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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Hors-champ (52) : Quand les élèves s'élèvent

Publié le 1 Juillet 2017 par Asoliloque in écriture, hors-champ

 

 

Quand les élèves s'élèvent

 

 

Hier, à l'issue du brevet, je voyais pour la dernière fois la majorité de mes 3e (certain-e-s reviennent lundi pour une petite fête et d'autres viendront voir les résultats affichés au collège), et j'ai réalisé (même si je m'en doutais) à quel point je m'étais attaché à elleux. Pas tou-te-s, bien sûr, on ne va pas se mentir en faisant croire qu'on développe des affinités équivalentes avec l'ensemble des élèves, mais il régnait une véritable atmosphère de séparation.
J'étais là, derrière mon bureau, à distribuer les affectations pour les différents lycées (autant de lettres les envoyant loin de moi), tandis qu'eux, ivres de joie d'en avoir fini avec les examens, avec les 4 ans à tourner en rond dans la même cour de récréation cafardeuse, ne s'attardaient pas plus de quelques secondes, alors que j'aurais voulu me poser un temps avec eux, leur donner un dernier conseil, partager un ultime moment qui résumerait ces nombreuses heures, ces centaines de confessions, de petits bouts de confiance sortis de cœurs déjà bien promenés par la vie.

Je sais bien que ce désir était purement égoïste (qui ne souhaite pas trouver une importance aux yeux des autres, surtout de ceux qu'il a affectionnés ?), qu'il était normal que mes attentes se fracassent sur le mur des vacances imminentes, des envies de piscine, de l'ombre imposante du lycée qui approche, de tout ce foisonnement existentiel qui les attendait désormais. Mais je souffrais quand-même, impossible de le nier.

Et puis au milieu de la foule en liesse sortaient soudainement quelques-uns, pas forcément ceux avec lesquels j'avais passé le plus de temps, qui me demandaient comment ils feraient pour savoir quand mon livre sortirait, d'autres qui me remerciaient et regrettaient que je ne les surveille plus au lycée, d'autres encore me promettant de revenir le lundi suivant exprès pour moi (pas plus emballés que ça par le projet initial d'une fête au collège spéciale 3e).

Bien sûr que tous, même les plus attentifs, finiront par me ranger sur l'étagère regroupant tous les oublis de leurs jeunes années, mais il y aura quand-même eu ça.

J'aimerais tellement savoir si M. finira par se sortir de ses déboires sentimentaux et si elle trouvera quelqu'un à la hauteur de la personne formidable qu'elle est en voie de devenir, si F. réussira son pari de ne jamais en foutre une rame mais de réussir, parce que réussir, c'est peut-être avant tout d'être un humain décent, si J. et T. tiendront leur promesse de me lire si un jour mon livre est édité, si C. deviendra une grande chanteuse en plus d'être une élève si douée, si je retomberai un jour sur A., L., O., ou encore I au détour d'une rue.

Mais je ne le saurai sans doute jamais.

Évidemment.

Malgré tout, au bout du compte, il en existe combien, des boulots (celui-ci étant certes parfois profondément dégradant au quotidien) qui amènent à un tel nombre de rencontres ? Qui nous font porter de tels espoirs en des êtres qui ne maîtrisent pas très bien la concordance des temps mais qui rapportent un collier à une amie triste de ne pas les accompagner en voyage en Italie ? Qui n'ont des tables de multiplications qu'une vision très artistique et vaporeuse mais qui espèrent vraiment que la Fnac ou Gibert Joseph éditeront mon livre (insérer ici longue explication sur la différence entre éditeur et point de vente) ? Ou qui n'écoutent pas grand chose en Histoire mais qui à la mort de Simone Veil me disent timidement « c'est pas celle qui a légalisé l'IVG ? Si ? Oh mon dieu je sais quelque chose ! » ?

 

Une chose est sûre : ils sont loin d'être les crétins juste aptes à faire tourner des hand-spinners. Et ils me manqueront assurément plus que la plupart des adultes côtoyés en cours de ces années.

 

Bon vent et soyez heureux-ses. Ça demande un travail ahurissant mais ça en vaut la peine.

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