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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Hors-champ (27) : Les Sandales de plomb

Publié le 11 Juillet 2014 par Asoliloque in écriture, hors-champ, manque, First aid kit, A long time ago

 

Les Sandales de plomb

 

 

La nuit tomba, Olivia aussi.

Elle avait envie de bouffer les lampes, pour calmer la nuit. Pour calmer son ventre. Elle ressentit le besoin de s'asseoir, tout tanguait autour d'elle, et l'alcool n'y était plus pour grand-chose. A même le sol, le sol de travers, la lumière en creux.

Un immense découragement lui coupait les jambes.

Quand le vide devenait palpable, quand la solitude était capable de ronger les chevilles, il ne restait rien d'autre à faire que de se rouler en boule dans un coin, de hurler pour cacher les bourdonnements.

Ce n'était même plus de la fatigue, c'était au delà du renoncement, la colère était retombée, d'un seul coup, comme une tornade qui se dissipe après avoir tracé son sillon dans la terre.

Elle avait essayé de fuir, se convainquant que le manque est la plus exquise des douleurs alors que c'est simplement la plus éprouvante. Elle s'était vue capable de passer au dessus, au travers, à force de volonté, comme si la volonté avait son mot à dire quand le corps et le cerveau démissionnent de concert.

Personne n'aurait compris de toute façon, qu'il n'y avait aucun jeu, aucune posture, c'était juste le moment où le cheval plantait les pieds dans le sol et refusait d'avancer.

Les vagues d'angoisse lui piquaient les yeux, lui serraient la mâchoire, il aurait fallu qu'elle cogne contre quelque chose, ou qu'elle serre quelqu'un contre elle, mais elle confondait désormais les deux.

Une peur infâme de perdre le contrôle, sur elle, les autres, de tout voir s'agiter dans un gigantesque cosmos. Impossible de gérer autant de possibilités, de signaux, de hasards, d'injonctions, d'espoirs, de regards, d'attentes, de craintes, de soupirs, de peaux, de souvenirs, de souvenirs de telle peau, de déclarations enfumées, perdues, parties en fumée.

Ce réel insupportable, bouillant de désir brouillon et insatisfait, l'enserrait de chaleur au niveau de l'estomac, elle savait qu'elle ne pourrait jamais plus rendre des comptes, encaisser la perte, le départ, accepter qu'il y avait eu et qu'il n'y aurait plus.

Elle aurait voulu qu'on la soutienne, qu'on la porte, ne plus prendre de décisions, ne plus réfléchir, laisser le monde faire et tant pis pour la lâcheté tant pis pour la honte tant pis. Les mots ne résolvaient rien, ils n'étaient que des cache-misère pour vague-à-l'âme, mais ils ne rapprochaient ni la peau, ni les voix, ni les os. Ce n'était pas vraiment de leur faute, ils avaient toujours fait ce qu'ils pouvaient, calmement, avec leurs moyens, avec le parfum que la vie leur léguait en les effleurant.

Elle ne leur en voulait pas de rendre les armes à leur tour, terrassés par l'incompréhension et le malaise, sûr qu'ils s'en remettraient plus facilement qu'elle.

Parce qu'il y avait le mur, il y avait le sol, il avait le salon et cette grande maison de merde autour, mais que pouvait-elle encore attendre de ça ? Les lieux n'étaient jamais d'aucune aide. Pire, ils se relayaient les peurs comme des phéromones au gré des courants d'air.

 

Et Olivia fut soudain obligée de le reconnaître : elle ne se rappelait pas de la dernière fois où elle s'était sentie bien quelqu'un part.

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