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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Emmanuelle Seigner, Distant lover : 'Cause everybody knows (she's a femme fatale)

Publié le 20 Avril 2014 par Asoliloque in écriture, critique, album, musique, rock, emmauelle seigner, ultra orange, distant lover, velvet underground

Artiste : Emmanuelle Seigner

Album : Distant lover

Année : 2013

Genre : Rock

 

Critique : Emmanuelle Seigner a plusieurs flèches à son arc, mais elle ne les tire jamais dans le vent. Depuis le début de sa carrière, elle a su rester relativement discrète, choisir ses films, ses ambiances, et dans le cas qui nous intéresse, ses participations musicales. Arrivée à la musique sur le tard, comme beaucoup d'actrices à l'environnement artistique développé, elle n'a jamais sombré dans l'opportunisme et si l'on omet ses collaborations, on ne compte que trois albums à son actif, ce qui est suffisant pour lui donner une légitimité (elle évite le syndrome « faire un album pour voir, et vite oublier ça ») sans pour autant prendre une place trop importante.

 

Pourtant, quand on l'écoute, on réalise qu'elle n'a absolument rien à envier à beaucoup de groupes dont c'est l'occupation principale. Au contraire. Si je souhaite vous parler de son dernier album, Distant lover, c'est parce que cela me donne une très belle occasion de revenir sur le premier album qu'elle a fourni, en tant que chanteuse du groupe Ultra Orange (composé de Pierre Emery et Gil Lesage, dont la fille Lou Lesage a elle aussi sorti un album il y a quelques temps), en 2007.
Quand j'ai découvert Ultra Orange & Emmanuelle à cette époque, j'étais assez peu familier du Velvet Underground et de ces autres groupes anglo-saxons à l'ambiance cafardeuse, aux enregistrements un peu crades, aux mixages probablement faits sous influence. Pourtant, je suis immédiatement tombé sous le charme de cette ambiance, de cette voix traînante et spectrale, de ces guitares écorchées, de ces ballades griffées par la brume.

 

Ultra Orange & Emmanuelle n'a pas fait beaucoup d'émules, j'ai souvent eu la fierté de faire découvrir l'album à des potes, mais il m'a accompagné pendant toutes ces années, sans la ramener, toujours disponible quand j'en avais besoin, et c'est un hasard total si je l'ai récemment ressorti, pour le faire rejoindre la nouvelle voiture familiale enfin dotée d'un lecteur CD. J'ignorais à ce moment-là qu'Emmanuelle Seigner, après un album en français plus orienté pop courant 2010, était entrain de revenir à ses premières amours. Retour à l'anglais, retour aux rythmes hypnotiques, retour aux mélodies qui suintent les sixties/seventies.

 

Hasard du calendrier, coup marketing ou envie provoquée, l'album sort juste après Vénus à la fourrure, de Roman Polanski, que je n'ai pas encore vu (mais c'est prévu). Vénus à la fourrure qui fait évidemment référence à la chanson Venus in furs, du Velvet Underground, dont une chanson du film est justement la reprise par Emmanuelle Seigner de ce tube halluciné, cette fois en version électro-pop. Le morceau est lui aussi présent sur l'album, et sur la pochette, on voit la chanteuse cachée derrière un grand manteau de fourrure. Ainsi, si la référence au génial groupe de Lou Reed était au départ purement musical, elle est cette fois explicite.

 

Ainsi, jamais Emmanuelle Seigner n'a paru aussi proche de Nico dans ses intonations, et c'est presque étonnant tant sa voix est fluette quand elle parle. Sa métamorphose est peut-être d'ailleurs la chose la plus jouissive, elle passe de l'actrice sage et posée à une rockeuse crachant son doux venin dans des chansons lourdes et poisseuses. Distant lover est un pur album de rock, sale et déjanté comme on l'aime, à l'érotisme à fleur de peau, aux riffs guitares/batterie parfaits pour nettoyer les oreilles qui s'ennuient, mais qui ne sacrifie jamais les mélodies (là où le Velvet pouvait parfois totalement oublier qu'ils étaient entrain de faire un morceau de musique).

 

En résulte un album très cohérent, homogène, bourré de réussites (Distant lover, Eve Together, You think you're a man (reprise de Divine), dont le début fait penser à une chanson de Shaka Ponk (mais en mieux), I don't believe you...) et de surprises (les virages électro-pop notamment sur Venus in furs), qui ravira les nostalgiques sans pour autant se prendre les pieds dans le tapis rance du vintage. Certes, c'est ultra-référencé, mais est-ce vraiment un mal de reprendre le meilleur d'avant pour faire du bien maintenant ? Au final, s'il reste la classe et l'élégance, l'essentiel est fait.

 

Et comme j'ai cru comprendre que beaucoup de gens ne pouvaient pas supporter Emmanuelle Seigner, raison de plus pour aller l'écouter.

 

L'album en écoute
L'album d'Ultra Orange & Emmanuelle en écoute

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