi la composition de la majorité des productions de Christophe Honoré, et ce n'est ainsi pas étonnant de retrouver dans l'album une telle cohérence.

 

Après le déluge pourra résonner en chacun(e) parce qu'il frappe juste et doucement. Beigbeder écrit dans Premier bilan après l'apocalypse : « Les seules femmes dont on ne se lasse jamais sont celles qui nous fond beaucoup de mal très gentiment ». L'album d'Alex Beaupain est à cette image. Et paradoxalement, comme ces femmes, il fait aussi beaucoup de bien. Ce sont sans doute les deux faces de la beauté. Et peut-être un peu de la vérité.

 

Tes grains de beauté dans le dos
C'est à peine si je m'en souviens
C'est comme les fleurs, comme les photos
C'est comme les vieux horaires de tra
in

 

 

L'album en écoute ici

 

Commenter cet article

anti snoring devices 16/12/2013 11:17

This is a beautiful review of the different albums of Alex Beaupain. 'After me the deluge' is a great album and it contains all the ingredients that make a listener happy and excited. Thanks for adding up this lovely review and it was worth for a read.

Christian 16/12/2013 06:01

Hallucinant blog avec beaucoup de moments amusants garantis pour les visiteurs du blog. Apprécier. Merci pour ce divertissement.