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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Les Marrons d'Ardèche & Liane Edwards : célébrer et mettre le rock dans tous ses états.

Publié le 16 Février 2014 par Asoliloque in écriture, critique, concert, rock, country, punk, liane edwards, musique, marrons d'ardèche

 

Les meilleures soirées sont souvent celles qu'on improvise. Sinon, on fait des plans sur les comètes, on se déçoit d'avance ou on annule par flemme.

Ce soir-là, nous avions rendez-vous à l'American Dreamer, le meilleur bar d'Annonay, en Ardèche, à égalité avec le Bar-bar si l'on en croit les habitués, pour voir deux de nos amis proches jouer au sein de leur groupe, les Marrons d'Ardèche.

 

Je n'avais jamais fréquenté ce bar, mes parents n'y étaient pas revenus depuis vingt-cinq ans, mais le coup de foudre fut total et immédiat. L'American Dreamer fait partie de ces endroits qu'on croirait sortis d'un film de Tarantino, avec son zinc surplombé de néons occupant tout un côté, opposé à une scène qui laisse suffisamment de place pour y mettre à peu près n'importe quel groupe. Au centre, une belle étendue de carrelage, parce que c'est plus facile à nettoyer qu'un plancher. Si l'on traverse la salle, on trouve des banquettes et quelques tables pour les fatigués, mais l'on peut aussi suivre une pente en bois pour rejoindre sur sorte d'étage qui abrite un babyfoot (sûrement déplacé depuis la salle principale pour laisser place au concert), un billard, des canapés, de quoi permettre à celles et ceux qui veulent faire un break de faire leur vie au delà de la fureur. Evidemment, chaque mur est recouvert d'affiches et d'autocollants, concernant la musique ou la politique, de dédicaces et de conneries diverses qui ont dû sortir d'un cerveau un peu embué un soir de cuite.

Une playlist tourne en permanence, où l'on trouve les traditionnels Noir Désir, Têtes Raides, Manu Chao, et chez les anglophones multiples perles country, blues, rock ou punk.

 

Mes parents et leurs amis retrouvent des vieilles connaissances, en fait, on comprend rapidement que tout le monde s'est déjà vu, ou est en lien avec les autres par au maximum un intermédiaire. On comprend aussi qu'une bonne partie de ces gens sont familiers des membre des Marrons d'Ardèche.

Les Marrons d'Ardèche, ça fleure bon le terroir et les promenades en forêt, sauf qu'il ne faut pas s'y tromper : les marrons désignent plus les coups dans la tronche que les fruits. Parce que la bande à Bernardo, Ivan, Pepito et leur batteur (plus jeune, lui, que je ne connais pas) fait dans les bonnes grosses reprises qui tâchent au croisement du punk et du hard rock. On retrouve du The Saints, des Ramones, des Clash, ou encore la classique Route 66 (mais toujours version bourrin), bref, de quoi jouer fort, vite, en sautant partout. Les quinquagénaires (sauf le batteur, donc) préfèrent boire des bières que bien retenir leurs paroles mais ce n'est pas grave vu qu'on les entend à peine, bouffées par les riffs. C'est brut de décoffrage, ça fait mal au crâne, mais c'est terriblement fun.

A maintes reprises, Bernardo nous reproche de ne pas boire assez (un conseil qu'il dispense également dans la vie, je peux vous en assurer), ce qui n'empêche pas la salle clairsemée (nous étions une cinquantaine environ) de suivre énergiquement la bande de joyeux drilles (en leur balançant des fions à l'occasion).

 

Trois quarts d'heure et deux tympans en moins, une bière ayant remplacée l'autre, les Marrons d'Ardèche laissent la place à Liane Edwards. Je l'avoue, je n'avais jamais entendu parler d'elle. Et pourtant, cela fait un moment que l'américaine tourne en France (deux de ses musiciens sont ardéchois), au point d'en avoir fait sa deuxième maison (sa première ?), et fait figure dans les circuits un peu alternatifs de référence dans le milieu de la country.

