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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Concert d'Alela Diane (et Ronan Siri) salle Rameau : la pureté et l'étuve

Publié le 13 Juin 2014 par Asoliloque in écriture, concert, musique, folk, alela diane, ronan siri, chaleur

 

 

L'amour nécessite souvent des mauvaises conditions pour prouver son existence. Certains jours semblent tout appropriés pour lui accorder l'espace juste suffisant pour se manifester avec plus de grandeur. Il est probable qu'hier en faisait partie. Hier, j'ai retrouvé Alela Diane. Mais hier j'aurais pu tout aussi bien me liquéfier totalement avant de l'entendre. On parle souvent de l'acoustique des salles, de leur capacité à restituer le son d'une manière plus ou moins acceptable. On évoque cependant assez rarement les conditions d'écoute. Hier soir, accompagné d'une amie (Big up à Juliette qui doit se coltiner ma tronche pour chacune de mes sorties culturelles), on a réalisé à quel point la chaleur pouvait tout écraser, mais également, et ce de façon plus improbable, dans quelle mesure elle pouvait élever.

 

La salle Rameau à Lyon n'est normalement pas destinée aux concerts (sinon les concerts de classique), eu égard à ses places assises, peu propices à folie dansante et aux pogos endiablés. Mais personne ne vient voir Alela Diane pour danser ou pogoter. La salle n'est cependant visiblement pas destinée non plus à supporter les chaleurs estivales : dès notre entrée, une chape de plomb nous est tombée sur le coin de la gueule. Le personnel, un peu dépassé par les événements, nous a bien précisé que de l'eau était disponible et que les portes resteraient ouvertes. Une ambiance poisseuse a commencé à s'installer, chacun luttant contre les degrés à l'aide d'un éventail de fortune, ou, dans mon cas, de plaintes plus ou moins originales du type « putain, fait trop chaud ». Certains spectateurs se voyaient déjà emportés dans les bras de Morphée, incapables de résister au poids de la température.

 

C'est dans ce climat que Ronan Siri a ouvert le bal. Quand j'avais vu Alela Diane la première fois, j'avais eu le bonheur de découvrir Milkymee en première partie. Ronan Siri, si je ne peux présager de son avenir dans ma discothèque, a quoiqu'il en soit fait une super impression également. Devant un public venu écouter de la folk, il en a livré une particulièrement maîtrisée malgré son jeune âge et sa seule guitare. Pas toujours à l'aise dans les aigus, parfois un peu maniéré dans son attitude, ses élans de guitare et ses passages vocaux dans le grave ont réussi en une demi-heure à réveiller la salle au point qu'elle demande un rappel alors que les horaires semblaient assez carrés. Le jeune homme, pris au dépourvu, est resté une chanson de plus, ce qui est plutôt rare dans le cas des premières parties. Moi qui n'aime généralement pas les hommes folkeux, je vais faire attention à lui, d'autant qu'il se révèle très sympa plutôt marrant quand il blablate.

 

Après vingt minutes d'entracte-boisson, Alela Diane fait son retour à Lyon, qu'elle dit beaucoup apprécier (la dame étant avare en paroles, je pense qu'on peut la croire). Je réalise que cela fait cinq ans que je ne l'ai pas vue, que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, que trois nouveaux albums sont sortis, que la dernière fois elle était accompagnée de tout son groupe. Elle est désormais seule, un choix qui correspond bien à son dernier album, centré sur sa récente rupture.

Là ou cette chanteuse est miraculeuse, c'est qu'elle arrive à fasciner avec les ballades les plus simples du monde. Là où ses albums se sont vus au fil des ans de mieux en mieux produits et de plus en plus étoffés musicalement, on retourne à une pureté et un dénuement absolus.

 

Et dans cette chaleur, quelque chose d'assez sublime se produit. Évitant de trop bouger pour ne pas suer davantage, on choisit de se livrer à son chant comme on abandonnerait son corps à une personne envers qui on a une confiance aveugle. Alela Diane devient une sirène dont les effets seraient de nous maintenir accrochés à notre mât. Elle parle peu entre les morceaux (elle n'a jamais été très loquace), comprend notre manque d'énergie comme une attention totale et non un manque d'intérêt. On sent qu'elle souffre autant de nous de cette canicule nocturne, mais elle enchaîne, toujours aussi belle, toujours aussi fascinante, toujours aussi discrète.

 

Au niveau des chansons, elle met de côté son 3ème album, trop dépendant d'un groupe (même si j'aurais beaucoup aimé profiter de Rising Greatness), se concentre sur son dernier et les deux premiers. L'occasion de vérifier que The Pirate's Gospel, l'opus par lequel tout a commencé (Alela se charge de nous rappeler qu'il a été enregistré il y a 10 ans...) est non seulement mon album préféré tous artistes réunis, mais également une des plus belles choses du monde, de celles qui empêchent probablement l'apocalypse. C'est assurément lui qui se prête le mieux à une prestation solo guitare/voix, car il est né de là. Le dernier en date, About Farewell, semble manquer d'un petit quelque chose sans les instruments supplémentaires, mais encore et toujours, la voix suffit à faire oublier les carences (Rose and thorn, ce morceau juste fabuleux...).

 

Hypnotisés que nous sommes, ne ne voyons pas le couperet tomber : Alela Diane plie bagage au bout d'une heure de concert seulement. Une durée à peu près similaire aux Nuits de Fourvière l'année dernière, donc non dépendante du lieu ou de la chaleur. Sans doute souhaite-t-elle se préserver un peu maintenant qu'elle joue toute seule. Y-avait-il quelqu'un dans la salle pour le lui reprocher ? Je n'ai entendu personne s'en plaindre, l'amertume étant bien volatile à côté du bien qu'elle est capable de fournir. Enchaînant les morceaux, eux-mêmes peu longs, une heure est suffisante pour avoir un panorama satisfaisant des productions de la chanteuse, pour retrouver les frissons qui nous sont si chers sur Tired feet ou Oh my mama.

 

Un jour, je vous écrirai un truc à propos des frissons.

 

Cependant, vu la durée réduite du concert et alors que nous quittions la salle surchauffée pour retrouver l'extérieur... surchauffé, je me suis dit qu'un petit duo avec Ronan Siri aurait vraiment donné une association du plus bel effet. Une cerise sur un gâteau qu'au fil des ans, je ne refuse surtout pas de manger, et dont je suis à chaque fois ravi de voir une nouvelle tête se servir une part.

 

Je ne le répéterai jamais assez, Alela Diane sauve des vies en les rendant plus belles. La preuve, personne n'a succombé à la fournaise. La preuve, en ressortant, même la sueur avait l'odeur de la grâce.

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