Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
asoliloque.overblog.com

Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Hors-champ (51) : Conte de fées

Publié le 14 Mai 2016 par Asoliloque in hors-champ, écriture

Ecrit dans le cadre d'un marathon d'écriture.
Devait contenir (ou approximativement) la citation "Il devrait exister une règle d'interdisant d'ouvrir ta gueule."

 

Conte de fées

 

 

Une longue file d'attente pour aller aux chiottes. C'est tout ce que ça lui inspire. Sauf qu'on paye une blinde au bout. Payer pour attendre, le capitalisme moderne à son paroxysme. Deux heures sous un soleil de plomb, à supporter les cris des enfants, la musique aigrelette, les connards déguisés en Picsou ou en Mickey qui prennent des selfies avec des touristes en short.

 

Georges a gagné ce voyage à Disney Land., dans un jeu concours, un de ces jeux concours où on gagne jamais. Ce jour-là, il aurait mieux fait de se couper une couille. Il s'est dit allez ça fera plaisir aux neveux, d'autant que sa sœur et son beauf n'ont pas trop les moyens de se payer des vacances en famille. Comme le voyage était pour cinq, c'était dommage de gaspiller , faut pas mourir ignorant, il a accompagné la bande.

 

Ils ont bouffé au mcdo histoire de se mettre en condition, à côté de la gare. Plein de gosses avaient des serre-têtes surplombés de grosses oreilles rondes, heureusement que la jeunesse préserve des affres du ridicule.

 

Le concours prenait évidemment en charge les frais de billetterie, mais ne proposait pas de coupe-file pour profiter des attractions sans risquer de mourir de vieillesse sur place. Voilà pourquoi ils se retrouvent à cuire sous trente degrés au même titre que ceux qui sont venus par choix.

 

- Sans déconner, c'est quand que ça avance ? Même à Carrefour, ça va plus vite.

- Faut attendre que le tour précédent soit fini, ils rempliront ensuite avec des nouveaux gens, on va avancer par à-coups, c'est pas comme pour prendre le télésiège.

- Déjà que ça me fait chier, le télésiège...

- Écoute, Georges, c'est très gentil à toi de nous avoir offert ce voyage, mais rien ne t'obligeait à venir.

- J'ai une curiosité scientifique à assouvir.

 

Mélanie détourne son attention pour la reporter sur ses enfants. Un garçon et une fille, comme dans les magazines. Enfin presque, vu que Lucas porte la robe d'Anna dans la Reine des neiges. Comme Prune a celle d'Elsa, ils reconstituent parfaitement le duo du film. Au début, Mélanie s'est demandé si son fils n'allait pas subir les moqueries de ses camarades, elle a dû parlementer avec Guillaume, le papa, persuadé que sa future virilité allait être mise en péril. Georges, lui, s'en tape, si son neveu aime se trimballer en robe, grand bien lui fasse. Il voudrait juste une bière fraîche pour patienter.

 

Une demi-heure plus tard, ils ont avancé de cinquante mètres, et la chaleur semble avoir encore augmenté. Georges s'imagine attraper un Donald et le rôtir à la broche. Guillaume n'a bientôt plus de batterie et Prune essaye de rentrer l'intégralité de sa barbe à papa dans son nez.

 

- Regarde-moi tous ces cons, dire que s'ils étaient pas là, on seraient tout seuls.

- Oh non, tu vas pas recommencer, sérieusement, faudrait faire passer une loi dans le parc t'interdisant d'ouvrir ta gueule.

- Tu peux parler, tu craques autant que moi.

- Moi, je ne passe pas mon temps à me plaindre.

- Tu sais pas ce que tu rates.

- Est-ce que ta curiosité scientifique inclut forcément de faire chier le monde ?

- Maman, faut pas dire des gros mots !

 

Mélanie s'accroupit auprès de Lucas et lui ajuste sa robe.

 

- C'est vrai mon chéri, maman a eu tort. Tu as bien fait de me reprendre.

 

Georges lève les yeux au ciel, voilà qu'elle se prend pour Alain Delon, à parler d'elle à la troisième personne. Il commence vraiment à en avoir plein les bottes.
Mais c'est sans compter Guillaume à côté de lui qui pousse soudainement un hurlement.

 

- Naaaan ! Non, me fais pas ça, s'il te plaît, tiens encore un peu, me lâche pas maintenant. Connerie de portable de merde à la con !

 

Le voilà qui convulse par terre, ramené à la réalité de l'ennui. Georges lui enfonce un doigt de pied dans le gras du bide, les enfants se mettent à chanter Libérée Délivrée, Mélanie pense à se reconvertir dans la poterie figurative. Un peu plus loin, une Cendrillon en pause se fume une clope, abritée sous un parasol miteux.

Les suivants dans la file ne veulent pas se faire griller leur place donc quand le mouvement reprend, ils piétinent Guillaume, qui n'a pas le courage de se sortir du passage. Le reste de la famille décide de le laisser là, ils le récupéreront au retour.

 

Ils arrivent finalement devant le manège où ils apprennent qu'il n'est pas ouvert aux enfants de moins de douze ans.

 

Georges prend en otage Aladdin et réclame une bière et un hélicoptère.

 

 

Commenter cet article