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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Warm bodies, allons-nous manger réchauffé ?

Publié le 7 Janvier 2014 par Asoliloque in critique, cinéma, horreur, zombies, warm bodies, romance, romero, film

Titre : Warm bodies

Réalisateur : Jonathan Levine

Année : 2013

Genre : Romance, horreur

Casting principal : Nicholas Hoult, Teresa Palmer, Analeigh Tipton

 

Synopsis (allociné) : Un mystérieux virus a détruit toute civilisation. Les rescapés vivent dans des bunkers fortifiés, redoutant leurs anciens semblables devenus des monstres dévoreurs de chair.
R, un mort-vivant romantique, sauve contre toute attente Julie, une adorable survivante, et la protège de la voracité de ses compagnons. Au fil des jours, la jeune femme réveille chez lui des sentiments oubliés depuis longtemps…

 

 

Critique : Le cinéma d'horreur, peut-être plus encore que les autres genres, est construit sur des codes, parfois implicites, parfois carrément exprimés, et chaque film est bâti à l'aune de ces codes, soit en les suivant, soit en les rejetant (mais il sera toujours possible de voir le code originel qui est rejeté). Pour ce qui est des monstres, ils ont également leur histoire mythologique, et on considère généralement qu'il ne faut pas intervenir dans leur définition. Par exemple, un vampire boit du sang humain et ne peut pas sortir le jour sous peine de brûler. Ainsi, si quelqu'un a l'idée saugrenue de dire que désormais, les vampires brilleront au soleil et deviendront végétariens, on lui dit gentiment de retourner faire des pâtés de sable.

 

Ou alors non et le livre fait un carton parmi la jeunesse adepte des romances à consonance mormone. Pour les zombies, c'est un peu la même chose. S'ils existent depuis très longtemps dans les différents folklores, on considère qu'au cinéma, George A Romero est celui qui les a popularisés (s'inspirant notamment de Je suis une légende de Richard Matheson) au point de mettre au point une « charte » du zombie, définissant ses caractéristiques, qui sont scientifiquement les plus crédibles (à condition qu'on considère qu'un mort revenant à la vie est scientifiquement crédible). Un zombie se doit donc de : marcher difficilement et être incapable d'effectuer une autre action sinon celle de mordre, n'avoir plus aucune empathie ni souvenir de sa vie d'avant (il est mort), et n'avoir pour unique objectif que la recherche de nourriture, poussé par les reliquats d'instinct que les faibles impulsions de son restant de cerveau stimulent. C'est d'ailleurs ce qui rend le zombie si attachant : il boufferait sa mère sans l'ombre d'une hésitation.

 

Warm Bodies choisit le contre-pied en donnant une conscience aux zombies (ce qui est un sacré coup dans le museau de Romero, mais après tout, il ne détient pas de brevet). En gros R. est mort, il le sait, et il se retrouve condamné à errer sans but dans un aéroport à la recherche de nourriture ou d'une quelconque occupation. Le postulat est donc le suivant : c'est un zombie classique mais avec des pensées. Donc un humain prisonnier d'un corps de zombie. Dans ce cas, comment expliquer que dès les premières minutes, R. soit capable de mettre un vinyle (qui est déjà compliqué pour une personne classique un peu alcoolisée) de s'asseoir, de se relever, d'attraper des choses ? On touche à une incohérence fondamentale du zombie : si un zombie est capable de faire les mêmes choses qu'un humain, ce n'est pas un zombie. A titre de comparaison, dans le dernier Romero en date, The Survival of the dead, les zombies sont simplement capables de reproduire les actions simples et répétitives, comme par exemple mettre le courrier dans une boîte aux lettres pour un postier, l'objectif étant de condamner en filigrane l'aliénation par le travail. (en gros, même mort, vous pouvez faire ça, donc êtes vous sûrs de ne pas être mort de votre vivant ?)

 

On apprend également que les zombies sont incapables de parler (normal, ils sont morts), mais que en fait... si. Donc ils grognent, comme des zombies, mais s'ils font un effort, ils parlent. Pratique. Mais on finit de se taper la tête contre les murs lors de la rencontre entre R. et Julie. On remarque à cette occasion qu'en fait, les zombies sont parfaitement capables de courir (hein?), de sauter (quoi?) et même de mettre des high-kick dans la tête des gens (What the...). Malgré tout, ils sont incapables de marcher comme des gens normaux (sûrement pour le style). Deuxième absurdité (ou disons, absurdité de plus), R. trouve Julie très à son goût (sexuellement... ou disons, émotionnellement, pas culinairement), donc il refuse de la manger. Donc il contredit la règle PRINCIPALE des zombies, énoncée en début de film : un zombie ne fait pas de sentiments, qui plus est quand il s'agit de se nourrir.