Il lui aura fallu deux chansons pour chauffer totalement à la salle, qui auparavant réticente à se laisser aller, s'engage rapidement dans quelques rocks (solitaires ou à deux) endiablés. Car Liane Edwards manie aussi bien la pure country que le bon rock'n roll des familles, les balades blues ou la newgrass (de la bluegrass avec des guitares électriques). Ses musiciens sont fabuleux, particulièrement son guitariste, jeune blondinet maigrichon qui gère tellement son instrument qu'on a l'impression qu'il s'ennuie.

Au sol se mélangent progressivement dans une bouillasse noirâtre la bière renversée par erreur et la cendre de cigarette (car oui, c'est un vrai bar, on fume dedans).

 

Non seulement Liane Edwards a des supers compos, mais elle propose également des reprises à tomber par terre : Joan Jett, Lynyrd Skynyrd (le solo de Free Bird calé sans prévenir à la suite d'un blues langoureux), JJ Cale, Emmylou Harris (j'ai été surpris d'être un des seuls à la connaître), et bien évidemment, Janis Joplin.

J'avais presque honte que nous soyons seulement cinquante pour assister à un concert aussi décapant. Liane Edwards en a d'ailleurs parlé à un moment : « on a raison de parler de l'exception culturelle française, ça rend ce genre de concerts possibles. Il y a quelques années, vous auriez été 300 dans ce bar, maintenant, vous êtes beaucoup moins, donc ça montre qu'il y a du changement. Merci de venir et de ne pas rester devant votre télé à regarder The Voice, tant que vous serez là, l'exception culturelle se maintiendra malgré tout ».

 

A maintes reprises, la chanteuse signale qu'elle se croirait dans un bar américain, et c'est finalement la moindre des choses venant de l'American dreamer, mais ce n'était pas gagné d'avance, et rarement avais-je eu cette impression d'intimité, de proximité, de fusion entre les êtres grâce à la musique. Nous étions entre initiés (pour la plupart, plus initiés que moi, évidemment), la moyenne d'âge se situait autour de la bonne quarantaine, il y régnait une ambiance de village d'irréductibles, légèrement nostalgiques que la musique d'aujourd'hui soit globalement à chier par rapport à celle d'hier, et convaincus que le rock ne mourra jamais, même si seulement cinquante péquins lui rendent hommage dans un rad perdu au fond de l'Ardèche.

Et ce n'est pas Janis Joplin reprise a capella en fin de concert qui dira le contraire.

 

Après plus de deux heures, Liane Edwards quitte la scène, laissant un môme de 8 ans rejoindre la batterie pour se faire un petit plaisir. Le guitariste et le bassiste décident alors de l'accompagner et on se retrouve avec un morceau improvisé où un gamin joue mieux de la batterie que je ne saurai le faire sur trente vies. De quoi remettre l'ego en place.

Nous quittons finalement le bar, épuisés, les jambes en vrac, les yeux qui piquent, sous une fine pluie bienvenue. Pour 10€, je viens d'assister à un des meilleurs concerts de ma vie, et rien n'était prévu.

Commenter cet article

pepito 27/03/2014 11:15

Très bon article et j'aimerais en connaître l'auteur puisqu'il n'a pas signé. Ne serait-ce pas Arthur?

Meyrand 14/05/2014 15:13

Exact c'est bien Arthur...

Meyrand 25/03/2014 15:44

Merci, superbe chronique sur une soirée rock 'n roll dans notre contrée "sauvage" ardèchoise, loin du tumulte des grandes agglomérations, mais qui sait parfois être aussi bruyante grâce à la scène culte de l'American Dreamer et ses afficionados. En lisant ces lignes retraçant avec précision chaque instant, et avec perfection le lieu et l'ambiance de cette nuit mémorable, j'ai revécu ce concert.... La sueur, la moiteur, l'alcool, l'énergie, l'électricité, les good vibrations du public.....etc . Content que tu en ais gardé un bon souvenir. Bye, IVAN (un Marron)