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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Hors-champ (39) : Anima sana in corpore sano

Publié le 25 Mars 2015 par Asoliloque in hors-champ, écriture, dessin, duettistes

 

Nouvelle rubrique sur le blog, pour l'instant au sein des hors-champs mais qui aura sûrement son nom propre d'ici quelques temps. Avec mon amie Hélène Cordier, dont vous pouvez retrouver les oeuvres ici, nous attaquons un projet écriture/dessin en collaboration. A tour de rôle, nous proposons un texte dans mon cas ou un dessin (peinture ou autre production graphique) dans le sien auquel l'autre doit répondre dans son propre médium. Ce coup-ci, c'est moi qui réponds à la production d'Hélène, la prochaine fois, c'est elle qui s'en chargera.

 

Anima Sana In Corpore Sano

Hors-champ (39) : Anima sana in corpore sano

Avalée par la nuit. Recrachée par la nuit.

 

La fatigue, c'est une maladie du temps qui s'accroche à la peau. Du cellophane empoisonné.

Elle court et ses pas résonnent en rythme sur le trottoir comme un galop, elle court et ne sait déjà plus très bien pourquoi elle court. Elle fuit la fatigue, et quoi d'autre ?

Elle emprunte des allées qu'elle n'avait jamais parcourues ; on ne voyage jamais que dans l'urgence. Au hasard de ses pieds, au hasard des lampadaires, méduses lumineuses et silencieuses qui la guident sans le vouloir.

Elle sait qu'elle veut punir le corps. Le corps trahit toujours, de l'intérieur, sans rien dire, sans prévenir, alors elle veut lui faire mal. Ses muscles crient mais elle s'en fiche. Ses jambes crient mais elle s'en fiche. Ses poumons crient mais on ne les entend pas.

Le vent s'est levé, il lui fouette le visage, on dirait qu'il a envie de participer au lynchage, elle pourrait rentrer mais cette fois elle ne rentrera pas. Ça ne servirait à rien.

Elle accélère le rythme, elle va le payer, mais on paye toujours le fait d'arriver à vivre un petit peu. Elle se souvient de toutes ces fois où elle se moquait des coureurs du dimanche, venus affronter la froideur de novembre avec leurs bonnets ridicules, laissant échapper leur âme dans un filet de vapeur. Ça lui rappelle la chanson de Miossec.

Les immeubles courent dans l'autre sens à côté d'elle, ne semblent pas manifester un enthousiasme débordant lors de son passage, sûr qu'ils en ont vu d'autres.

 

Des kilomètres s'accumulent à pleine vitesse, le décor s'abandonne à l'aléatoire. L'horizon se condense en une brume trouble. Il y a des jardins et des géraniums crevés.

 

C'est au moment où elle se croit enfin invincible que le corps lui rappelle pourquoi elle s'est enfuie. Le foudroiement. Le déchaînement à l'intérieur. La tempête de pourrissement. On lui avait dit mais elle a refusé d'y croire.
Elle s'arrête et tousse et tout explose. Elle crache son sang face à la nuit, c'est beaucoup de rouge sur beaucoup de noir, un nuage écarlate qui reste en suspens quelques secondes devant elle avant de disparaître dans la brise.

Debout, perdue, elle repense à ces cons de coureurs qui auraient mieux fait de rester au lit que venir se tuer seuls dans la nuit.

Car on ne gagne jamais contre soi.

Et le trottoir est affreusement froid.

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