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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Alela Diane, The Pirate's gospel : L'Origine du monde.

Publié le 14 Février 2013 par Asoliloque in critique, album, Alela Diane, écriture, folk, chanteuse, rock, Noir Désir, Joan Baez

Celles et ceux qui me connaissent de plus ou moins longue date ont sûrement déjà dû subir la dévotion sans faille que je porte à Alela Diane. Les mêmes ou les autres qui se contentent de me lire ont également eu leur dose. Il faut dire que je n'ai jamais raté une occasion de rendre hommage à ma folkeuse préférée, mais cette fois, j'ai réellement une raison. J'ai enfin en ma possession le vinyle de son premier – et meilleur – album, The Pirate's gospel. Ironiquement, j'avais commencé ma collection de galettes de réglisse géantes avec Alela Diane, en quelque sorte on peut considérer que la boucle est bouclée. Quoiqu'il en soit, il est fortement probable que certaines des lignes suivantes soient légèrement familières de mes lecteurs/lectrices, mais il était temps pour moi de faire le point, un état des lieux, afin de repartir sur de bonnes bases.

Il y a quelques semaines, je discutais musique avec une compagne de boisson occasionnelle, et nous en sommes venus à parler de la folk. La demoiselle en question trouvait ce genre musical d'un chiant absolu, considérant qu'il n'avait pas évolué depuis les années 60. C'est un avis qui peut aisément se défendre, le nombre de groupes de folkeux ennuyeux à pleurer étant très nombreux, et il est vrai que ce n'est pas forcément un domaine qui se renouvelle beaucoup, comptant le bien plus souvent sur la simple harmonie d'une voix et d'une guitare.

Mais au bout d'un moment, que recherche-t-on en musique, comme en art ? La beauté ou l'originalité ? Bien sûr, idéalement, les deux, mais beaucoup semblent placer la singularité comme pierre angulaire de leur appréciation, se sentant incapables d'aimer ce qu'ils ont déjà entendu chez d'autres. Or, en musique, tout préexiste déjà, il est très rare d'inventer quelque chose. A ce compte-là, on ne peut pas écouter les Rolling Stones, vu qu'ils ont (presque) tout piqué à Chuck Berry (et quelques autres). Parenthèse close. Toujours est-il que les critiques ayant été à cette occasion formulées envers Alela Diane m'ont bien plus touché que je ne l'aurais pensé, bien plus que si les reproches m'avaient été adressés directement. Quand on est amoureux, il est toujours impossible de comprendre comment d'autres personnes peuvent être insensibles à la personne, il faut donc se retenir d'envoyer valser les insultes.

Je crois, au fond, que je n'ai jamais considéré la chanteuse comme appartenant à la longue lignée des folkeuses du siècle dernier. Pour la simple raison que je la vois comme une messagère bien plus ancienne, une envoyée du passé, à une époque où les micros et les amplis n'existaient pas, où l'on se contentait de chanter au coin du feu. Quand on observe la pochette de The Pirate's gospel, ce n'est pas la nostalgie d'un temps révolu qui nous est offerte, c'est la certitude qu'Alela Diane n'a jamais quitté cet ancien monde pour entrer dans le nouveau. Il y a d'ailleurs quelque chose d'étrangement anachronique à la voir sur scène avec sa guitare branchée, tous ces câbles courant autour d'elle.

Il y a des albums qui vous marquent, et d'autres qui marquent votre vie. Concernant The Pirate's Gospel, je m'en rappelle très bien. Nous étions chez des amis, dans une maison de campagne, ou plutôt dans la grange de cette maison de campagne. Une sono branchée, un billard, et des vodka orange pour passer la nuit et supporter le froid provoqué par les trous dans la toiture. Et un de nos camarades qui débarque avec ce CD, déclarant avoir trouvé une petite chanteuse à la voix d'or. Le coup de foudre soudain, le feu qui se ravive à l'intérieur, la simplicité et la pureté comme beautés suprêmes. Et mon entrée dans le monde de la folk. A ce titre, même si j'ai découvert bien des chanteuses par la suite, Alela Diane a toujours conservé cette place de choix dans ma hiérarchie. Finalement, la seule que j'arrive à mettre en relation directe avec elle, et dont les effets sont parfois similaires, est sans doute Joan Baez, excusez du peu.

J'ai beau être totalement antireligieux, je suis intimement convaincu qu'il règne au sein de la musique un mysticisme, une spiritualité, qui ne peuvent pas s'expliquer et qui transcendent les êtres. J'en avais la certitude concernant le rock, Noir Désir faisant figure pour moi de groupe chamanique par excellence, je tenais désormais une autre représentante, féminine cette fois, dans la folk. Mais là où Noir Dez explorait la transe énergique, Alela Diane puise dans des forces souterraines, en paix avec son environnement. Pas de niaiserie écolo, mais une synergie avec les puissances telluriques, quelque chose qui a l'odeur du bois, de la cendre, des herbes coupées, des plumes dans les cheveux, des rituels ancestraux et des symboles qui seront repris et transformés par les hippies, malheureusement si ringardisés ces dernières années, je dis malheureusement car parfois à raison...

Quand on écoute Alela Diane, que ce soit la tristesse ou la joie qui prédomine, il y a toujours l'idée d'une acceptation, d'une réconciliation avec le monde. Il est certes laid, bruyant, insensé, mais quand on calme le jeu et qu'on prend le temps de poser ses valises, on finira toujours par rencontrer une déesse amérindienne, hors des époques, qui nous contera ses histoires sur sa guitare sèche. Tout peut bien s'effondrer, tant qu'il restera sa musique, sa voix coulant dans nos veines comme une liqueur brûlante, l'essentiel sera préservé.

Je crois qu'en découvrant Alela Diane, j'ai pour la première fois réalisé qu'il fallait que je consacre mon temps à parler de celles et ceux que j'aime plutôt que de le gaspiller avec les cons. Je n'ai pas toujours réussi à me tenir à cette ligne de conduite, loin s'en faut, mais il suffit que j'offre à mes oreilles des retrouvailles avec la prêtresse californienne pour me rappeler mes engagements.

Chère diablesse chasseresse, mes hommages et merci.

 

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Christian 16/12/2013 06:01

Hallucinant blog avec beaucoup de moments amusants garantis pour les visiteurs du blog. Apprécier. Merci pour ce divertissement.