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Chroniques du Corona - Jours 30 à 38

23 Avril 2020 , Rédigé par Asoliloque Publié dans #chronique

Chroniques du Corona - Jours 30 à 38

 

 

Cher Journal,

 

Pas étonnant que beaucoup de monde tombe dans le déni. Il en faut pour supporter le monceau d'absurdités qu'on nous débite en ce moment.

Blanquer nous prophétise la rentrée des classes en contredisant tellement d'évidences qu'il pourrait nous annoncer notre capacité à marcher sur l'eau d'ici le 11 mai qu'on aurait plus envie d'y croire. Car à défaut de marcher sur l'eau, il va falloir apprendre à se dédoubler, faire cours en même temps aux élèves dans les classes et à ceux qui sont restés chez eux, faire respecter les gestes barrières à des gosses de 4 ans qui ne se sont jamais mouchés, à des collégiens entassés dans des couloirs exigus, à des lycéens dont le premier objectif quand ils reviendront sera – et c'est bien normal – de vivre, c'est à dire se rouler des grosses pelles ou de manger des kebabs les uns sur les genoux des autres.

 

Lui même ne sait pas si les masques seront obligatoires. On a tous compris qu'ils étaient nécessaires au reflux de l'épidémie, mais vu que la vérité semble se distordre au contact des poches vides, ils ne seront obligatoires que s'ils sont disponibles. S'ils ne sont pas disponibles, alors ils ne servent à rien. Subtil exercice de pensée, presque stoïcien, consistant à adapter nos exigences à ce qui arrivera, et non souhaiter aller à l'encontre d'événements pour en modifier le cours.

 

Tout s'annonce – et je n'ai jamais autant souhaité avoir tort, comme un ridicule aveu d'impuissance, qui sera plus ou moins compensé par les efforts – comme d'habitude, des agent-es de terrain, celles et ceux qui sont condamné-es à devenir des MacGyver sanitaires ou des génies des maths.

 

Tiens, parlons de maths deux minutes. Blanquer a dit qu'il ne fallait pas plus de 15 élèves par classe. Pourquoi ? On en sait pas. Ce qui est sûr, c'est que ce chiffre est bien trop élevé pour assurer la distanciation sociale. Les calculs faits à droite à gauche par des gens qui réfléchissent concrètement aux choses et non pas sur un paperboard font état d'un nombre d'élèves par classe de 7.

Pas 15, pas 12, pas 10. Sept. Et cela, en admettant qu'ils ne bougent pas de leur chaise (ils seront ravis de quitter un confinement pour en trouver un pire), n'éternuent pas une fois hors de leur coude, n'aillent jamais aux toilettes, ne s'approchent pas du prof. Sachant que des classes de lycée sont à 35 ou 40, on comprend vite que le fantasme d'une classe uniquement séparée en deux relève du braquage intellectuel.

 

Soudain, comme sorti d'une gigantesque sac de loto, on nous annonce qu'en fait le retour à l'école sera sur la base du volontariat, donc sur la base des parents qui n'ont pas le choix et qui doivent retourner au boulot. La thèse de la garderie est de nouveau accréditée. Comment les profs et les personnels vont préparer le retour des gamins sans savoir qui il y aura et combien ils seront ? Voyons, on avisera, on est plus à ça près.
 

Et pour la cantine ? Il faudrait peut-être installer des sandwicheries (??!!!)

 

Les récréations ? Il faudra sûrement les supprimer, peu d'établissements (aucun?) peuvent garantir une distanciation sociale dans une cour de récré.


On rappelle au passage que la distanciation sociale, ce n'est pas un caprice de paranoïaque hypocondriaque, c'est une nécessité absolue à partir du moment où l'on déconfine. Si on ne peut pas l'assurer tout au long d'une journée à l'école, alors autant rouvrir les classes à 30, et croiser les doigts.

 

Car c'est bien ce qui semble se dégager comme stratégie globale : croisons les doigts, et avec un peu de chance, ça passera. Avec un peu de chance, on ne se prendra pas une violente deuxième vague dans la gueule. Avec un peu de chance, les gamins ne transmettront rien, les employés des McDo qui rouvrent ne mourront pas au boulot, l'activité économique pourra vite reprendre sans que le nombre de morts ne double ni ne triple. Avec un peu de chance, on pourra partir en vacances à la mer.

 

Le problème des épidémies, c'est qu'elles ne sont pas régies par la chance, ou le hasard. Si à titre individuel, chacun peut espérer raisonnablement passer au travers, les calculs ne sont plus bons dès qu'on les applique à des millions de corps qui se meuvent, sortent, vont travailler (souvent sous la contrainte), habitent dans des logements indécents et surpeuplés.

Dans ces moments-là, on voit ressortir l'exemple de la Suède, qui, sans confinement, s'en sortirait mieux que nous. Déjà, les chiffres sont à relativiser. Si on compare la Suède à ses pays voisins de constitution et population similaire, elle est clairement à la ramasse. De plus, bien qu'il n'y ait pas de confinement officiel, peu de gens sortent de chez eux, le pays tourne à peine plus que chez nous. Mais en admettant qu'elle ait opté pour un compromis « acceptable »....rien ne présage que son compromis soit équivalent au nôtre. Car nos chiffres à nous restent sacrément costauds alors que le confinement est globalement respecté (le problème venant surtout des gens obligés à retourner bosser alors que leur travail n'est pas essentiel), le rythme de diminution journalière est trop bas pour espérer une baisse suffisante le 11 mai.

 

Comment espérer que magiquement, alors que le scénario de l'immunité collective semble à remiser aux oubliettes (virus trop virulent et hôpitaux trop dépassés pour qu'on puisse se le permettre, d'autant qu'on ignore même si cette immunité existe, et si oui, combien de temps elle dure...), ça ne reparte pas comme avant ? Avec tout le monde qui reprend le travail, les enfants dans les écoles, les voyages en train et en métro bondés... c'est bien la peine de laisser les restos et les bars fermés, ça va sûrement faire une énorme différence.

 

Mais Macron est parti en Bretagne remercier des agriculteurs qui cultivent de la fraise hors sol.

Hors-sol.

Comme un symbole.
 

Il aurait mieux faire de prendre la ligne 13, actuellement blindée même pendant le confinement, il se serait au moins confronté une fois à la réalité.

 

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