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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Vincent Delerm, Les Amants parallèles : fuite à l'oblique

Publié le 3 Décembre 2013 par Asoliloque in critique, album, musique, delerm, les amants parallèles, chanson française, alex beaupain, benjamin biolay, moriarty

Artiste : Vincent Delerm

Album : Les Amants parallèles

Année : 2013

Genre : Chanson française

 

Critique : J'ai toujours eu un rapport à Vincent Delerm assez particulier. En réalité, je n'ai jamais vraiment réussi à l'écouter, traumatisé (et amusé) par les multiples caricatures qu'on en faisait, notamment les Guignols, à cause de sa voix si particulière. Une voix assez maniérée, traînante, laissant derrière elle une diction qui paraissait prétentieuse, snob. Et puis Vincent, c'est le fils de Philippe, alors forcément, ça fait un peu famille merveilleuse qui réussit tout, bien implantée, bien aimée, bien chiante.

 

Je suppose que certains d'entre vous ont déjà eu ce sentiment (ou alors n'en avez-vous juste rien à foutre de Delerm), et pour ma part, adepte de chanson française, j'ai finalement l'impression d'avoir tourné autour sans avoir osé briser les préjugés que j'avais sur lui. Avec Les Amants parallèles, j'ai décidé de les oublier, et grand bien m'en a pris. Pour être honnête, c'est surtout le titre qui m'a convaincu. Les Amants parallèles tranche avec le romantisme habituel qui pousserait à penser qu'il n'y a que les amoureux qui se rencontrent, alors qu'ici, ils suivent chacun leur ligne sans jamais vraiment partager un espace commun.

 

« Embrasse-moi
Avant l'hiver
Avant la nuit par terre
Avant le réverbère »

 

Les Amants parallèles n'exprime pas l'impossibilité de l'entente, mais l'absolue rareté de ces moments d'exception, qui façonnent une vie. Delerm, dans cet album, traite de ces instants qui cassent le temps en deux, ces petits bonheurs qui deviennent des joies immenses, ces déchirures qui se transforment en cataclysmes. La conclusion est toujours la même : rien n'est fiable, tout est compliqué, et c'est ce qui rend la relation miraculeuse. Il faut collectionner les fragments, faire sa propre mosaïque, et peu importe si l'oeuvre finale ne ressemble à rien, au moins elle ne ressemble à aucune autre.

 

L'album ne ressemble pas non plus à d'autres albums. 13 morceaux et pourtant à peine plus d'une demi-heure, les chansons se font rapides, légères, esquissées, portées par une voix débarrassée de ses scories. J'ai toujours cru que Vincent Delerm avait la bonne quarantaine, j'apprends grâce à cet album qu'il a en réalité 37 ans, l'âge où l'on est partagé entre l'espoir et la mélancolie, qu'on ne sait plus très bien s'il faut regarder derrière ou devant. Bref, cette voix enfin sobre se marie à merveille avec ces morceaux d'une grande pureté, aidés par un piano plein de délicatesse (un peu à la manière d'un Alex Beaupain).

 

« Les impacts des fusées les avaient fait repartir en arrière
Et dans la chambre il n'y avait plus que le bruit des pétards très loin
Et les cris étouffés des filles mises à l'eau par des garçons fantastiques »

 

Mais la grande force de l'album est d'avoir parfois délégué le chant à Rosemary Standley. La chanteuse de Moriarty, seule aux manettes sur Robes et Ces deux-là (mon morceau préféré de l'album) et en duo sur Les Amants parallèles, est aussi indispensable que ne l'était Jeanne Cherhal sur La Superbe de Benjamin Biolay. Robes fait d'ailleurs beaucoup penser à Brandt Rhapsody. Standley parle plus qu'elle ne chante, mais ce n'est pas une perte tant l'impact nostalgique est présent.

 

Les Amants parallèles n'est pas foncièrement joyeux, vous l'aurez deviné, mais les histoires d'amour n'ont pas vocation à l'être. La beauté n'est pas synonyme du bonheur, sinon, ce serait trop facile. Cependant, l'album est lumineux (malgré l'omniprésence des bruits de pluie), fait plutôt du bien à l'âme, et honnêtement, je ne pensais pas qu'un jour, Vincent Delerm me troublerait à ce point grâce à un album. Il ne faut jamais désespérer.

 

« Parallèles, à côté
Sur le lit nos corps parallèles
Pas les mêmes, pas mélangés,
Pas loin et à côté quand-même »

 

L'album en écoute

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