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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Russian Red : amours étrangères

Publié le 11 Mars 2014 par Asoliloque in écriture, critique, musique, album, folk, russian red, pop, tarantino, braver soldier

Artiste : Russian Red

Albums : I Love your glasses / Fuerteventura

Années : 2008 / 2011

Genre : Folk, pop-rock

 

Critique :  Si on peut au moins reconnaître une utilité au cinéma, c'est de vous faire parfois découvrir des groupes plutôt extraordinaires à l'occasion de leurs bandes originales. Je ne reviendrai pas sur les Tarantino qui sont évidemment des mines d'or en la matière, si ce n'est les références, non, aujourd'hui, nous allons aborder la chanteuse qui m'intéresse par le biais d'un film beaucoup moins connu mais qui le mériterait. En 2008 sort les Proies, de Sergio Lopez Gallego (qui s'est malheureusement plus fait connaître par la suite par le relativement médiocre (mais moins que ce que les critiques en ont dit) Apollo 18), un survival minimaliste avec les magnétiques et plutôt anonymes Leonardo Sbaraglia et Maria Valverde, couple de circonstance essayant de s'en sortir face à des chasseurs un peu particuliers ayant décidé de se débarrasser d'eux.

 

Un film très noir, aux codes genrés plutôt rafraîchissants (la femme relativement insensible prenant la direction des opérations, et l'homme se laissant aller à plusieurs crises de larmes...), avec un final sublime, boudé par le public mais pas par la critique (comme quoi, elle sert quand-même à quelque-chose). Qui ai-je rencontré au moyen de la BO d'El rey de la montaña (le nom original du film) ? Notre chère Russian Red, avec ce morceau. Ambiance feutrée et sobre, voix très particulière (nous y reviendrons), inutile de préciser que j'ai senti sur le moment avoir découvert quelqu'un. Les Proies fut donc l'occasion d'un double choc, cinématographique et musical.

 

En 2008, Lourdes Hernandez, alias Russian Red, espagnole de son état chantant en anglais (ce qui en fait une artiste très cosmopolite, comme vous l'aurez remarqué) venait également de sortir son premier album, I love your glasses, ce qui m'a permis d'assouvir immédiatement ma soif de chansons. Russian Red est assez surprenante, parce qu'elle semble toujours souffler le chaud et le froid entre la candeur d'une voix presque enfantine et la mélancolie sourde de la plupart de ses chansons. Alors qu'on s'attend à une folk joyeuse et féerique, la chanteuse privilégie les ambiances langoureuses, les variations vocales qui plongent dans les graves, les passages de la guitare sèche à une basse plus lourde et aux percussions. I love your glasses est un songe d'une nuit d'été qui vire au mauvais rêve.

 

Même quand elle reprend un standard de la pop (Girls just want to have fun, de Cindy Lauper), elle patine le morceau de cette atmosphère cafardeuse et poisseuse, autant dire qu'il est bien meilleur que l'original... J'écoute assez peu de chanteuses espagnoles qui s'expriment en anglais, peut-être est-ce de là que vient cette diction et cet accent un peu particuliers, voire même ce timbre, mais Russian Red a vraiment trouvé l'écrin musical permettant le mieux de leur rendre hommage, et sous ses airs de petit album folk, I love your glasses est vraiment maîtrisé de bout en bout. Profondément émouvant par sa simplicité intimiste qui ne vire jamais à la flemme.

 

Mais le chemin de la chanteuse, et le nôtre, ne s'arrête pas là. Alors que j'ai déjà bien écumé le premier album sort 2 ans plus tard Habitacion en Roma de Julio Medem, une romance lesbienne se déroulant sur une seule nuit d'hôtel. Si le film vaut plus par la beauté de ses images (en même temps, quand on filme Elena Anaya et Yelena Yarovenko, il faudrait vraiment être le roi des manches pour arriver à faire des images laides) que pour les rebondissements de son scénario, Russian Red est à nouveau à la bande son, sur un morceau (Loving strangers), et quand celui-ci arrive, à divers intervalles, il élève le film à un niveau assez prodigieux (Je vous ai déjà dit que la musique sauverait le cinéma ? Oui ? Bon).

 

Mais ce n'était qu'un avant-goût avant le deuxième album, Fuerteventura, sorti en 2011 et dernier album à ce jour. Cette fois-ci, la jeune femme met un peu d'eau dans son vin en proposant d'un côté des chansons dans la lignée de son premier album, lentes et languissantes (comme I hate you but I love you ou la merveilleuse Braver Soldier), et de l'autre des morceaux plus dansants, plus jazzy (Fuerteventura), ou plus pop-rock (The Sun the trees). A noter la chanson très réussie sobrement intitulée Tarantino (promis, c'est un hasard si j'en ai déjà parlé au début de cet article). Au final, cet album apparaît plus équilibré, moins « répétitif » que le premier, mais aussi un peu plus lisse, un peu plus « professionnel ». En somme, on est passés d'une production indépendante, âpre et quasiment inconnue à un album plus dense et mieux mixé, symbole d'une plus grande réussite publique. Et vous savez, en grand possessif que je suis, comme je n'aime pas que les chanteuses que j'aime se fassent trop remarquer. Russian Red le méritant tellement, je ne vois cependant pas comment je pourrais le lui reprocher.

 

La dernière page de l'histoire en date, c'est un morceau annonçant le futur album (voir EDIT plus bas), Casper, publié cette année. Prenant un virage radicalement pop, au clip dans une ambiance très Boulevard de la mort ou Boogie nights, je n'arrive pas trop à savoir si j'aime cette chanson. Peut-être regretté-je un peu l'époque folk brute de décoffrage, mais c'est assez normal que la dame souhaite se diversifier, en tout cas, la voix suit sans problèmes. J'ai également appris récemment qu'elle avait fait la version espagnole d'une des chansons de la BO du film Rebelle, ce qui devrait finir de me motiver à le voir (mais bon, je m'attendais pas à le faire en espagnol...).

 

Finalement, entre le cinéma et les albums, Russian Red, que j'ai pourtant toujours suivie de près pendant ces six années, est passée sans que je m'en rende compte des discrètes salles espagnoles à une reconnaissance bien plus affirmée (comme en témoignent ses clips, son contrat avec Sony, ses nombreuses vidéos de concert), sans renier sur ses qualités présentes dès le début.

J'aimerais dire que je suis fier d'elle, mais je me doute bien qu'elle s'en fiche pas mal et je ne voudrais pas qu'on me taxe d'un certain paternalisme. Mais si je peux lui rendre l'humble hommage que ce blog permet, voilà qui est fait.

EDIT du 17/03/14 : En fait, je suis une buse, son dernier album est déjà sorti, mais venant seulement de le découvrir, je ne peux en dire grand-chose, sinon qu'il est bien plus pop que les précédents.

 

I love your glasses en écoute

Fuerteventura en écoute

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