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Hors-champ (61) - Concrete (1/2)

18 Avril 2020 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #hors-champ

Ce texte est issu d'un marathon d'écriture et suit le thème "C'était mieux sans toi". Il s'inscrit dans l'univers développé par les Hors-champs 56 à 60.

 

 

Hors-Champ (61) - Concrete (1/2)

 

 

Olivia était vissée au bar, et elle tapotait distraitement le côté de son verre, regardant les glaçons s'entrechoquer comme les billes d'un boulier de fortune.

 

Elle jetait souvent un regard à la vieille horloge de gare installée au dessus des bouteilles, on aurait dit qu'elle patientait pour un entretien d'embauche. Elle buvait trop vite, et ne m'adressait pas la parole.

 

Anaïs l'avait dit : elle ne voulait voir personne du groupe à la mairie. Elle y allait pour signer, bonjour, au revoir, pourquoi faire autant de bordel pour un bout de papier ? Seul Octave l'avait accompagnée, en tant que témoin. C'était d'ailleurs un comble d'être tous réunis sans lui alors que d'habitude, il était toujours le premier arrivé et le dernier parti.

 

On soupçonnait Anaïs d'avoir peur de craquer au grand moment. Elle qui assumait mal d'être tombée dans le piège du mariage, elle n'aurait pas supporté qu'on la surprenne submergée par une émotion aussi symbolique.

 

Nous attendions alors, mais Olivia, forcément, attendait plus que nous, vu que rien n'aurait pu lui faire plus plaisir que de se retrouver à la place de Grégoire, l'heureux élu.

 

Personne ne cherchait plus à comprendre la nature de la relation qui avait uni Anaïs et Olivia pendant toutes ces années. Un soir, on les croyait ensemble, un autre c'est à peine si elles s'adressaient la parole, d'autres elles s'engueulaient à se balancer des verres dans la figure.

 

Quand Anaïs avait parlé de Grégoire comme quelque chose de sérieux, on avait supposé la dissolution imminente du groupe : Olivia ne pourrait pas gérer au quotidien. Mais Grégoire avait compris la spécificité de nos réunions et s'était abstenu de nous rejoindre. Anaïs pouvait ainsi compartimenter sa vie, et Olivia continuer dans le déni.

 

Mais la porte du bar a fini par s'ouvrir, et cette fois, il n'y avait plus de séparation possible. Anaïs, Grégoire, Olivia, le dehors, l'intérieur, la vie espérée, la vie réelle, les espoirs qui s'effondrent. Les anglais ont tout compris en nommant le béton « concrete ». La douleur du concret fait l'effet d'un mur sur le coin de la tronche.

 

Anaïs a avalé cul-sec le restant de son verre, comme si elle espérait que ses sentiments disparaissent de la même manière.

 

Manon a été la première à aller embrasser les mariés, j'ai suivi, Anaïs est un peu restée en retrait pour gober une dernière bouffée de courage.

Puis, fatalement, les retrouvailles ont eu lieu.

 

- Alors, vous vous êtes pas trop emmerdés à nous attendre ?

- Pas du tout, c'était mieux sans toi.

 

Anaïs avait voulu paraître détachée.

 

Ses mots étaient sortis acides.

 

Mais ses yeux n'étaient qu'amoureux.

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