 

R. kidnappe Julie (oui, je spoile, mais c'est le début, alors hein, au pire, voyez le film d'abord) en la badigeonnant de sang pour ne pas qu'elle se fasse sentir et donc bouffer par les autres zombies. OR, on sait que R. a une conscience, donc on suppose que les autres zombies aussi, vu qu'à ce stade du film, ils se sont organisés pour aller chasser de l'humain. Et les autres zombies ont vu R emmener Julie avec lui, donc ils savent qu'elle est vivante, donc...ce film part à vau-l'eau au niveau du scénario. R. ramène finalement Julie dans la carcasse d'avion où il habite et... discute avec elle. En somme, la conclusion que nous pouvons donner à tout ça est : quelle est la différence entre un zombie et un ado timide, qui n'a pas vu le soleil depuis six mois, à la démarche et à l'élocution approximative ? Eh bah... aucune.

 

A ce stade, vous pensez sans doute que j'ai détesté ce film. Et pourtant, ce n'est pas le cas. Finalement, on s'y fait, à ces absurdités. Julie s'en étonne même (toujours pratique d'avoir un personnage qui révèle les incohérences, ça laisse penser que vous les aviez pensées) mais on se prend d'affection pour ce couple et surtout le personnage de R., campé plutôt sobrement par Nicholas Hoult. Le film se continue donc dans un climat de romance comico-horrifique, finalement plutôt réussie, avec quelques jeux de mots bien sentis, et surtout une bande son du tonnerre (Bon Iver, Bruce Springsteen, Jimmy Cliff ou encore les Gun's and Roses, entre autres...). On passe sur R. qui apprend à conduire une voiture de sport (un zombie qui apprend quelque chose...) ou sur le fait que quand on mange un cerveau, on peut connaître les souvenirs contenus dans celui-ci (sérieusement ? ) pour en arriver à l'idée principale du film.

 

Une idée niaise à souhait (ou d'un romantisme de folie, au choix), sur lequel le film a bâti son marketting moisi : l'amour peut permettre de ramener les morts à la vie. Enfin, les morts-vivants, pas les morts morts, faut pas abuser. Ainsi, de par la relation entre R. et Julie, les autres zombies prennent conscience de l'absurdité et de la solitude de cet « entre-deux » et accèdent à la dernière caractéristique qui leur manquait pour devenir les personnages tragiques par excellence. Forts de ce manque, ils arrivent à se remémorer leur vie passée et envisagent un avenir. Cela donne lieu a quelques scènes très fortes, notamment avec le personnage de Marcus, qui feraient presque pardonner la montagne d'incohérences qu'on a avalée depuis le début. On retrouve un peu l'idée développée dans l'Armée des morts (encore de Romero) où les zombies font la Révolution.

 

D'autres sont un peu lourdingues, notamment (au hasard) le fait d'avoir casé une scène de balcon. Hum. Un balcon, un héros qui s'appelle R. et une héroïne qui s'appelle Julie. Non, ça ne me rappelle rien. La fin est aussi un peu trop expéditive alors qu'elle aurait pu se révéler très intéressante. Et pourtant, malgré tout ça, je réalise que ce film est une prolongation tout à fait recevable de ce que fait Romero. Le zombie a finalement toujours été un prétexte à discours social (le racisme et la guerre du viêt-nam dans La Nuit des morts-vivants, la société de consommation dans Zombie, la lutte des classes dans Le Territoire des morts, les médias dans Diary of the dead, les conquêtes de territoire stériles dans Survival of the dead), et si Warm Bodies le fait avec des gros sabots pour justifier sa bluette, il présente nombre de facettes plutôt réussies. Il peut ainsi se révéler un spectacle plutôt divertissant (contrairement à la bouse infâme remplie de vampires lumineux dont on a voulu nous faire croire qu'il était le pendant zombiesque.) qui rend à sa manière hommage à nos chers amis les morts-vivants.

 

Warm bodies, allons-nous manger réchauffé ?
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