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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Sunshine, de Danny Boyle : une histoire de poussière d'étoiles

Publié le 24 Février 2014 par Asoliloque in écriture, critique, film, cinéma, sunshine, danny boyle, john murphy, musique, cillian murphy

Film : Sunshine

Réalisateur : Danny Boyle

Année : 2007

Genre : Science-fiction

Casting principal : Cillian Murphy, Rose Byrne, Chris Evans...

 

 

Synopsis : En cette année 2057, le soleil se meurt, entraînant dans son déclin l'extinction de l'espèce humaine. Le vaisseau spatial ICARUS II avec à son bord un équipage de 7 hommes et femmes dirigé par le Capitaine Kaneda est le dernier espoir de l'humanité. Leur mission : faire exploser un engin nucléaire à la surface du soleil pour relancer l'activité solaire. Mais à l'approche du soleil, privés de tout contact radio avec la Terre, les astronautes perçoivent un signal de détresse en provenance d'ICARUS I, disparu sept ans auparavant.

 

 

Critique : Je vais jouer franc-jeu avec vous, je n'ai rien à vous proposer en ce moment. Le peu que j'écris se retrouve, à mon grand désespoir, dans mon mémoire, et je ne découvre pas d'album ou de film suffisamment puissant pour mériter une critique. Alors je me suis dit que j'allais repartir en arrière et parler d'un film que j'ai très peu évoqué sur ce blog (seulement à l'occasion de mon article sur la musique au cinéma). Ce film, c'est Sunshine, de Danny Boyle.

 

On a coutume, quand on parle de film de science-fiction se passant dans l'espace de citer LE film, celui que nombre d'étudiants en cinéma ont en guise d'affiche dans leur chambre, et que les autres ont en affiche dans leur salon, à savoir 2001, l'odyssée de l'espace (quoi, vous avez pensé à Star Wars ?). Sachez que de manière générale, Kubrick m'ennuie (pour rester poli) et 2001 fait partie des rares films que j'ai essayé plusieurs fois de voir, et devant lequel je me suis systématiquement endormi.

 

Pourtant, Sunshine le cite évidemment dans ses références. Avec un rythme lent et une atmosphère étonnamment contemplative pour un film dont l'affiche laisse penser à une resucée d' Armageddon et le scénario laisse craindre le pire (faire exploser une bombe nucléaire dans le Soleil pour le ranimer), Sunshine nous immerge immédiatement au moyen d'images superbes, sans doute une des plus belles claques que j'ai prises au cinéma. En tout cas, bien devant Avatar, qui s'il a pour lui une certaine originalité (graphique, hein, pas scénaristique), ne peut se départir d'une esthétique un peu toc à mon goût. Alors que le film de Boyle repose uniquement sur le plus pur des contrastes : la lumière face à l'obscurité, l'espace tortueux du vaisseau spatial face à l'étendue immaculée du Soleil qu'ils visent.

 

Rarement un film ne m'aura apparu si reposant dans ses phases calmes et par conséquent si tendu dans ses scènes d'action (car il y en a). L'impression de solitude renforce la proximité qu'on arrive rapidement à obtenir avec des personnages. Si l'on comprend rapidement que Capa est le héros (car le seul à même de faire sauter la bombe), il ne bénéficie pas d'une aura particulière où il serait placé au dessus de tous les autres, destinés à répondre platement aux dialogues ou à combler les vides du plan. C'est une véritable équipe, avec ses entraides et ses dissensions, et chacun-e a ses morceaux de poésie. Je pense notamment à Searle, obsédé par le Soleil qu'il regarde dès qu'il peut dans la salle d'observation, ou à Cassie (interprétée par la merveilleusement mélancolique Rose Byrne) qui elle, n'arrête pas de rêver qu'elle tombe à l'intérieur de celui-ci.

 

Le Soleil, au centre de tout. Pas pour rien que le vaisseau s'appelle ironiquement Icarus. Chaque personnage lui est relié d'une manière ou d'une autre, mais aucun ne peut l'atteindre. Il est toujours séparé par un écran, un filtre, un bouclier, car une confrontation directe aboutirait à un barbecue trop rapide pour avoir le temps de changer la grille de côté. Au delà de la quête initiale, sauver l'humanité, on sent qu'ils sont tous mus par cette attraction-répulsion, équivalent athée et scientifique d'une rencontre avec Dieu. Une scène absolument splendide a d'ailleurs lieu (plus de quarante fois après, j'ai toujours des frissons de dingue en la voyant) où un des personnages se retrouve sur le point d'être présenté frontalement au soleil. Alors que tout le monde lui dit de s'enfuir, il ne bouge pas, et un autre personnage lui demande « qu'est-ce que vous voyez ? » Car la connaissance, ou peut-être est-ce le salut (au sens religieux), est à ce prix.

 

C'est l'occasion de parler de la musique de John Murphy. Déjà présent sur 28 jours plus tard (déjà de Danny Boyle) et 28 semaines plus tard, livrant à ces occasions une bande-son presque plus célèbre que les films en eux-mêmes, il propose pour Sunshine probablement la plus belle BO originale que je n'ai jamais entendue. D'une tristesse et d'une puissance progressive, c'est une musique qui prend tellement les tripes que j'en ressors toujours épuisé, lessivé complet. Sunshine tient probablement là son plus bel atout (et quand le plus bel atout d'un film est sa musique, alors le film est forcément bien).

 

Au fur et à mesure que l'expédition part en vrille et offre des séquences assez classes (à défaut d'être véritablement crédibles scientifiquement), le contemplatif laisse sa place à l'adrénaline mais ne néglige pas pour autant la beauté quasi-picturale des images. C'est aussi à ce moment que Capa se révèle, et par ce biais, Cilian Murphy. Déjà excellent dans 28 jours plus tard, il livre une prestation toute en retenue qui empêche le film de basculer dans l'hystérie. C'est vraiment un acteur que j'affectionne, injustement sous-estimé, son charisme un peu androgyne accroche toujours le cadre et dans Sunshine, il s'intègre parfaitement à l'ensemble.

 

La dernière partie du film, intégrant un élément perturbateur dont on aurait peut-être pu se passer, est un peu moins réussie objectivement, mais offre tout de même une des séquences les plus sublimes (encore une) que j'ai eu l'occasion de voir. Si bien que quand la fin arrive, poétique au possible (mais qui pourra diviser, le pote qui était avec moi lors de la projection l'ayant assez peu appréciée), j'en ai encore les jambes tremblantes, les poils hérissés et les larmes aux yeux. Il s'est joué quelque chose qui allait bien au delà du cinéma, bien au delà des images, ça relevait de la trajectoire, du geste pur, de l'instant suspendu, encore une fois porté et magnifié par la musique.

 

Et ce geste pur, cela va sans dire que j'y ai très peu souvent eu accès au cinéma. Aussi, si vous n'avez pas encore vu Sunshine, je ne peux que vous inviter à le faire de suite. Et si vous ne l'aimez pas, je ne peux que vous inviter à ne jamais me le dire.

 

 

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