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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Amy MacDonald et son orchestre philharmonique : la croisée des chemins

Publié le 4 Mars 2014 par Asoliloque in écriture, critique, musique, concert, amy macdonald, rock, folk, orchestre philharmonique

Les gens ont horriblement besoin de catégories. Que ce soit en sciences, en sociologie, ou en art, il leur faut absolument pouvoir ranger telle personne ou telle chose dans son bon tiroir (quitte à parfois considérer que certains tiroirs ne méritent que d'être vidés), sous peine que l'équilibre de la nature s'effondre (comme si la nature en avait quelque chose à foutre). Dans le domaine de la musique, c'est assez fréquent. Si nous sommes nombreuses et nombreux à aimer plusieurs genres, on considère souvent ces genres comme insolubles l'un dans l'autre. Chacun décidera au final de rejoindre un clan, que ce soit celui du rock, du rap, de l'électro, du classique, etc...

 

Chacun aura ses clichés sur les autres, les classiques passant pour des culs-serrés, les rockeurs pour des culs-terreux, les rappeurs pour des analphabètes et les électreux pour des gens qui ne foutent rien de toute façon, vu que les ordis s'occupent de tout. Aussi, les passerelles entre les genres se font plutôt rares, même si le post-rock a vu se réunir le rock et et l'électro, ou que la regrettée (pas pour tout le monde) bande de Linkin Park avait en son temps plutôt bien géré l'association métal et rap. Bref, on trouve des exemples, mais c'est souvent rassurant de pouvoir définir clairement ce qu'on fait.

 

Cependant, une chose que j'avais rarement vue, c'est quand un groupe, un chanteur ou une chanteuse, totalement engagée dans un genre, revoir entièrement ses compositions pour l'associer à un autre. C'est ce qu'Amy Macdonald a fait lors d'un concert au Luxembourg. Elle s'est vue accompagnée par l'orchestre philharmonique allemand, en plus de son groupe habituel. La folk-rock basée sur la guitare/basse/batterie/claviers occasionnels se voit ainsi nourrie de multiples violons, violoncelles, bois, cuivres, bref, un orchestre complet. Sur le papier, c'est vraiment une excellente idée.

 

Voyons un peu ce que ça donne en réalité. Parlons déjà un peu de l'ambiance. On sent que ce n'est pas la même que dans un concert habituel. Influence du classique oblige, l'atmosphère est plus guindée, le public est assis, Amy Macdonald enchaîne les morceaux sans vraiment discuter entre eux (le concert durera d'ailleurs seulement une heure), on sent que tout est bien géré et ne laisse pas de place à l'improvisation, mais cela n'est pas étonnant quand on doit s'accorder avec autant de musiciens. Au delà du stress, on sent surtout la chanteuse super fière d'avoir tant de gens acquis à sa cause du côté de la scène, et régulièrement au cours du concert, on la voit se demander ce qui lui est arrivé pour que ses morceaux se retrouvent joués de la sorte.

 

Passons à la musique. Et là, de mon point de vue, il y a du bon et du moins bon. Au rayon des satisfactions, les cordes. L'appui des violons, des violoncelles, contrebasses ou du piano ajoutent vraiment aux morceaux une réelle profondeur et montrent qu'ils sont loin d'être aussi simplistes qu'on ne pourrait le penser. Ils ajoutent un souffle épique ou mélancolique selon l'ambiance originelle des chansons, bref, c'est du tout bon. On ne le répétera jamais assez, le violon, mangez-en. C'est au niveau des flûtes et des cuivres que le bât blesse. Déjà, la flûte, hormis pour quelques morceaux de folk, je ne supporte pas ça, j'ai toujours l'impression d'écouter la pub pour les kinder maxi (oui, je sais c'est Peer Gynt, ça va). Par exemple, dans la reprise normalement géniale de Bruce Springsteen Dancing in the dark, elle donne une ambiance de balade dans une prairie totalement à contre-emploi, détruisant l'atmosphère de la chanson.

 

Mais dans la mesure où elles sont assez peu fréquentes, on passe par dessus. Par contre, là où j'ai vraiment souffert, c'est avec les cuivres. Il va vraiment falloir que l'on m'explique qui, étant petit, se dit « tiens, je vais devenir joueur de tuba ou de cor, comme ça je pourrai animer les fanfares du village ». Autant le saxophone a pour lui une certaine classe (même si je ne suis pas un fervent écouteur de jazz) et que les trompettes peuvent se trouver sympa occasionnellement (dans les morceaux de la Mano Negra, en somme), les tubas, cors, trombones et autres sont vraiment le parfait moyen de plomber un morceau, de lui donner une lourdeur insupportable, transformant un morceau rock en chant martial ou déluge hollywoodien (par exemple, l'ouverture de Run).

 

Par conséquent, pour une bonne partie des morceaux, je me suis senti le cul entre deux chaises, réjouit quand les cuivres se taisaient et faisant la sourde oreille quand ils avaient la mauvaise idée de se rappeler à nous. Certaines chansons sont néanmoins parvenues à obtenir le soutien de tout l'orchestre sans qu'il n'y ait de poids mort, on pensera à Footballer's wife, mais surtout aux deux meilleurs morceaux du concert, This is the life, et Let's Start a band. This is the life a totalement aboli les frontières qui existaient encore depuis le début entre une partie de la salle fan de la chanteuse et une seconde qui venait sans doute plus pour profiter de l'orchestre : tout le monde s'est levé, et le concert classique a basculé au concert de rock.

 

Mais c'est probablement Let's start a band (un des meilleurs morceaux du premier album), avec sa montée progressive en puissance (donc parfaite pour l'appui d'un orchestre), et symboliquement placée à la fin du concert (cela semble être une habitude pour Amy Macdonald de garder ce morceau pour la fin) qui s'est révélé être la plus grande réussite, de son ouverture à la trompette (déjà présente dans le morceau studio, donc très cohérente) jusqu'à la note tenue à la voix à la fin. L'occasion de rappeler qu'Amy Macdonald est vraiment une très grande chanteuse, même si certaines aimeraient la limiter à des radios pop de seconde zone.

 

Au final, que garder de cette expérience ? Malgré mes réserves énoncées (qui dépendent seulement de mes goûts en matière d'instruments), beaucoup de bon. Il y avait vraiment quelque chose de jouissif à voir tous ces gens bien habillés, sérieux et pour certains grisonnants, se « pervertir » en se mettant tous au service de cette jeune chanteuse folk rock, souvent à deux doigts de s'excuser d'en demander autant. Le petit saut sur place du chef d'orchestre à la fin du dernier morceau, tel un guitariste survolté, est à ce titre juste sublime, pour ne pas dire profondément émouvant.

 

Comme je me doute que vous n'irez pas regarder le concert en entier (mais si vous voulez le faire, c'est ici), je vous laisse avec Let's start a band (la qualité est un poil meilleur sur la vidéo complète), à coup sûr le top prestige de la soirée, dont j'aurais bien aimé faire partie.

 

 

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