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Des déesses, des diablesses, des petits monstres magnifiques...

Casse-tête chinois : On fait quoi après le bonheur ?

Publié le 26 Décembre 2013 par Asoliloque in critique, film, cinéma, casse-tête chinois, klapisch, les poupées russes, romain duris, kelly reilly, cecile de france

Titre : Casse-tête chinois

Réalisateur : Cédric Klapisch

Année : 2013

Genre : comédie dramatique

Casting principal : Romain Duris, Cécile de France, Kelly Reilly, Audrey Tautou...

 

Synopsis (allocine): On retrouve Xavier avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après l’Auberge Espagnole et dix ans après les Poupées Russes. Tout paraissait si simple alors mais la vie de Xavier ne cessera de prendre des détours inattendus entre Paris et New-York.

 

Critique : Quand on est confronté à un film, et a fortiori à une série de films (ou une série tout court), on se fait une idée du devenir des personnages, au point que l'on finit par écrire nous-mêmes leur histoire, et chaque décision du réalisateur sera jugée à l'aune de ces attentes. On pourrait légitimement débattre de « est-ce que le réalisateur doit nous satisfaire, infâmes consommateurs que nous sommes, ou est-ce qu'au contraire, rien à foutre ? », toujours est-il que pour ma part, si j'aime bien me faire avoir de temps en temps (prenons l'exemple de Game of thrones, vu le nombre de morts, certain-e-s de vos personnages préférés y passeront forcément), j'ai toujours du mal à faire le deuil d'une situation que j'estimais parfaite.

Et c'est sans doute pour cette raison que je craignais Casse-tête chinois. Car en 2005, en même temps que je découvrais Les Poupées russes, je tombais amoureux de Kelly Reilly (oui, j'ai déjà dit ça de quelques autres actrices, mais on a le droit d'être amoureux de plusieurs artistes). Evidemment, elle était déjà là dès le début, mais dans le second opus, elle atteignait un sommet de classe et de beauté qui stoppait littéralement le film. Et pourtant, on le sait bien que Klapisch ne s'arrête jamais, qu'il filme vite, qu'il faut que ça courre. Mais quand Reilly apparaissait, le temps se suspendait.

Bien sûr, Les Poupées russes était bourré de défauts, de longueurs, de passages chiants, inutiles, de lourdeurs d'écriture. Mais il avait trop immenses qualités : Wendy, donc, ou plutôt sa relation avec Xavier, une relation qu'on n'imaginait pas forcément, gonflée au hasard, une véritable « rencontre » au sens le plus pur du terme ; la musique (merci Kraked unit), et la Russie (logique). Dans Casse-tête chinois, la musique est toujours là, notamment le thème principal, très bien remixé pour l'occasion. La Russie, elle, a disparu au profit de New York, autant dire qu'on y perd au change. J'ai toujours détesté New York, cette ville a tellement été bouffée par le cinéma qu'il n'en reste plus rien, qu'un substrat sale et bordélique. Je n'ai jamais fantasmé sur New York comme je peux le faire sur Saint-Pétersbourg ou Moscou.

Et puis Wendy a foutu le camp. On le savait, c'était acté, le temps qui passe, l'amour qui se fane, parce qu'il paraît qu'il faut forcément que ça fane. Et même si je le savais, le début du film m'a foutu un monstrueux coup de cafard. Pas moyen de mettre derrière moi cette histoire qui m'avait tant plu dans Les Poupées russes, j'avais l'impression d'être trahi par l'ambition de faire progresser le récit. L'éditeur le dit d'ailleurs très bien « le bonheur, c'est chiant, dans un récit, c'est le drame qui fait avancer ». Avais-je réellement envie que ça avance ? Avais-je envie d'un troisième opus ?

Ce début de film est bourré de trucs un peu merdiques, d'infos dans tous les sens, mais quand Xavier relate sa rupture avec Wendy, il a des silences et des plans magnifiques, où les deux personnages se retrouvent continuellement séparés au sein de l'image, du cadre, déchirés au sens physique du terme. On se doute que ce seront les derniers instants vraiment précieux, à eux, et qu'il n'y aura désormais plus que des échanges d'enfants grâce à la magie de la garde alternée. Je suis resté bloqué là dessus un bon moment, jusqu'à la scène du divorce. Xavier sort après le « verdict », Wendy suit derrière, ils sont vus de profil, à contre-jour, avec New York en fond. Elle finit par le rejoindre, ils ne sont plus qu'une ombre soudée. Ce sera leur dernière véritable co-présence, quelques minutes plus tard, elle lui annonce qu'elle va se marier.

C'est comme si le film recommençait pour moi, où je me disais « allez, tant pis, ravale la rancœur, profite du reste ». On découvre ainsi beaucoup d'humour, on retrouve notre Cécile de France, toujours aussi déjantée, dont le personnage s'est étoffé, assurément le plus intéressant du film. Accessoirement, je pense que les lesbiennes qui verront Casse-tête chinois seront moins énervées par son traitement que par celui réalisé dans La Vie d'Adèle. Les gosses sont aussi plutôt sympa à suivre. Mais on ne sait finalement jamais où se placer dans ce film, qui apparaît finalement très décousu, et scénaristiquement plutôt faible. Il est loin d'être mauvais, on y rit beaucoup, on y trouve beaucoup de messages qui feront hurler les réacs au « politiquement correct » (familles homo-parentales, femmes qui assument leur sexualité et qui veulent qu'on leur foute la paix, papas divorcés qui prennent leur rôle à cœur, etc...), mais on a l'impression d'assister à un ensemble de scènes reliées plus ou moins bien ensemble plutôt qu'à un film.

Mais le problème principal est surtout la fin, et l'on rejoint ce que je disais au début. Sans spoiler, Klapisch a fait un choix très discutable, qui sonne vraiment comme un manque d'idées, et qui va en tout cas à contre-courant de ce que j'espérais en guise de prolongation (de conclusion?) pour la série de films. Peut-être que ça plaira à certains (sérieusement, venez m'expliquer), mais me concernant, j'ai presque envie de nier cette partie pour ne pas faire injure à la trilogie.

En définitive, même si Casse-tête chinois n'est pas à la hauteur de mes attentes, j'ai le sentiment qu'il n'aurait pu de toute façon y parvenir, étant donné son arrivée après Les Poupées russes. Malgré tout, on prend plaisir à retrouver les personnages qu'on a suivi les années précédentes (oui oui, même Audrey Tautou), certaines scènes (entre Duris et Reilly, comme toujours, mais également avec Cécile De France) sont très belles et/ou très drôles, et si on ressort de la salle frustré et à moitié trahi, on ne regrette pas. Peut-être que la vie est à ce prix.

Il ne me reste désormais plus qu'à me replonger dans Les Poupées russes, car on a beau dire ce qu'on veut, rien n'égale jamais le confort douceâtre de la nostalgie.

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